Chances pour un touriste américain de visiter les chutes du Niagara: 1 sur 195L'ultime week-end de leur mariage, minés par l'insolvabilité, l'indécision et, stupidement, à moitié secrètement, englués dans ce passé toujours proche que gouvernent le souvenir, l'infidélité, Art et Marion Fowler quittèrent le pays. Cap au nord, direction le Canada. «Comme les esclaves», dit Marion à sa soeur Celia. Ils allaient passer leurs derniers jours en tant que mari et femme comme les tout premiers, presque trente ans auparavant, aux chutes du Niagara, comme si, de l'autre côté de la frontière, près de ce légendaire et tumultueux chaudron des nouveaux départs, loin de toute créance domestique qui sapait leur quotidien, ils avaient une chance de se retrouver l'un l'autre. C'est du moins ce que Art espérait. Marion, quant à elle, espérait seulement pouvoir tenir le coup à peu près dignement puis rentrer à la maison et commencer à s'occuper de la paperasse qui lui permettrait de devenir, pour la première fois de sa vie, une contribuable sans conjoint.Ils dirent à leur fille Emma qu'ils s'offraient une seconde lune de miel.«En plus, ils vont faire visiter la maison pendant tout le week-end, alors...» C'est ainsi que Marion, au téléphone, présenta les choses.Ils n'étaient pas bons menteurs, ils avaient simplement peur de la vérité et de ce qu'elle était susceptible de révéler à leur sujet. Ils appartenaient à la classe moyenne, proies de la tyrannie des apparences et de ce qu'ils pouvaient se payer, ou oser, ce qui était en partie leur problème. Ils étaient trop installés et pragmatiques pour ce qu'ils entreprenaient à présent, mal à l'aise avec les mesures désespérées. C'est à peine s'ils purent discuter du projet entre eux, comme si, une fois exposé à la lumière et à l'air, il risquait de s'évaporer.Avec Jeremy, ils n'eurent qu'à dire qu'ils voulaient voir le nouveau casino, sorte de construction à la Frank Gehry, qui figurait en couverture de la section voyage du journal du dimanche et des magazines distribués dans les avions. Il fut impressionné par le tarif qu'ils avaient réussi à obtenir. Art avait fouiné en ligne jusqu'à trouver un prix imbattable.«Ton père le flambeur», plaisanta Marion.L'Escapade spéciale Saint-Valentin, s'intitulait la promotion: deux cent quarante-neuf dollars, pension complète et un avoir de cinquante dollars porte-bonheur à dépenser aux tables de jeu.Comme c'était compris dans la formule, ils prirent le car. Mais maintenant qu'ils s'enfonçaient dans un tunnel obscur en pleine tempête de neige, quelque part en périphérie de Buffalo, au milieu de couples bien plus jeunes - dont, figé façon zootrope dans les phares des voitures qui arrivaient d'en face, un duo grassouillet en tenue Harley qui se pelotait, juste de l'autre côté du couloir -, ils regrettaient l'un et l'autre de ne pas avoir pris la voiture.Chacun avait déjà exposé ses arguments à la maison, inutile donc de revenir là-dessus. Art, l'éternel matheux ramenant toujours tout à la réalité mesquine des nombres, avait souligné que ça leur ferait économiser cinquante dollars d'essence, sans parler du parking, ce que Marion avait trouvé absurde, et typique. Ils étaient tellement au-delà du stade où cinquante dollars pouvaient faire la différence - comme ce pari ridicule, jouer leur mariage en s'en remettant, en gros, aux caprices d'une roue -, et pourtant il ne démordait pas de ses vieux préceptes comptables, à savoir qu'un sou est un sou, oubliant que le grand livre de comptes qu'il tenait baignait dans le rouge. Prendre l'autocar représentait une perte supplémentaire de contrôle, s'abandonner aux mains du destin, ou du moins d'un chauffeur manquant de sommeil. La seule raison pour laquelle elle avait accepté - outre qu'elle voulait éviter toute bagarre - était qu'elle n'aurait pas à redouter que Art colle au train des gens devant lui pendant tout le trajet par ce temps, mais, évidemment, elle se garda bien de le dire.
