Dans une grande ville de Russie, dans le courant de l'année 1937, vit une femme douce et aimante, Eulalie, son fils et son père Grigori Voladev, vieillard dépravé, égoïste et gourmand. Un jour, Eulalie est heurtée par un certain Simionov. Celui-ci la raccompagne chez elle et prend l'habitude de lui rendre visite de temps en temps. Un jour de septembre, Grigori est arrêté par le N. K. V. D. Après un emprisonnement douloureux, il est relâché par l'entremise de Simionov. Mais il sait à présent que sa fille connaît sa vraie personnalité : celle d'un "agent secret" de la police. Quand celle-ci lui demande de reprendre son rôle de mouchard, il préfère se suicider. Cependant, la pauvre Eulalie est rejetée par ses anciennes compagnes de bureau qui la tiennent pour une dénonciatrice. Il lui restera à apprendre que le mystérieux Simionov n'est autre que Lioubkine, le tout-puissant chef tchékiste qui, avec l'aide de son complice Soupronov, a fait régner sur la ville un régime de terreur. Lioubkine est compromis à son tour. Il reçoit une mission de Moscou et doit se rendre en Iran. Mais il sait que, de toute façon, qu'il réussisse ou non, on le tuera. Au cours d'une scène d'ivresse il tue sa maîtresse et vient faire ses adieux à Eulalie, qui le démasque enfin. Comment des innocents avouent des crimes et finissent par croire à ces crimes ; ce que la torture physique peut faire d'un homme ; comment, pour fuir leurs doutes, les bolcheviks se précipitaient dans l'action violente ; comment le communisme, né d'une foi, est devenu une machine monstrueuse ; comment aussi une âme innocente et tendre a pu résister à cet écrasement : tels sont les thèmes principaux de ce livre. Livre violent, passionné, qui peint de façon magistrale un univers désespéré où la victime est unie au bourreau - mais où il reste une "force terrible", celle de la conscience.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
Kiev, printemps 1919. Vingt-huit soldats de l'Armée rouge ont mystérieusement disparu aux bains municipaux. N'ont été retrouvés que leurs vêtements laissés au vestiaire. Ont-ils déserté ? Ont-ils été assassinés ? Et par qui ? Des brigands, des agents de la contre-révolution ? Samson mène l'enquête. Il arpente les rues de Kiev, met à profit les rudiments de formation qu'il a reçus, et progresse dans l'art d'interroger témoins et suspects. Méthodiquement, il remonte la trace des disparus, utilisant les pouvoirs de son oreille coupée. Au fil de ses investigations, il explore les fausses pistes et met à jour d'autres affaires d'importance, dont celles d'une curieuse contrebande de caviar et d'un non moins inquiétant trafic de cocaïne auquel semble étroitement mêlé l'escroc belge Jacobson - rencontré dans L'Oreille de Kiev - qu'entre-temps la Tchéka a recruté comme agent. Mais c'est grâce au talent d'un poète des rues et à l'obstination d'un cheval orphelin qu'il réussira enfin à résoudre l'affaire et à arrêter les coupables. Le roman s'achève sur un coup de théâtre qui laisse entrevoir toute la noirceur mais aussi la complexité du tchékiste Abiazov...
Ce roman pulvérise toutes nos attentes, Maria Stepanova s'y révèle être une véritable artiste". Berliner Zeitung M. est écrivaine. Quelques années plus tôt, son pays a déclaré la guerre à l'un de ses voisins. Désormais en exil, elle s'applique à recréer un nouveau chez-soi, tout en se sentant peu à peu coupée de sa langue : celle qu'elle a parlée toute sa vie, dans laquelle elle a écrit ses livres, celle dont elle tente, aujourd'hui, de se détacher. Alors qu'elle se trouve dans un train en partance pour un festival littéraire à l'étranger, une grève perturbe le programme. Le voyage s'achève dans un village perdu où M. ne connaît personne et son téléphone portable est déchargé. Et si, comme par magie, elle disparaissait ? L'Art de disparaître est un grand roman sur l'exil, la perte de repères et le réenchantement du quotidien par l'écriture. Traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard
2022, Moscou. Depuis une fenêtre, David ajuste le viseur de son arme. Il se tient prêt à tirer sur sa cible. Quatre ans après avoir retrouvé son père qui avait trempé dans de sombres affaires d'espionnage, David Kapovitch doit replonger dans le grand bain des secrets. Le jour de son anniversaire, un inconnu répondant au nom de Sergueï lui propose son aide pour libérer son père, retenu en Russie. En contrepartie, David lui confierait des informations sensibles dont seule sa mère a connaissance. Peut-il vraiment faire confiance à Sergueï ? David n'en a aucune idée, mais il choisit de saisir la chance de sauver son père des griffes du numéro un, quitte à y laisser la vie. Ce roman de politique-fiction habilement tourné est digne d'un film d'action où chaque nouvel élément vient interroger la véracité du précédent. Conservant le suspense jusqu'à la toute dernière ligne, Opération combinée nous emporte, sur un rythme haletant, au coeur du pouvoir russe.