Il restera les livres, disait Jorge Semprun. Les récits littéraires, du moins, qui dépasseront le simple témoignage, qui donneront à imaginer, même s'ils ne donnent pas à voir... Il y aura peut-être une littérature des camps... je dis bien : une littérature, pas seulement du reportage... " Les textes réunis dans ce volume ont été écrits entre 1946 et 1994 par des survivants des camps nazis. Ces survivants partagent un même dessein : témoigner de l'expérience qui a été la leur, la rendre mémorable dans une langue - le français - qu'ils ont reçue en héritage ou dont ils ont fait le choix. Moins en rapportant des épisodes extrêmes, des moments limites, qu'en rendant compte de l'ordinaire du temps concentrationnaire, sur quoi la mort règne et dans lequel s'effacent les formes et figures de l'humain. Tous constatent que les mots manquent pour exprimer une telle insulte à l'espèce humaine. "On ne se comprenait pas" (Antelme). "Il n'y a rien à expliquer" (Cayrol). L'écriture touche là aux limites de son pouvoir. Dans une entreprise de cet ordre, impossible de satisfaire aux exigences de transparence et de véridicité généralement associées au langage quand il se fait témoignage. Pour que l'indéchiffrable monde des camps échappe, si peu, si partiellement que ce soit, à l'incommunicable, pour que quelque chose existe qui relève de la transmission, chacun de ces écrivains doit explorer l'envers du langage et approfondir la "réalité rêvée de l'écriture" (Semprun). C'est à "la vérité de la littérature" (Perec) qu'il revient de préserver la vérité de la vie. Littérature. Le mot peut paraître sans commune mesure avec l'objet de tels récits. Il ne choquait pas leurs auteurs. C'est que la part littéraire ne relève pas chez eux d'un savoir-faire ou d'une rhétorique, moins encore d'un désir d'esthétisation. Mais d'un souci éthique de la forme, d'une morale du style. Antelme : "il faut beaucoup d'artifice pour faire passer une parcelle de vérité". Semprun : "Raconter bien, ça veut dire : de façon à être entendus. On n'y parviendra pas sans un peu d'artifice. Suffisamment d'artifice pour que ça devienne de l'art ! " Permettre d'imaginer l'inimaginable, rendre le lecteur sensible à une vérité aussi inconcevable exige une profonde réélaboration de la réalité. C'est en cela que les livres ici réunis sont des chefs-d'oeuvre de la littérature du second XX ? siècle. Et c'est pour cela que les qualifier de chefs-d'oeuvre de la littérature ne les disqualifie pas, ne les rend pas inférieurs à la fonction que leur ont assignée leurs auteurs : témoigner d' "une catastrophe qui a ébranlé les fondements mêmes de notre conscience" (Cayrol). C'est bien à la littérature - ici non pas truchement de l'illusion, mais instrument de la vérité - que ces survivants, ces
C'est pas pour nous vanter mais ce petit livre est bien plus gros qu'il n'y parait: on y trouve une initiation à la littérature sous contraintes telle que l'Oulipo l'a systématisée; une anthologie de textes produits par des rats (de bibliothèque, évidemment) dans le labyrinthe qu'ils ont eux-mêmes créé; de mystérieuses intrigues de roman; quelques milliers de poèmes potentiels; des lipogrammes, des sonnets et des sextines, des alexandrins greffés, des poèmes de métro et des poèmes fondus - et une véritable recette de cuisine. Et le lecteur, dans tout ça? À lui de remplacer "l'Auteur, absent par discrétion de la fin du livre". Morale? Élémentaire... Ou si vous préférez: Morale? Élémentaire, mon cher McOuate (parce que Watson, ou Watt sonne: à vous de répondre!). L'accompagnement critique rappelle les principes de l'Oulipo - en trois temps: Soustraire et substituer, Jouer le jeu, Faire jouer les formes - et invite à s'initier aux exercices oulipiens. La part consacrée aux formes fixes comme l'attention portée au fait littéraire en tant que tel permettent d'aborder les notions de texte, d'auteur, de lecteur. Anthologie ludique (et grave, bien sûr), recommandée pour les classes de lycée. Biographie de l'auteur Dominique Moncond'huy est professeur à l'université de Poitiers.
Ce parcours composé de 40 illustrations commentées est suivi d'un dossier, "La caricature de presse en contextes", composé des points suivants : La satire, une tradition européenne, L'apparence et ses leçons supposées, La presse satirique en France, L'art du mordant, Groupement de textes : la satire en littérature, Retour sur image : changements d'échelle, Circuler dans le livre. Recommandé pour les classes de lycée.
