La guerre du Pacifique s'est finie tragiquement avec l'opération Tokkotai, sans précédent dans l'histoire, qui a envoyé des milliers de jeunes hommes à la mort. Parmi eux, environ un millier étaient des étudiants provenant des meilleures universités, diplômés précocement afin d'être mobilisés. Aucun n'est mort pour l'empereur, aucun ne fut vraiment "volontaire", et aucun n'a envisagé cet acte comme un suicide - tout le contraire du stéréotype des pilotes kamikazes ayant enterré les informations factuelles dans la poubelle de l'histoire. Pourquoi ces hommes en sont-ils venus à approuver la mission militaire et impériale du Japon ? Pourquoi se sont-ils envolés vers leur mort, quand ils ont su que le Japon allait perdre la guerre ? Afin de répondre à ces interrogations, l'ouvrage étudie le développement de la militarisation des masses et examine en détails les journaux intimes des pilotes écrits sur plusieurs années. Les quêtes intellectuelles auxquelles ils aspirent incarnent l'expérience de beaucoup de Japonais qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, se passionnent pour la haute culture occidentale, tout en résistant à l'impérialisme politique et culturel de l'Occident. La question soulevée dans ce livre n'est cependant pas qu'un "problème japonais". A travers le monde, dans le passé et aujourd'hui encore, des intellectuels se sont impliqués dans des guerres et des politiques totalitaires contre l'humanité. L'auteur porte une attention particulière au processus d'esthétisation des actions militaires par le gouvernement, en particulier le sacrifice pour l'empereur, qui fit du trope "Tu tomberas comme de beaux pétales de cerisier", l'outil d'une manipulation esthétique dont les jeunes soldats ont été les victimes.
Droit Roger-Pol ; Atlan Monique ; Masquelier Frédé
L'amour se raconte, s'éprouve, se rêve, s'étiole. Il fait hurler de joie ou de douleur, pousse à agir ou foudroie, transporte ou désespère. Mais peut-il être l'objet d'un savoir ? Ne pourrait-il être approché que par des récits, et non des concepts, par la littérature et la poésie, et non par la philosophie ? Ce qui est sûr, c'est que l'amour fait des histoires... que les philosophes ont longtemps négligées, n'y voyant que les marques de l'émotivité, de la passion, de la déraison. Pourtant, ces histoires sont riches d'enseignements. Comment naissent, vivent et meurent les histoires d'amour ? Du roman au cinéma, les récits d'aujourd'hui sont-ils comparables à ceux de jadis ? Aime-t-on de la même manière qu'autrefois, alors que semblent s'installer la peur de l'engagement et la défiance envers le sentiment amoureux ? Les philosophes et experts ici rassemblés nous invitent à envisager le lien amoureux comme une transformation sans cesse en devenir, tissu sans fin d'histoires humaines. Avec les textes de : Boris Cyrulnik, Vincent Delecroix, Frédérique Ildefonse, Sophie Galabru, Olivia Gazalé, Christian Godin, Francis Wolff
Latham Monica ; Amselle Frédérique ; Ferrer Daniel
Cet ouvrage propose une visite guidée des " antichambres " , " coulisses " et autres " arrière-cuisines " , où l'écriture de Virginia Woolf se prépare. Ses lieux d'écriture, à Londres ou dans la région du Sussex, révèlent les méthodes de travail de l'autrice autant que son environnement. En plus de sa prose romanesque et de ses essais critiques, Woolf écrivait quotidiennement dans son journal, tenait une correspondance régulière, et esquissait des projets dans ses carnets de travail. Ces milliers de pages offrent un formidable témoignage littéraire, où l'on peut la voir analyser avec lucidité sa propre méthode et réfléchir à son écriture, avec ses mécanismes, ses joies et ses peines. Alors que l'examen de la genèse de Mrs Dalloway révèle une écrivaine qui tâtonne afin de mettre en place sa vision unique et hautement ambitieuse du roman moderne, les manuscrits d'Une chambre à soi mettent au jour la rapidité d'écriture d'un essai littéraire et féministe qui résonne encore aujourd'hui. Suivre les processus d'écriture de ces textes nous permet d'observer à la fois l'écrivaine à l'oeuvre, et l'oeuvre en train de prendre forme, à la confluence de plusieurs courants, inspirations et idées novatrices.
