Moro Marie Rose ; Mestre Claire ; Okoundji Gabriel
PENSEE SAUVAGE
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EAN :9782859192853
Elles écrivent, elles s'écrivent. Marie Rose Moro et Claire Mestre, psychiatres et chercheures, décident un jour, sur le quai d'une gare, après un colloque de la revue L'autre sur le métissage, de prolonger leurs échanges par une correspondance. La première, chef de service à Cochin et à Bobigny, au centre et à la périphérie de Paris, connue dans le monde pour ses théories transculturelles, sillonne la planète, là où on l'invite pour l'écouter, là où un projet de Médecins sans Frontière verra le jour. La seconde est aussi une pionnière de la clinique transculturelle, faisant du centre de soin pluridisciplinaire de Bordeaux, un lieu dynamique et innovant. Elles se connaissent depuis longtemps et entretiennent des relations de compagnonnage et de complicité intellectuelle. Trois thèmes émergent : soigner, voyager, penser. Soigner, car telle est leur vocation, des adultes et des enfants, d'ici et d'ailleurs, qui trouvent dans leurs consultations des mots et l'écoute nécessaire pour se raconter, et témoigner de leur souffrance. Voyager est leur destin de chercheures, une façon d'être au monde, de se dépayser, et de déplacer les centres. Le voyage y est certes un moyen de rencontre, mais aussi un but et une esthétique. Penser la réalité, la partager avec l'autre et le lecteur, et accompagner la lecture, tous azimuts, de l'actualité médiatique, de la littérature, la philosophie et l'anthropologie... L'écriture s'insère ainsi dans leur quotidien pour étendre la pensée et la partager, s'indigner et s'émouvoir, se rappeler, témoigner et transmettre. Cette correspondance est ainsi adossée aux préoccupations de leur temps, elle est un regard sur le monde à partir de leur écoute des autres. "Agis dans ton lieu, pense avec le monde" : cette parole d'Edouard Glissant résumerait l'intention des auteures de cette rencontre épistolaire qui devient un laboratoire de leur pensée théorique, une élaboration de leurs consultations psychothérapeutiques, et une praxis. C'est aussi un acte d'amitié et de tendresse au monde.
Nombre de pages
192
Date de parution
05/04/2013
Poids
240g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782859192853
Titre
Je t'écris de... Correspondances (2010-2012)
Auteur
Moro Marie Rose ; Mestre Claire ; Okoundji Gabriel
Editeur
PENSEE SAUVAGE
Largeur
140
Poids
240
Date de parution
20130405
Nombre de pages
192,00 €
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La psychologie transculturelle a transformé la prise en charge des migrants et de leurs enfants. Fondée sur l'anthropologie et la clinique, elle a été enrichie au fil des ans par les apports de la psychanalyse, de la thérapie familiale et de groupe. Elle permet de comprendre les besoins des enfants migrants ou enfants de migrants et favorise les passerelles entre le monde d'origine et le monde d'accueil. Ce livre est un véritable guide. Pas à pas, il précise les règles d'organisation de la thérapie transculturelle : constitution du groupe de thérapeutes, traduction et interprètes, mixité et diversité, lieux, durée... Il détaille le déroulement de la thérapie, séance après séance, de la création des conditions de rencontre à l'imagination de nouveaux possibles, une nouvelle place, un nouveau destin pour l'enfant ou l'adolescent dans sa famille. Un outil de travail clair, accessible, pédagogique : indispensable pour tout ceux qui évoluent dans un contexte transculturel.
La démarche clinique, analyse approfondie de situations particulières, devient une méthode d'investigation privilégiée dans tous les domaines de la recherche. Telles un travelling, les méthodes d'observation sont obligées de se modifier pour saisir l'objet en mouvance. Là-bas, les cliniciens de toutes cultures formés dans nos universités se trouvent nécessairement amenés à aménager leurs techniques pour répondre aux transformations des hommes surpris dans les modifications de leur environnement. Là-bas encore, les anthropologues de toutes cultures, s'intéressant de plus en plus aux systèmes dynamiques de représentation de la maladie, s'engagent volens nolens dans des relations de type clinique. Ici enfin, les cliniciens de toutes cultures rencontrant un grand chef soninké du Mali provisoirement éboueur à la ville de Paris, se trouvent expulsés de lests certitudes et subrepticement amenés à réfléchir sur le métissage des techniques.
