La guerre du Pacifique s'est finie tragiquement avec l'opération Tokkotai, sans précédent dans l'histoire, qui a envoyé des milliers de jeunes hommes à la mort. Parmi eux, environ un millier étaient des étudiants provenant des meilleures universités, diplômés précocement afin d'être mobilisés. Aucun n'est mort pour l'empereur, aucun ne fut vraiment "volontaire", et aucun n'a envisagé cet acte comme un suicide - tout le contraire du stéréotype des pilotes kamikazes ayant enterré les informations factuelles dans la poubelle de l'histoire. Pourquoi ces hommes en sont-ils venus à approuver la mission militaire et impériale du Japon ? Pourquoi se sont-ils envolés vers leur mort, quand ils ont su que le Japon allait perdre la guerre ? Afin de répondre à ces interrogations, l'ouvrage étudie le développement de la militarisation des masses et examine en détails les journaux intimes des pilotes écrits sur plusieurs années. Les quêtes intellectuelles auxquelles ils aspirent incarnent l'expérience de beaucoup de Japonais qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, se passionnent pour la haute culture occidentale, tout en résistant à l'impérialisme politique et culturel de l'Occident. La question soulevée dans ce livre n'est cependant pas qu'un "problème japonais". A travers le monde, dans le passé et aujourd'hui encore, des intellectuels se sont impliqués dans des guerres et des politiques totalitaires contre l'humanité. L'auteur porte une attention particulière au processus d'esthétisation des actions militaires par le gouvernement, en particulier le sacrifice pour l'empereur, qui fit du trope "Tu tomberas comme de beaux pétales de cerisier", l'outil d'une manipulation esthétique dont les jeunes soldats ont été les victimes.
Une peinture est un tout organisé, un ensemble de formes (lignes, surfaces colorées...) sur lequel viennent se faire ou se défaire les sens qu'on lui prête. Le contenu de cet ensemble n'est pas un équivalent d'émotion, de sensation, il vit de lui-même. Ces relations entre les formes sont un transfert de relations de l'univers à une autre signification. Dans ce qu'elle a d'essentiel la peinture est une humanisation du monde. " Pierre Soulages (1948) Voici réunis, dans leur variété, leur constante et exemplaire rigueur, quelques-uns des textes et entretiens de Pierre Soulages. Ils explicitent pour nous son oeuvre immense.
Nous vivons une époque paradoxale : les extraordinaires progrès scientifiques et techniques des dernières décennies ont bouleversé notre existence, mais, dans le même temps, un fulgurant retour de la barbarie sape nos valeurs laïques fondamentales, héritées des Lumières. Religions et utopies sociales, ces illusions dangereuses constituent la pire malédiction de l'humanité ; elles assaillent notre liberté de penser et de nous exprimer librement. Elles nous imposent leurs critères absolutistes du Bien et du Mal ainsi leur foi dans un au-delà ou un avenir radieux chimériques. Leur but est évident : nous empêcher de vivre sereinement et nous priver du bonheur quotidien. Dès lors, l'alternative est tranchée : Homme ou Dieu ? Raison ou foi ? Plaisir ou ascèse ? Vivre ici et maintenant ou attendre la vie après la mort ? Ce livre très documenté n'en est pas moins un ouvrage grand public : écrit dans un style simple et accessible, il se veut un essai-coup de poing, un pamphlet choc et sulfureux pour nous libérer des fausses promesses et des mensonges qui nous emprisonnent.
Les technologies visant à augmenter les capacités physiques et psychologiques des soldats ont toujours fait partie intégrante de l'histoire militaire. Toutefois, les recherches actuelles n'ont plus rien à voir avec les expériences du passé, à tel point qu'il est désormais possible de parler d'une révolution de la condition humaine qui mènera à plus ou moins brève échéance à une situation où les guerres du futur seront menées par des "super soldats". Cette possibilité, qui est de plus en plus réelle et inévitable, mais qui demeure étonnamment négligée par les éthiciens, ouvre la porte à une série de questions fondamentales : ces technologies sont-elles moralement problématiques ? Si elles sont permises, en vertu de quels critères est-il possible de distinguer celles qui sont acceptables de celles qui ne devraient pas être tolérées ? Ces innovations vont-elles enfreindre les principes moraux de la "guerre juste" ? Quels devraient être les paramètres éthiques du développement de ces technologies ? Ce premier ouvrage en langue française sur le soldat augmenté cherche à répondre à ces questions. Refusant d'adopter un point de vue manichéen sur cette question, Jean-François Caron explique que les nouvelles technologies d'augmentation entraînent un dilemme moral important. D'un côté, elles peuvent être interprétées comme une obligation morale de la part de l'armée à l'égard des soldats. De l'autre, elles peuvent également entraîner des violations des règles de la guerre. A la lumière de cette tension, l'auteur propose une vision nuancée des tenants et aboutissants de ces technologies militaires et suggère un cadre éthique original permettant de délimiter leur développement et leur utilisation.
