Par son sujet, les persécutions, c'est-à-dire la violence dans ce qu'elle a de plus pernicieux quand elle s'attaque aux minorités, ce livre se situe au confluent des préoccupations les plus contemporaines, tant chez les historiens médiévistes que chez les citoyens du XXIe siècle. La Couronne d'Aragon offre un merveilleux champ d'études pour le sujet proposé. Il s'agit d'une entité où se côtoient chrétiens, musulmans et juifs, dans un contexte qui donne la prépondérance politique aux chrétiens. La violence ne s'y réduit pas à un affrontement entre majorité et minorité ; elle se faufile entre les groupes qui vivent en rivalité, en concurrence comme l'écrit David Nirenberg. La période retenue saisit ces groupes à un moment clé, celui de la première moitié du XIVe siècle, quand la Couronne d'Aragon et le royaume de France s'apprêtent à affronter la Peste noire de 1348. Une forme de violence se fait alors jour, celle qui accompagne la genèse de l'appareil étatique. L'horizon des individus, jusqu'alors cloisonné, se dilate jusqu'aux frontières d'un royaume aux formes inconnues. Partout la peur gagne. Pour décrire ce vertige et les désordres qu'il entraîne, les historiens se sont souvent contentés d'évoquer les stéréotypes de ces peurs qui naissent en cette fin de Moyen Age. La démarche est ici inverse. Il s'agit de comprendre comment les différentes formes de violence, celle de l'État, celle des différents groupes sociaux, celle des sexes, celle des ethnies et celle de religions s'entrecroisent. David Nirenberg part de ce qu'il appelle les exemples " locaux ", que seule l'alchimie de la réflexion historique transforme en cas exemplaires. Le lecteur se promène alors au gré d'échelles variables, glissant sans cesse de la micro-histoire à la macro-histoire. Cette virtuosité régénère une méthode historique que l'on croyait, sans doute à tort et trop vite, en crise. Le résultat est décapant.
Antijudaïsme de David Nirenberg est sans doute l'une des plus importantes contributions à l'histoire des idées de ces dernières années. A travers la question de l'antijudaïsme c'est en effet la structure même de la pensée occidentale qui est explorée, de manière savante et accessible. La notion de judaïsme, ici, ne désigne pas simplement une religion : elle est envisagée comme une composante centrale de la pensée occidentale, autour de laquelle se développe, depuis l'antiquité, une réflexion critique, et sinistre, sur le monde. Outre l'histoire des attitudes hostiles à l'égard des Juifs, ce livre montre comment se développe un motif constant, depuis les premiers théologiens chrétiens jusqu'aux philosophes modernes. Nirenberg montre comment ce motif traverse les siècles, en ne cessant de se réarticuler en fonction des enjeux sociaux, politiques ou religieux.
Année fatidique, 1815 consacre la restauration de l'ordre monarchique européen. De Waterloo au Congrès de Vienne s'effondre une certaine idée de la Révolution et de ses ambitions universelles. Mais 1815 ne marque-t-il qu'un retour à l'ordre ancien Si la contre-révolution triomphe en Europe, l'onde de choc révolutionnaire continue de se propager : en Amérique latine où se dessine la fin des empires ibériques, en Afrique de l'Ouest où émergent des mouvements djihadistes réformateurs, ou encore en Asie, où la Chine impériale connaît des bouleversements internes. Alors que les aristocraties rétablissent leur pouvoir en Europe, la montée en puissance du capitalisme industriel et financier façonne un nouveau rapport de force global. S'appuyant sur une approche comparée et connectée, cet ouvrage interroge les grands récits historiques qui ont fait de 1815 le point de départ d'une suprématie européenne sur le monde. En croisant les regards, il offre une lecture décentrée de l'âge des révolutions, à un moment où la domination de l'Europe sur le a reste " du globe n'a encore rien d'une évidence.
