
Triste jeunesse
Marrakech. Le centre pénitencier de Boulemharez. Dix heures et demie du matin. Je feuilletais distraitement un magasine arabophone lorsqu'un bruit de pas martelant la mosaïque du couloir attira mon attention. Je tendis l'oreille: il y avait au moins trois personnes. Les pas s'approchèrent, s'approchèrent, ralentirent puis finirent par trépasser devant la porte de ma cellule. Le trousseau de clés du gardien tinta gaiement. Je devinai Allouch, le garde du couloir, cherchant la bonne clé. Il était rare qu'il la trouvât du premier coup, m'avait-il dit un jour, car toutes se ressemblaient. A la troisième tentative, la clé tourna enfin dans la serrure, à deux reprises; la lourde porte de ma cellule gémit sur ses gonds rouillés puis s'écarta dans une longue plainte aiguë. Un homme en costume bleu foncé et cravate lie de vin se détacha dans la béance éclairée, flanqué de trois gardes, dont Allouch. Je rangeai à la hâte le magasine dans un coin de mon lit et me redressai en remettant un peu d'ordre dans ma tenue débraillée. L'homme avança d'un pas à l'intérieur de ma cellule; une odeur de haut fonctionnaire s'épandit dans l'air: un effluve du parfum Masculin mêlé à une odeur de bon tabac jaune. Tous les hauts commis de l'État sentent cette odeur qui, chez le citoyen ordinaire, déclenche instantanément un sentiment de crainte et de méfiance. Le visiteur s'éclaircit la gorge. Je levai les yeux sur lui, sans insistance. Salam ouâléïkoum! Aléïkoum salam! Comment ça allait? De la main, j'imitai le vol d'un papillon. Il hocha la tête avec un petit air compatissant. Justement, la direction avait une bonne nouvelle à m'annoncer: comme, depuis mon arrivée à la maison, mon dossier ne signalait aucune indiscipline, aucun écart de conduite, l'administration avait jugé bon d'interrompre ma réclusion solitaire plus tôt que prévu, preuve qu'à Boulemharez, les pensionnaires qui se comportaient bien étaient récompensés, par un juste retour des choses! Je bredouillai un remerciement, voulus aussitôt ajouter quelque chose sans vraiment savoir quoi, mais n'ayant rien trouvé, je dus finalement me taire, désolé et confus.«À bientôt, alors!» fit l'important en se retirant.Les deux gardes lui emboîtèrent le pas. Allouch s'apprêtait à refermer la porte. D'un geste, je lui demandai qui était le visiteur. Il tendit son cou pelé à travers l'entrebâillement:«Le numéro 2 de la boîte!» me souffla-t-il.Et il referma la porte à triple tour, comme d'habitude; et, comme d'habitude, j'écoutai un moment son pas martelant lourdement la mosaïque ternie du couloir. A mesure qu'il s'éloignait en direction de la cour, le martèlement décroissait, décroissait... Au tournant, il mourut tout à fait.
| Nombre de pages | 192 |
|---|---|
| Date de parution | 22/08/2013 |
| Poids | 138g |
| Largeur | 110mm |
| EAN | 9782815908634 |
|---|---|
| Titre | Triste jeunesse |
| Auteur | Nedali Mohamed |
| Editeur | DE L AUBE |
| Largeur | 110 |
| Poids | 138 |
| Date de parution | 20130822 |
| Nombre de pages | 192,00 € |
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