Ithaca, New York, 1982. Larry Markham tente désespérément de recoller les morceaux de sa vie, sans vraiment y croire. Son mariage est un échec, accentué cruellement par le lourd handicap mental de son fils, ses relations avec son père sont tendues, et son travail de livreur de pâtisseries industrielles est dérisoire. Vietnam, 1968. Larry Markham s'est enrôlé, contre l'avis paternel, comme médecin dans les rangs de l'armée américaine au Vietnam. De son unité, il est le seul à revenir. Depuis, Larry est hanté par la vision de ses compagnons disparus, de leurs derniers instants: il aurait dû les sauver. Ce sentiment de culpabilité le harcèle et le rend impuissant à envisager sa vie présente. Fatigué d'être regardé comme un traumatisé de guerre, il ne trouve un répit avec lui-même, un début de sens à son existence, qu'en agissant bénévolement comme thérapeute auprès d'un groupe de vétérans. Lorsqu'un membre de ce groupe, un assassin entraîné par la CIA, s'échappe du centre hospitalier et se met à le poursuivre, laissant derrière lui d'inquiétants avertissements en forme de cartes à jouer, Larry prend conscience de la menace qui pèse sur lui, et sur sa propre famille. La faculté de Stewart O'Nan à passer d'un univers à l'autre, la puissance évocatrice de son écriture prennent ici une dimension impressionnante. A la fois roman d'amour et récit de guerre, Le Nom des morts est un thriller mené avec maestria.
Résumé : Pennsylvanie, hiver 1974. Une petite ville sans histoire. Des coups de feu claquent, étouffés par la neige. Annie Marchand vient d'être abattue en plein jour par son mari. Arthur Parkinson a quatorze ans. Lorsqu'il entend les détonations, son c?ur se brise: il sait que l'irrémédiable s'est produit. Annie, qu'il aimait en secret, est partie à jamais. Comme son père, qui décide subitement de quitter la maison familiale. Pourquoi Annie a-t-elle été assassinée? Pourquoi chacun s'acharne-t-il à détruire ce qu'il aime? Comment trouver sa voie dans un monde où tout ce à quoi l'on croyait se dérobe et s'effrite? Quinze ans après, Arthur s'interroge et démêle peu à peu l'enchevêtrement des fils tissés par le Destin. Avec ce premier roman, Stewart O'Nan s'affirme comme un conteur exceptionnel. Explorateur d'une Amérique profonde dont rien ne peut combler le vide spirituel, il porte un regard sensible sur ses tragédies ordinaires. Stewart O'Nan a été distingué par la revue Granta comme l'un des vingt meilleurs jeunes écrivains américains actuels.
Résumé : Marjorie aime tout ce qui va vite - " fast food, fast cars ". Elle tombe amoureuse de Lamont parce qu'il partage son goût pour les bolides ; et ce n'est sans doute pas un hasard si Natalie, son amante, est serveuse dans un diner. Lors d'une virée sur la Route 66 , ce trio dévastateur glisse dans la grande délinquance. Un hold up qui tourne mal, un braquage qui se transforme en tuerie, c'est le début d'une dérive qui s'achève par la mort de Lamont, l'arrestation des deux filles et la peine de mort pour Marjorie. Enfermée dans sa cellule, dans le " couloir de la mort ", Marjorie attend l'heure de son exécution. Avant de mourir, elle adresse à Stephen King - le seul écrivain qu'elle ait jamais lu - une cassette contenant ses confessions, en espérant qu'il en tirera un best-seller. Si son histoire nous fascine, c'est qu'à travers le regard de Marjorie une Amérique à la fois étrange et familière se dévoile. Un pays d'enfants perdus, armés jusqu'aux dents, qui ne voient aucun mal à s'envoyer en l'air de toutes les manières possibles. Un pays où le culte de la célébrité est devenu une nouvelle religion, et où la morale dominante oscille entre l'univers des séries TV les plus brutales et les films de Walt Disney.