L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses L'image de l'empereur Néron, jouant de la lyre au moment où Rome brûlait à ses pieds, a été immortalisée par le cinéma hollywoodien et a durablement imprégné l'imaginaire collectif. Or, beaucoup de ce que l'on croit savoir sur cette grande catastrophe historique est faux. Rome brûle relate comment l'incendie de 64 a détruit une bonne partie de la ville et plongé sa population dans la panique. L'ouvrage décrit également comment le feu a détruit l'image dorée de l'empereur Néron, et provoqué une crise financière qui a durablement influé sur l'économie romaine. Ce livre recenseen outre les récentes découvertes archéologiques qui permettent de mieux comprendre cet événement, et sa postérité dans la littérature, l'opéra ou le cinéma. S'appuyant sur une riche documentation, à la fois littéraire et archéologique, le professeur Anthony Barrett montre comment le grand incendie de Rome provoqua la chute de Néron et la fin de la dynastie julio-claudienne, et fut un point de bascule dans l'histoire romaine.
Il ne leur manque que la parole, entend-on souvent dire à propos des chiens. En effet, pourquoi après 35 000 ans de cohabitation, d'amitié, de services rendus, ne nous parlent-ils toujours pas ? Comment la parole est-elle venue à l'homme, et qu'en comprennent nos compagnons les chiens ? Qu'échangeons-nous vraiment avec eux ? Pourquoi leur parlons-nous sur un ton stupide ? Quelles limitations les empêchent de nous répondre ou tout simplement de nous dire ce qu'ils pensent de nous ? A ces questions, parfois naïves, les neurosciences - humaines et animales - fournissent des éléments sérieux de réponse. Et une expérience inédite vient bousculer notre conviction que seul l'humain peut utiliser le langage pour communiquer, et interroger le sens même de l'existence. Alors ? Pensent-ils humains ?
Nespoulous Laurent ; Souyri Pierre-François ; Bois
Résumé : Il y a près de 40 000 ans, le Japon n'est pas encore l'archipel que l'on connaît : reliées au continent, ces terres aux reliefs hostiles et aux conditions climatiques et géologiques capricieuses ? une trentaine de volcans sont en activité ? accueillent les premiers hommes, une dizaine de milliers tout au plus, venus de Corée, de territoires plus au Sud ou encore de Sibérie. Son immensité longitudinale a des conséquences sur le développement des sociétés et, au cours des temps anciens, plusieurs sphères culturelles coexistent. Dans l'est et le nord-est des chasseurs-cueilleurs se sédentarisent et sont parmi les premiers au monde à élaborer une poterie sophistiquée, qui fait la réputation de la culture Jômon, mais ne s'engagent jamais dans la " révolution néolithique ". A l'inverse, la culture Yayoi au nord-ouest de Kyûshû introduit l'agriculture et la riziculture inondée. Puis apparaissent dans le Yamato les premières traces d'un Etat, auquel échappent longtemps des sociétés locales périphériques, avant que le Japon en tant qu'Etat centralisé avec à sa tête un empereur, le tennô, surgisse soudainement dans le dernier tiers du VIIe siècle. L'Etat des Codes qui se met alors en place représente un moment majeur de l'histoire japonaise : les institutions créées au tournant des VIIe et VIIIe siècles vont perdurer, sous de multiples formes, jusqu'aux années 1870. A partir des résultats produits par l'archéologie japonaise, l'une des plus dynamiques au monde, d'une iconographie méconnue et de cartes inédites, les auteurs retracent une histoire peu conventionnelle du Japon ancien, des origines de l'humanité dans l'archipel jusque vers l'an mille.
