L'étude des "fictions biographiques" est un champ délibérément ouvert. La formule peut en effet d'abord s'entendre comme un oxymore, au sens de biographies imaginaires de personnages réels, dans la lignée des Vies imaginaires de Marcel Schwob (1896), sens auquel la production littéraire contemporaine donne une indéniable actualité ; mais elle n'est pas sans évoquer également le roman biographique, récit de vie d'un personnage fictif qui reprendrait, souvent dans une perspective parodique, la forme et les conventions du genre biographique. Ces textes hybrides, au genre indécis, apparaissent comme l'espace privilégié d'un questionnement sur les liens qu'entretient la fiction avec la vérité, avec la connaissance et sur la capacité du récit de vie à se constituer en ?uvre littéraire. Ce volume tente d'explorer la multiplicité des formes que prennent ces fictions biographiques depuis le XIXe siècle dans la littérature française ou étrangère, de tracer leurs frontières avec les genres voisins (biographie, autobiographie, hagiographie, histoire, mais aussi récit mythique ou essai), de cerner leurs objets privilégiés (hommes illustres ou inconnus, artistes ou témoins) tout en s'interrogeant sur la chronologie de ce genre, son archéologie et ses liens avec la modernité.
En Pologne, la littérature du voyage lointain peut se prévaloir d'une tradition riche et d'un succès jamais démenti. Ce numéro de Slovo aborde les textes d'auteurs consacrés et d'auteurs ultra-contemporains dans leurs spécificités historiques et idéologiques : regard porté sur l'étranger par un pays qui n'a pas eu d'empire colonial, qui a subi le joug de puissances étrangères et qui a connu quarante-cinq ans de totalitarisme. Les transferts culturels et les différentes formes de médiation sont au coeur des interrogations, puisque les écrivains voyageurs sont des médiateurs par excellence.
Une impression de déjà-vu ? La forteresse de Dunsinane, c'est le château où s'était retranché l'usurpateur Macbeth à la fin de Macbeth, la "pièce écossaise" de William Shakespeare. David Greig reprend la situation là où Shakespeare l'avait laissée en 1606. L'assassin du bon roi Duncan a enfin été éliminé ; la dangereuse femme-sorcière qui avait poussé son époux au crime est défaite, elle aussi. Le retour à la paix civile ? Pas tout à fait. Certes, Macbeth l'usurpateur est mort, mais son successeur Malcolm n'est que veulerie et luxure. L'harmonie politique semble ne pas vouloir s'installer en ce royaume. Dans la suite qu'il invente à la tragédie de Shakespeare, David Greig s'infiltre dans les ouvertures, ou plutôt les ellipses de l'histoire de Macbeth, et il les remplit des doutes politiques de notre époque. Greig a vu les armées britanniques et américaines intervenir et s'embourber au Moyen-Orient. Dans Dunsinane, il montre à quel point, une fois les opérations militaires achevées, rien n'est encore joué et comment la politique continue la guerre par d'autres moyens, pour inverser la formule de Clausewitz. Greig rebat les cartes et distribue une nouvelle main aux joueurs de la partie ; il donne la parole à ceux que Shakespeare avait, à l'instar de son tyran, réduits au silence : Lady Macbeth, Malcolm, et les soldats.