Résumé : La Navy vient juste de reprendre Guadalcanal quand James et Anne Langer s'installent à Long Island. Leur fils aîné, Rennie, est parti là-bas, très loin, dans le Pacifique, où il se bat contre les Japonais. Leur guerre à eux est d'un autre ordre, plus intime. C'est la guerre que les hommes et les femmes mènent contre le temps, l'usure des corps et des âmes. Ce livre est donc le récit d'une victoire incertaine et d'une défaite annoncée. Pendant ce temps, la vie continue. On va au cinéma voir des films avec William Bendix et Ann Sheridan. Les femmes participent à l'effort de guerre. Elles sont infirmières ou travaillent en usine, elles lisent Ambre et se coiffent à la Veronica Lake. Et les matins sont bleus sur les dunes de Long Island. Quand Rennie est porté disparu, son jeune frère commence à faire des cauchemars. Il ne peut savoir que le pire est encore à venir. Avec un sens aigu du détail et du suspens, Stewart O'Nan raconte l'éclatement de cette famille - détruite par la maladie, l'infidélité et la guerre -, et ses tentatives de réconciliation. C'est aussi le portrait lyrique et précis d'une Amérique perdue, avec ses étés brûlants, ses ritournelles et ses marques démodées, à une époque où les guerres n'étaient pas encore froides.
Percival Everett reprend les personnages et l’aventure épique du chef d’œuvre de Mark Twain « Les aventures d’Huckleberry Finn », mais retourne les rôles et fait de Jim (qui choisira de s’appeler James), l’esclave, le personnage principal. Une œuvre romanesque remplie d’humanité qui nous plonge au cœur de l’Amérique du XIXème siècle et de la guerre de Sécession, et qui dresse le portrait émouvant d’un homme qui sait la puissance des mots.
Un roman qui entraîne son lecteur dans l’univers des lycéens de banlieue parisienne, en pleine construction identitaire et sexuelle. Avec un style littéraire très proche de l’oral, l’autrice construit un récit sur le quotidien scolaire et familial de ces jeunes, à travers Kaiden, l’héroïne. Elle raconte ses amitiés, ses liens familiaux, ses questionnements et sa passion pour la littérature. Deviendra-t-elle une transfuge de classe ? Une lecture douce-amère...
Résumé : "Je m'appelle Rosie Lane, je suis forte et je vais me tirer d'ici". Ici, c'est-à-dire ce village du nord de l'Angleterre où réside la Gracieuse Congrégation des Pauvres Pécheurs dont fait partie Rosie Lane depuis sa naissance. Rosie n'a qu'une idée en tête : fuir l'emprise de cette communauté religieuse et de ses adeptes fanatiques pour vivre sa vie. A Londres, elle trouve un emploi de serveuse dans un pub, le Sunday Morning . Elle travaille dur, s'étourdit en écoutant Nick Cave, consomme de la codéine sans modération et rencontre des garçons. Mais tout cela ne suffit pas à guérir cette âme qu'exalte la lecture des poèmes d'Emily Dickinson et des Hauts de Hurlevent. Ni à lui faire oublier un premier amour brisé. Assoiffée de liberté, Rosie Lane trouvera-t-elle enfin l'apaisement ? Porté par une énergie irrésistible, ce portrait d'une jeune fille rebelle frappe par sa fraîcheur et sa justesse. Née à Madagascar, d'origine indienne, Shaïne Cassim vit en France depuis l'âge de sept ans. Elle a publié de nombreux livres pour la jeunesse et travaille dans l'édition.