Le tabou attribue à une personne, un objet ou un mot un caractère à la fois interdit et sacré. Mais lorsqu'il est fonctionnel, le tabou inscrit dans l'univers du sujet qui s'y soumet une discrimination logique qui prend sa source dans des sensations physiques. Un juif pieux vomira à l'idée qu'il a pu ingérer de la viande de porc, une femme baoulé enceinte avortera en mangeant du fruit proscrit, un homme bété développera un véritable syndrome d'influence pour avoir eu des jeux sexuels avec sa cousine parallèle. Mais après cette expérience, ils se penseront davantage juif pieux, baoulé ou bété. Cliniquement, l'imposition du tabou est donc une opération complexe qui transforme des catégories culturelles en représentations psychiques par l'intermédiaire de sensations corporelles. On comprend donc aisément que les thérapies traditionnelles, dans des situations de grands désordres psychologiques utilisent de telles prescriptions. Ainsi, les shamans apaches guérissent-ils les maladies des tics, dont nous savons qu'elles sont notoirement réfractaires à toute psychothérapie, par la mise en place de systèmes individuels de tabous alors que les cheiks musulmans du Maghreb ont plutôt tendance à faire appel aux tabous religieux. De même, un patient gravement perturbé, mélancolique ou schizophrène, pourra-t-il créer un univers à la logique singulière par une organisation obsessionnelle du monde structurée autour de tabous privés. Quoi qu'il en soit, on attend toujours du tabou qu'il réinstaure de tordre là où régnait le désordre du fait de la maladie, de l'acculturation ou de la déstructuration du groupe social. Nous invitons les cliniciens et les chercheurs à approfondir la notion de tabou injustement négligée, à explorer le fonctionnement de thérapies organisées selon la logique du tabou et à s'interroger sur la place qu'il occupe, parfois à notre insu, dans nos psychothérapies.
Dans les sociétés traditionnelles, la frayeur est une des notions les plus communément rencontrées pour penser la maladie. En Afrique noire, les crises d'agitation sont parfois expliquées comme résultant d'une rencontre terrifiante avec un génie de la brousse. Chez les Quechua du Pérou, ce sont au contraire les états dépressifs qui sont expliqués par une frayeur (susto) ayant provoqué l'envol de l'âme du sujet. On retrouve cette étiologie au Mexique, au Maghreb, en Malaisie... La frayeur est aussi une thérapeutique traditionnelle : les guérisseurs la déclenchent délibérément pour obtenir une métamorphose du sujet. Contrairement aux premiers écrits de Freud, actuellement la psychopathologie occidentale se protège de la frayeur — du moins dans les théories qui rendent compte des prises en charge. Il s'agit là d'une notion injustement négligée. Ce numéro a donc pour objectifs de montrer l'importance de la frayeur pour comprendre nombre de pathologies de nos patients issus de cultures non-occidentales et pour les soigner. Mais aussi, de mettre en évidence la nécessité d'analyser minutieusement ce concept pour nos propres théories et nos techniques thérapeutiques. Nous publions ici, dans son intégralité, le texte de Gilles de La Tourette écrit en 1885. C'est un texte princeps remarquable. Il décrit la maladie des tics et surtout, analyse avec une méthodologie ethnopsychiatrique avant la lettre, les liens entre le jumping américain, le latah malais et le myriachit sibérien (trois maladies de la frayeur).
De simple militant, j'ai bien vite été élu chef de cellule, puis chef de groupe, puis chef de la kasma de notre région. Je ne faisais pratiquement que militer dans le Parti. Au grand désespoir de ma grand-mère qui ne comprenait pas que je ne sois pas comme les autres militants du village. Un jour elle s'en plaignit auprès d'un ami, Yantren Chabane : - Pourquoi vous ne l'aidez pas un peu? Ali est tout le temps pris par le Parti, alors que vous vous occupez bien des travaux de vos champs ! - Mais Yemma Hadjila, il travaille pour son pays ! lui répondit Yantren. - Je ne comprends pas comment on peut travailler pour son pays et abandonner ses propres terres ! lui dit elle alors. En kabyle, la terre et le pays porte le même nom : Tamurt. Logiquement, je devais commencer par m'occuper de nos propres parcelles plutôt que du pays tout entier ! "
Soumises à des brassages intensifs de population, à des vagues migratoires de plus en plus rapprochées, les sociétés modernes deviennent inévitablement poly-culturelles. Le psycho-pathologiste est confronté de ce fait à des patients dont il ne comprend ni la langue maternelle, ni la logique des symptômes, ni la philosophie de la vie. Dans ce numéro consacré à la clinique, la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie propose un panorama des tâches s accomplir pour permettre la pratique d'une psychopathologie interculturelle : comprendre en faisant appel au corpus des connaissances anthropologiques, proposer un cadre technique susceptible d'accueillir la plainte de patients de culture non occidentale, éviter une réduction occidentalo-centrique ou un bricolage pseudo-magique et exercer une véritable activité psychothérapique avec ces patients, tenter de conceptualiser tant le champ technique que les théories nécessaires à cette pratique, proposer des grandes lignes de recherche dans un domaine presque totalement en friche.
Qu'y a-t-il de commun entre le rituel de puberté chez les Bété du Cameroun et la prostitution homosexuelle des jeunes garçons dans les faubourgs parisiens ? Peut-on comparer le fonctionnement de l'initiation dans les rituels "thérapeutiques" du Candomblé de Bahia et la modification de la personnalité de jeunes gens engagés dans les sectes charismatiques en Occident ? Dans toutes ces situations, l'on observe une modification radicale de l'identité : une métamorphose. Ces transformations mettent-elles en tenure des processus fondamentaux de nature psychique ou même biologique ? Question insolite ! Pourtant les fourmis Raptiformica réussissent à maquiller leur odeur chimique pour mener à bien, incognito, leur entreprise de colonisation des Serviformica. La Nouvelle revue d'ethnopsychiatrie propose ici une idée originale née au confluent de disciplines diverses : toute entreprise de modification de la mémoire, psychique et biologique, se construit sur une utilisation systématique d'expériences traumatiques.