Cénat Jude Mary ; Cyrulnik Boris ; Dérivois Daniel
Même si, avec plus de 200 000 morts et des dizaines de milliers de blessés, le séisme du 12 janvier 2010 a déjà suscité nombre de réflexions sur l’histoire et la population haïtiennes, on a rarement l’occasion de lire des témoignages aussi poignants ainsi qu’une fine analyse des traumatismes et de la résilience des survivants.Tout le monde s’en souvient : isolés, sans abri, sans nourriture, débordés par la dévastation et dans l’attente des secours, les insulaires ont vécu parmi les morts et avec les morts pendant de nombreuses semaines.Ces témoignages de survivants nous font précisément entrer dans cet enfer, dans le récit d’une souffrance insupportable, mais qui refuse toute attitude condescendante. Par-delà blessures et amputations, le dialogue avec l’auteur laisse lentement apparaître les voies salutaires de la résilience, une sortie proprement humaine vers la vie, comme une renaissance que donne en partage le peuple haïtien à l’humanité entière.Cela nous donne un ouvrage touchant, rigoureux et engagé. Un ouvrage édifiant.
Aucun Occidental n'a jamais révélé les ressorts de l'âme japonaise comme le fait Ivan Morris dans ce livre brillant (sa dernière ouvre) qui éclaire pour nous d'un jour inattendu l'histoire et la culture d'un peuple mal connu, à travers l'existence de ses héros légendaires, héros vaincus et comme tels traditionnellement vénérés dans la mémoire populaire. La Noblesse de l'échec raconte la vie tragique de neuf personnages authentiques qui tous se dressèrent contre des forces supérieures aux leurs, et finirent par succomber malgré les ressources immenses de leur courage et de leur volonté. A la différence des chevaliers superbes et conquérants de la civilisation occidentale, ces hommes solitaires et pathétiques se firent toujours les défenseurs de causes perdues et, comme le voulait leur destin, terminèrent leur vie de fugitifs pourchassés dans un exil cruel ou dans l'apothéose du suicide rituel. Parmi eux un prince de 19 ans, victime d'une intrigue de cour, frère lointain de Hamlet ; un samouraï hors la loi poursuivi et massacré par son frère aîné ; un adolescent énigmatique qui prit la tête d'une insurrection de chrétiens japonais, et l'imposant Saigo Takamori qu catalysa la restauration impériale Meiji. Cette lignée s'achève par un groupe d'hommes dont le nom nous est familier, les pilotes kamikazes de la Seconde Guerre mondiale.
4e de couverture : Avec l'ère Meiji (1868), après deux siècles de clôture, le Japon s'ouvre au monde. En octobre 1867, à l'âge de 22 ans, Maurice Dubard s'engage dans la Marine française. La mission militaire à laquelle il participe a pour but de contribuer à doter le Japon d'une armée moderne. Avec l'un de ses collègues, Marcel, le jeune homme sillonne donc les principales villes de l'archipel. Mais son projet d'écriture est loin des armes et des uniformes, loin des bureaux administratifs et des fabriques. À l'instar du célèbre Japoneries d'automne de Pierre Loti, Maurice Dubard s'emploie à peindre en une série de tableaux et de saynètes ce Japon des années 1870. Sa passion se porte aussi bien sur la culture matérielle ancestrale de l'Empire que sur l'énergie débordante de la jeunesse nippone. Conteur formidable, Dubard ne cesse d'osciller entre ce passé et le présent. Son récit de voyage est absolument contemporain du rapprochement entre l'Europe et le Japon.
Cet ouvrage propose un tour d'horizon du Japon d'hier et d'aujourd'hui. 50 fiches thématiques abordent tous les aspects essentiels de la culture nippone : le monde politique, les données économiques et sociales, l'histoire, les traditions ou encore sur la gastronomie...
Aux yeux de l'Occident, le Japon a toujours été un mystère, nourri de clichés et de fantasmes : Cipango aux murs couverts d'or rêvée par Christophe Colomb, la terre de mission de François Xavier, l'empire soudain clos sur lui-même, l'adversaire acharné de la guerre d'Asie-Pacifique, la victime des premières bombes atomiques, l'inventeur du zen et de l'ikebana, le colossal concurrent technologique et commercial... L'histoire du Japon est d'abord celle d'un peuple épris de nouveauté, d'origine hétérogène, qui a su évoluer au contact d'autres mondes et se muer en Etat-nation impérial, puis industriel : la Chine lui apporte code, croyance, écriture, de quoi tisser une culture de son cru ; l'Occident échoue à le convertir au christianisme au XVIe siècle, mais, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'oblige à suivre son modèle technique sous peine de colonisation brutale. Le Japon, pourtant la référence économique suprême dans les années 1980, subit une récession sensible depuis le début des années 1990 et se retrouve aujourd'hui pris en tenaille entre la Chine et les Etats-Unis. Il n'en reste pas moins encore la troisième puissance économique mondiale, affiche sa présence sur tous les foyers de la mondialisation, diffuse tous azimuts les produits de son soft power et ne cesse d'innover et souvent de surprendre. A l'aube de l'ère Reiwa, Gérard Siary retrace le mouvement d'ouverture et de fermeture à l'ailleurs et à l'étranger, qui a toujours rythmé l'évolution de l'archipel et modelé son identité culturelle. Il aborde des thèmes souvent peu évoqués : image du Japon en France et à l'étranger, mythes et mythologie, racisme et minorités, diaspora, etc. C'est cette histoire renouvelée d'un peuple à nul autre pareil, qui a dû et su faire son miel de la prétendue "modernité", sans y perdre son âme ou son identité, qu'il nous raconte avec passion.