A côté des allaitements ordinaires, où le bébé est naturellement nourri par sa mère, existent des allaitements "en marge", domaines de l'imaginaire, de l'extraordinaire ou du singulier allaitements d'adultes, recours à des animaux ou des hommes exceptionnels, dans les mythologies et la pensée allégorique; allaitements par les grands-mères (attestés aussi bien dans la France ancienne que dans l'Afrique contemporaine), recours à des nourrices, aux biberons ou au lactarium, dans des situations d'urgence ou de nécessité, lorsque la mère biologique ne peut pas ou ne veut pas allaiter, soit parce qu'elle est décédée, ou célibataire en foyer d'accueil, ou séropositive, ou en exil, soit parce qu'elle a accouché d'un prématuré ou d'enfants multiples, soit parce que son bébé a été placé en institution. Dans toutes ces situations observées par l'ethnographie ou relatées par l'histoire, il existe en matière d'allaitement une grande diversité de pratiques et de normes, autour d'une frontière mouvante entre l'ordinaire et l'extraordinaire. Il apparaît toujours que l'allaitement n'est pas seulement un acte nourricier, mais un révélateur de liens sociaux et symboliques, passant par le don, l'amour, la charité, la pitié ou la contrainte. Les différentes contributions de cet ouvrage proviennent d'une collaboration interdisciplinaire entre anthropologues, historiens, sociologues, psychologues et médecins. Elles s'inscrivent dans une réflexion sur la construction sociale, culturelle et symbolique des pratiques familiales et des normes médicales autour de l'enfant.
Nombre de pages
243
Date de parution
01/11/2003
Poids
312g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782747532525
Titre
Allaitements en marge
ISBN
2747532526
Auteur
Morel Marie-France
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
312
Date de parution
20031101
Nombre de pages
243,00 €
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Depuis la naissance à Rome dans l'Antiquité, où le nouveau-né posé sur le sol devait être relevé par la sage-femme pour être présenté à son père et admis dans la famille, jusqu'à la naissance surmédicalisée dans nos maternités occidentales, les conditions d'accueil du bébé ont radicalement changé dans le temps et dans l'espace. Cet ouvrage s'efforce d'en montrer les grandes évolutions. Il commente les images médiévales de naissances sacrées, la description d'un nouveau-né remarquable, le futur Louis XIII, par son médecin en 1601. Il décrypte la richesse symbolique des rites de mise au monde hier et aujourd'hui chez les Touareg, s'intéresse aux pratiques obstétricales des siècles classiques, aux premières couveuses du XIXe siècle, ainsi qu'à la révolution de la naissance "sans violence", initiée par Frédérick Leboyer dans les années 1970. Enfin, à la lumière des recherches et des expérimentations actuelles, il donne la parole aux soignants et aux parents d'aujourd'hui qui disent leur désarroi devant les conditions d'accueil de nos modernes "usines à bébés". Alors que les spécialistes s'interrogent de plus en plus sur les modalités et les troubles de l'attachement précoce et sur les difficultés de l'entrée dans la parentalité, les auteurs rassemblés par la Société d'histoire de la naissance contribuent, dans une démarche pluridisciplinaire décentrée, à mieux comprendre le présent.
Pourquoi s'intéresser à une pratique marginale aujourd'hui ? Le temps où toutes les femmes accouchaient à la maison n'est pas si loin : en France ce n'est qu'en 1952 que les naissances en milieu hospitalier ont dépassé les naissances à domicile. Quelles ont été les raisons de cette mutation fondamentale ? Quelles ont été les conséquences sur le métier de sage-femme et d'obstétricien ? Pourquoi aujourd'hui des femmes font-elles le choix d'accoucher chez elles ? Est-ce un retour en arrière ou, au contraire, une pratique d'avant-garde ? Par son évolution incroyablement similaire dans les pays occidentaux, l'histoire de ce phénomène est exemplaire d'un mouvement récent de "re-incarnation ", de re-matérialisation, voire de "re-naturalisation" de la relation mère/enfant. Des professionnels de la naissance et des parents en témoignent. Par les thèmes qu'il aborde, par les questions qu'il pose, ce livre qui rassemble des auteurs venus de pays et d'horizons divers touche un point essentiel de notre modernité, de nos bricolages idéologiques et pratiques d'aujourd'hui. Il ouvre de nouvelles voies d'investigation passionnantes.
De nombreux rites, traditions populaires et dictons anciens illustrent la redoutable proximité entre le moment de la naissance et celui de la mort, et attestent de la conscience du danger qui menace la future mère et son enfant. Mort de la mère qui ne verra pas grandir son enfant, mort-né qui n'a pas eu le temps de naître, mort du nouveau-né qui n'a pas eu le temps de vivre. Historiquement, la lutte des soignants pour faire baisser la mortalité des mères et des nouveau-nés a été un long combat qui a légitimé peu à peu les avancées de la médicalisation de l'accouchement. Si aujourd'hui, la mort en couches a presque disparu, la mort néonatale et périnatale est toujours présente et a été longtemps traitée avec une apparente indifférence. Les analyses et témoignages de soignants, de psychologues, de sociologues et de parents nous montrent comment, depuis les années 1990, de nouvelles pratiques ont remplacé l'évitement traditionnel. Institués par les endeuillés eux-mêmes, réunis en associations ou regroupés sur internet, de nouveaux discours, gestes et rituels ont été inventés autour des tout-petits morts.
La main ou l'outil ? La sage-femme ou le chirurgien ? Ces deux questions dessinent une alternative a priori radicale, qui a longtemps accompagné la compréhension des naissances du passé et le rôle de ceux qui accompagnaient les parturientes. Cette alternative cache en fait la complexité du rapport des auxiliaires de l'accouchement (sage-femme ou accoucheur) à la manière d'exercer leur fonction. Les tours de main des sages-femmes ont-ils été vraiment et complètement supplantés par les « instruments » des chirurgiens, qui ont investi le domaine de la naissance à partir du XVIe siècle ? Des spécialistes de disciplines différentes (histoire, sociologie, anthropologie, médecine), travaillant en France et à l'étranger (Allemagne, Grande-Bretagne, Suisse, Italie), et des sages-femmes et des obstétriciens d'aujourd'hui contribuent à construire une histoire nuancée des changements techniques progressifs dans l'art de naître.