Anatomie d'un parti sulfureux Le succès du Rassemblement national n'est plus à démontrer, tant ses récents résultats électoraux en témoignent. Pour comprendre cette percée frontiste, il faut remonter aux causes structurelles et aux phénomènes de longue durée démantèlement de l'Etat social, mutations du système scolaire, disqualification des intellectuels traditionnels (scientifiques, instituteurs, syndicalistes...) au profit des "imposteurs" de toutes sortes, enfin, réémergence et progression des idées nativistes Mais un paradoxe demeure si la présence frontiste est de plus en plus centrale, elle est presque indépendante de toute véritable implantation sociale. Comment une organisation partisane aussi fragile a-t-elle pu capitaliser de tels succès électoraux ? Pourquoi, en Europe occidentale, la France est-elle le seul pays dans lequel une formation d'extrême droite parvient à rassembler, sans interruption depuis 1984, au moins un électeur sur dix - souvent beaucoup plus Cet ouvrage offre une synthèse historique inédite de ce parti, en même temps qu'il tente de résoudre l'énigme de sa réussite
Comment naissent les fake news, les théories du complot, les légendes urbaines ? Quelles personnes sont-elles susceptibles d'y croire ? Dans cet ouvrage regorgeant d'exemples, Gérald Bronner analyse les mécanismes sociologiques, ainsi que les biais cognitifs qui nous mènent à tirer des conclusions hâtives ou erronées, et à persister à y croire. Un ouvrage complet, passionnant et éclairant !
Résumé : L'ouvrage explore l'imaginaire médiéval au travers de ses deux composantes majeures : les héros, comme Charlemagne, le roi Arthur, Robin des Bois, mais aussi le renard et la licorne ; et, les merveilles, trois édifices ou puissances qui dominent la société, à savoir la cathédrale, le château fort et le cloître. L'iconographie médiévale ignore les frontières entre le naturel et le surnaturel, l'ici-bas et l'au-delà, et couvre un large espace géographique. Cette histoire de l'imaginaire est aussi une histoire dans la longue durée, présentant ces héros et merveilles tels que le Moyen Age les a construits, vénérés, puis légués aux siècles futurs.
Résumé : L'histoire n'a cessé d'être pour Edgar Morin un sujet de réflexion - y compris l'Histoire à laquelle il a participé. Témoin des atrocités de la guerre, des bouleversements économiques et écologiques, penseur des civilisations, Edgar Morin en a tiré des leçons fondamentales qui éclairent le passé et nous aident à construire l'avenir. Depuis son poste de vigie, il nous apprend que l'improbable peut advenir, que les destructeurs peuvent être aussi de grands civilisateurs, que les mythes influent puissamment sur le réel, qu'un seul individu peut parfois changer le cours de l'Histoire... Dans un esprit de synthèse particulièrement vif, Edgar Morin nous entraîne dans le grand voyage de l'humanité, de l'Antiquité à nos jours. Une réflexion profonde et personnelle sur le temps long, nourrie d'une expérience humaine et intellectuelle incomparable.
Refonte de Vie des seigneurs au Moyen Age 97827373-63245 - La vie quotidienne des Seigneurs - Les croisades, les guerres, la vie au château, la chasse, les tournois - La féodalité
Résumé : Les rythmes entraînent dans leur mouvement la vie tout entière des individus et des sociétés : les comportements quotidiens et les expériences esthétiques, les déplacements dans l'espace aussi bien que l'ordre du temps. Il n'y a pas de vie sans rythme, c'est-à-dire - comme dans un air de jazz ou une toile abstraite de Mondrian - sans une mise en ordre variable de faits qui se répètent en combinant indéfiniment périodicité et rupture. Philosophes, sociologues, anthropologues, musicologues s'interrogent parmi d'autres depuis deux siècles sur les rythmes sociaux, dont Marcel Mauss disait qu'ils commandent les représentations du temps. Pourtant, il n'existe pas à ce jour une histoire des rythmes qui confronte nos conceptions et expériences du rythme à celles du passé. Or, le contraste est fort entre notre monde moderne, où les rythmes sont partout, mais sont observés dans des champs séparés (rythmes scolaires, arythmie cardiaque, tempo musical, croissance économique en dents de scie...) et la civilisation holiste de l'Europe médiévale : ici, la notion de rythme, héritée de l'Antiquité gréco-romaine, paraît ne concerner que la musique, la poésie et la danse, mais elle entre en fait en résonance avec la totalité de la Création, que Dieu aurait façonnée en six jours. C'est à ce rythme fondateur que le présent livre emprunte sa propre scansion, en explorant successivement les significations du rhythmus médiéval, les rythmes du corps et du monde, ceux du temps, de l'espace et du récit, avant de s'interroger sur la fonction des rythmes dans le changement social et la marche de l'histoire.