
Brecht et les mauvais temps nouveaux
Un spectre pourrait bien de nouveau hanter le théâtre politique : le brechtisme. Non pas à l'identique de ce qu'il a été mais ajusté aux mauvais temps nouveaux. C'est que l??uvre du dramaturge, poète, metteur en scène et théoricien Bertolt Brecht (1898-1956), marxiste et antifasciste, fournit de fortes et discutables hypothèses pour intervenir dans la situation présente. C'était ce qu'il souhaitait : être utile. À partir d??uvres théâtrales contemporaines (Christiane Jatahy, Tiago Rodrigues, Angelica Lidell, Maguy Marin?), il s'agit, alors, de se demander, avec lui, comment traverser et transformer ces « sombres temps ». Sa contribution est importante : Brecht fournit des outils précieux (« distanciation », « gestus », « réalisme »), ses polémiques contre d'autres « théâtres politiques » peuvent encore orienter, et il expose de façon suggestive l'équation difficile d'un art populaire et combatif, au service du plus grand nombre. Le relire et le redécouvrir, à contretemps, amène, dès lors, à envisager autrement ce que peut le théâtre pour les luttes. Et à reconsidérer la fonction sociale qu'il occupe : à quoi et à qui doit-il servir ? Pour quelle société ... Avec cet ouvrage, Olivier Neveux poursuit son exploration des rapports que peuvent entretenir le théâtre et la politique. Ici, en l'occurrence, la politique est communiste et elle requiert pour ce faire de trouver ce qui, dans la radicalité du théâtre, lui permet de participer, à sa manière, à la « destruction de l'ordre existant ».
| Nombre de pages | 300 |
|---|---|
| Date de parution | 19/06/2026 |
| Poids | 340g |
| Largeur | 140mm |
| EAN | 9782358723169 |
|---|---|
| Auteur | Neveux Olivier |
| Editeur | FABRIQUE |
| Largeur | 140 |
| Date de parution | 20260619 |
| Nombre de pages | 300,00 € |
| Disponibilité | Sur commande en 4-6 jours |
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Neveux OlivierExilé aux Etats-Unis, en mai 1942, Brecht écrit dans son Journal de travail : "Eisler souligne à juste titre le danger encouru lorsque nous avons mis en circulation des innovations purement techniques, sans les rattacher à la fonction sociale. Il y avait le postulat d'une musique activante. 100 fois par jour, on peut entendre ici à la radio de la musique activante : les choeurs qui incitent à l'achat de Coca-Cola. On réclame désespérément l'art pour l'art" . En peu de mots, Brecht saisit le projet de l'art politique : "activer le spectateur" , en souligne le risque : "le désolidariser de toute fonction sociale" , en constate les échecs : "son appropriation par l'adversaire" , en désigne peut-être une paradoxale perspective : "l'art pour l'art" . Son parcours prévient les malentendus : cette dernière exigence ne se fait pas au nom d'un idéal apolitique de l'art. Elle naît précisément d'un souci militant : faire obstacle à l'absorption par le capitalisme des formes et des dispositifs de l'art contestataire. Quelques décennies plus tard, l'inquiétude demeure et les propos laconiques, ironiques ou désespérés de Brecht s'avèrent inspirants. Comment donc permettre à l'art et, en l'occurrence, au théâtre d'être autre chose que l'auxiliaire de la domination lorsque, précisément, la domination désormais l'enjoint à "s'engager" ? Car, y compris de la part de l'Etat (avec lequel il entretient de longue date un rapport organique), il est partout encouragé à le faire. Le théâtre doit prendre part à la réconciliation sociale, porter haut les valeurs occidentales, attester la liberté d'expression, semer doutes et questions mais aussi démontrer que notre République répressive connaît encore quelques ostentatoires poches critiques... Il lui faut, ses "tutelles" l'y encouragent, "activer" le spectateur, c'est là son destin et la raison de sa subvention. Il ne saurait être indifférent au monde ni, pire, inutile. Si toutes les oeuvres ne répondent pas à cette injonction, si beaucoup même en refusent l'orientation, les effets de cet "impératif politique" sont spectaculaires dans le champ de la pratique et de la production théâtrales. L'institution ne cesse de se légitimer par sa vertu politique. Cette dernière cependant se limite bien souvent à de très générales et consensuelles exhortations. D'où quelques contradictions, rarement vécues comme telles : la critique du néolibéralisme sur scène, par exemple, s'articule sans grands dommages à son déploiement brutal en coulisse ; on célèbre Mai 68 à l'Odéon tandis que les flics gazent au dehors, à la demande du théâtre, les manifestants de Mai 18 ; on convoque la police à Saint-Denis pour protéger l'exhibition d'un spectacle "antiraciste" de la critique de militants eux-mêmes antiracistes ; on est "rempart à la Barbarie" tout en s'intégrant à la saison "France Israël" , etc. La politique, dès lors, est un signifiant vide, certes valorisant, mais dédialectisé, intemporel, idéel, inconséquent. Elle n'est qu'un thème, un contenu, un ensemble de signes, un fantasme, assurément porté par l'idée de faire (le) bien, et aveugle aux idéologies qui la sous-tendent. De cet état des lieux naissent trois interrogations : 1. Les raisons de cette omniprésence de la "politique" ; 2. ses effets et notamment la façon dont s'intériorise la légitimation de l'art par la politique ; 3. sa signification dans un processus bien plus vaste d'attaques contre la consistance même de la politique. Mais il y a plus inquiétant que ce "rapt" et ses conséquences manifestes : le tout-venant tiède du marais théâtral, le toc des subversions d'arrière-garde et des transgressions immatures, les provocations réactionnaires des postures "politiquement incorrectes" , les truqueurs, la glue sentimentale qui empreint les scènes actuelles... La dévitalisation de la politique se retrouve aussi dans nombre de spectacles qui se donnent pourtant, pour projet la contestation ou la critique de ce qui est, la dénonciation de tel scandale ou l'initiation des spectateurs à la compréhension de leur mécanisme. Cette inflation de spectacles - notamment documentaires - interroge. 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Montmartre du plaisir et du crime
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