L'histoire référente du Japon : des premières civilisations Jômon puis Yayoi aux années 2020 - marquées par le rôle grandissant des femmes dans la société nipponne - en passant par l'époque d'Edo ou encore l'accident nucléaire de Fukushima en 2011. Longtemps, l'histoire du Japon fut instrumentalisée par le pouvoir impérial - fruit d'une idéologie sous contrôle absolu. Cependant, depuis quelques années, l'approche historique a considérablement évolué et la parole s'est peu à peu libérée. Par exemple, l'étude des relations de l'archipel avec la Chine ou encore celle des rapprochements anciens avec les peuples voisins sont désormais au coeur des recherches historiques. Ainsi, tenant compte des derniers développements de l'historiographie japonaise et des débats dont elle a pu être l'objet, Pierre-François Souyri propose une édition revue et augmentée de sa Nouvelle histoire du Japon, affranchie des poncifs anciens et des légendes. En outre, l'ouvrage adopte une approche originale et totalement novatrice. A l'occasion de la parution de la première édition de ce livre en 2010, Le Monde écrivait : " "Nouvelle', cette histoire du Japon l'est par son refus d'une approche purement linéaire revenant à un simple enchaînement des événements. [... ] L'histoire de ce pays en France est largement cantonnée à une chronologie d'époques figée dans la partition traditionnelle (Antiquité, Moyen Age, Epoque moderne). [... ] Le mérite de ce livre, qui s'appuie sur des sources en japonais, est de refléter l'histoire telle que les Japonais la pensent ou l'imaginent et de décentrer ainsi notre regard, d'inciter à nous défaire des oeillères du grand récit occidental sur ce pays. " Entièrement actualisée jusqu'en 2023, cette deuxième édition évoque aussi l'histoire d'un Japon à la croissance économique et démographique en berne et à l'environnement géopolitique difficile, mais surtout celle d'une société qui, envers et contre tout, résiste et garde sa cohésion. Une synthèse indispensable.
Résumé : Que savons-nous vraiment des samouraïs, ces guerriers si chers à nos imaginaires occidentaux ? L'historien Pierre-François Souyri, fin connaisseur du Japon où il a longtemps vécu, raconte leur longue histoire, enrichie ici de récits anciens qui ont nourri leur geste. La légende de ces terribles guerriers, où un sens aigu de l'honneur le dispute souvent aux plus viles trahisons, n'y est jamais démentie. Pourtant, les samouraïs furent bien plus que de simples combattants aux moeurs exotiques. Ils ont évolué tout au long du millénaire que dura leur histoire et se sont adaptés aux réalités de leur temps. S'ils furent, lors des guerres médiévales, capables de la plus extrême violence, y compris envers eux-mêmes, ils s'imposèrent, dans les siècles qui suivirent, en administrateurs avisés, en hommes lettrés, pénétrés de poésie et de spiritualité, amateurs d'art, de thé ou de théâtre. Car ? et ce n'est pas un paradoxe, mais la belle découverte de cet ouvrage ?, si certains d'entre eux ne voulurent jamais rompre avec un passé révolu, nombre de samouraïs surent se porter aux avant-gardes politiques et intellectuelles, façonnant ainsi le Japon que nous connaissons aujourd'hui?
Quand on s'intéresse à l'histoire du Japon, on ne peut éviter de rencontrer de prime abord la conscience historique des Japonais. Cet imaginaire est des plus simples, se bornant à affirmer comme traits spécifiques de ce pays la continuité (un temps linéaire, sans vrai début ni fin), l'homogénéité (une sorte de totalité synchronique), et logeant dans cette association aussi bien l'État, la dynastie impériale, la population, le territoire. De fait, l'originalité du Japon tient à ce que les changements s'y inscrivent, comme naturellement, dans un cadre immobile. Quelle est pourtant la dynamique interne de ce pays qui, depuis sa préhistoire et jusqu'à la rénovation de Meiji, a su garder son unité ?