Résumé : Un camp de concentration nazi. Rosa protège Magda, son bébé, dans les plis d'un châle. Un garde aperçoit la petite fille. Il la prend sur son épaule, puis la jette sur les barbelés électrifiés. Trente ans ont passé. Rosa, folle et solitaire, vit dans le dénuement à Miami. Un paquet arrive par la poste. C'est le châle. Et, avec lui, l'âme - l'écho ? - de Magda. Mais comment retenir une âme auprès de soi ? Ce livre a pour objet deux ou trois choses urgentes concernant notre passage sur terre, c'est-à-dire à mi-chemin du ciel et de l'enfer : l'inéluctabilité du mal, la mémoire nécessaire et l'impossible oubli. C'est un traité de magie, un manuel de survie, un message personnel adressé à chacun et chacune d'entre nous.
Le richissime Philip Brooke vient de mourir, laissant derrière lui un patrimoine grandiose : le plus beau manoir du Sussex, datant du XVIII ? siècle et comprenant pas moins d'une vingtaine de chambres, entouré d'un domaine luxuriant de centaines d'hectares. Mari volage et père absent, il n'est regretté ni de sa femme ni de ses trois enfants. En revanche, sa vaste fortune déclenche des conflits galopants dans la famille car chacun veut mettre la main sur cette succession hors norme. Le clan Brooke réussira-t-il à ne pas voler en éclats avant le jour de l'enterrement ? Drame familial haut en couleur et en tensions, Nos héritages nous plonge dans les arcanes fascinants d'une famille d'aristocrates britanniques tiraillée par l'argent et les secrets du passé. Anna Hope signe ici son grand retour au roman, qui comblera les lecteurs de Nos espérances.
Percival Everett reprend les personnages et l’aventure épique du chef d’œuvre de Mark Twain « Les aventures d’Huckleberry Finn », mais retourne les rôles et fait de Jim (qui choisira de s’appeler James), l’esclave, le personnage principal. Une œuvre romanesque remplie d’humanité qui nous plonge au cœur de l’Amérique du XIXème siècle et de la guerre de Sécession, et qui dresse le portrait émouvant d’un homme qui sait la puissance des mots.
Un bébé abandonné. Un secret menacé. Et une dernière chance de réécrire le passé. Que feriez-vous si la tante d'un ex que vous avez plaqué vous léguait par surprise une ravissante maison sur une île paradi-siaque au large de Sydney ? Sophie, elle, n'a pas l'ombre d'une hésitation : elle se jette sur ce don du ciel. Sans savoir qu'en acceptant l'héritage de Connie Doughty, morte nonagénaire à Scribbly Gum Island, elle risque non seulement de semer la zizanie, mais également de dévoiler un secret bien gardé. Car l'île est un haut lieu du tourisme depuis qu'un bébé y a été retrouvé abandonné il y a soixante-dix ans. Les soeurs Doughty, qui l'ont recueilli, ont su exploiter ce mystère, et les visiteurs continuent d'affluer, faisant la fortune de la famille. Mais combien de temps le clan saura-t-il protéger le secret dont dépend sa prospérité ? Avec un sens du suspense inégalé, Liane Moriarty nous offre un roman à la fois drôle et grave qui nous parle de succession, d'amour et de transmission.
Dans le sud du désert de Mojave, Dan et Tamma traversent leur dernière année de lycée comme on aborde une voie d'escalade, entre appréhension et excitation. Dan est un garçon prodige et discret, Tamma, une fille bavarde et intrépide. Inséparables, ils passent leur temps à escalader des rochers durant les froides nuits du désert. C'est là qu'est né leur rêve commun, leur désir d'aventure. Mais à mesure que l'année avance, ils se heurtent aux réalités du monde adulte. Leurs différences de milieu social, de talent et d'ambition ne peuvent plus être balayées d'un rire ou d'un serment. Un choix se profile, inévitable : rester fidèles à eux-mêmes, ou céder aux exigences du monde. Chacun devra, quoi qu'il en coûte, tracer sa propre voie. Après My Absolute Darling, le deuxième roman de Gabriel Tallent est une histoire lumineuse et pleine d'adrénaline sur le pouvoir rédempteur de l'amitié et l'importance de savoir tout risquer pour changer sa vie.