Cet ouvrage présente l'histoire de la littérature française du siècle classique selon un examen systématique des milieux littéraires, savants et mondains, des milieux éditoriaux et du contexte historique et idéologique. Les écrivains et les ?uvres sont analysés suivant une stricte périodisation ; les genres et les formes littéraires dominants sont caractérisés ainsi que les rapports de la littérature à la création artistique. L'ouvrage est complété par un atlas qui donne une vue chronologique et synthétique de la production littéraire et du siècle et par une bibliographie raisonnée.
Une anthologie de fables qui répond aux exigences des programmes scolaires. Construit de façon chronologique, ce recueil nous offre une sélection de fables qui s'adresse en priorité aux enfants de 8 à 12 ans, c'est-à-dire du CE2 aux deux premières années de collège. Les thèmes et les figures animalières permettent de confronter des fables d'époques différentes : l'Antiquité à travers Esope et Phèdre, l'âge classique illustré par la Fontaine (qui occupe ici une place prépondérante), la modernité représentée par Alphonse Allais, Jacques Prévert, Raymond Queneau ou Pierre Perret. La postface de l'ouvrage, librement inspirée du Pouvoir des fables de La Fontaine, offre un supplément ludique et instructif au jeune lecteur.
Brodsky Joseph ; Aucouturier Michel ; Bordier Jean
L'oeuvre de Joseph Brodsky (1940-1996), lauréat du prix Nobel de littérature en 1987, a été en partie occultée en France par le destin du poète, symbole de la dissidence du régime soviétique. Pour rendre compte de sa poésie d'une extraordinaire virtuosité formelle, liant l'intime à l'épique, au mythologique, et à de constantes préoccupations métaphysiques, André Markowicz a composé un volume qui réunit les poèmes publiés dans la collection "Du monde entier" en 1987 et 1993, replacés ici dans leur ordre chronologique, auxquels s'ajoute une sélection de poèmes inédits en français.
Ce n'était pas un monde perdu dont je me souvenais, ces mois que nous avions passés ensemble dans les années quatre-vingt. C'était le même temps qui avait continué sa course, et avait fini par nous rattraper." De prime abord, la vie du narrateur semble terminée. Le diagnostic de maladie de Parkinson a d'abord été posé, puis sa femme l'a quitté. Mais un jour, au milieu d'un parc de Copenhague, il croise Anna, son amour de jeunesse, une femme libre qu'il a tant aimée autrefois. Aujourd'hui, elle ne se soucie pas de ce diagnostic, et elle l'entraîne dans le drame de sa propre vie, une histoire emblématique de notre temps, remplie d'abus de pouvoir et de trahisons. Jens Christian Grøndahl écrit une partition subtile où au milieu des souvenirs sont exposées les problématiques les plus actuelles - qui vont de la maladie à l'égarement politique, du fossé entre les générations aux violences faites aux femmes. Une fois encore, Jens Christian Grøndahl nous éblouit par sa capacité à saisir l'esprit du temps et à montrer comment l'on peut choisir de se relever après avoir subi une chute et faire le choix de la vie.
Il y a dans Les Mystères de Paris une énergie sauvage: celle d'une cohorte de personnages maléfiques, malfrats hideux comme la Chouette, Tortillard - un anti-Gavroche -, le Maître d'école ou Bras-Rouge, criminels du grand monde comme le comte de Saint-Remy, monstres hypocrites comme le notaire Jacques Ferrand. Eugène Sue n'est pas avare de noirceur. Mais il y a aussi une sauvagerie du Bien, celle de Rodolphe, prince mélancolique venu à Paris à la recherche de sa fille perdue, impitoyable avec les méchants qu'il punit au mépris des lois. On doit à sa cruauté quelques-unes des scènes les plus stupéfiantes du roman: le châtiment du Maître d'école, ou le supplice de luxure imposé à Jacques Ferrand. Cette cruauté contraste avec la pureté morale de Fleur-de-Marie, comme avec la face solaire de Rodolphe, providence de tous les malheureux honnêtes dont il croise le chemin. Le roman exprime dans son ensemble une quête assoiffée de régénération morale de la société, par l'amélioration des mécanismes préventifs et répressifs (c'est le sens de l'engagement de Sue en faveur dans l'encellulement des criminels) ainsi que par l'invention de mécanismes d'incitation au Bien, police ou tribunal de la Vertu, qui doivent récompenser publiquement les actions exemplaires." Judith Lyon-Caen.
Gallimard, Paris, 2009. In/12 reliure éditeur simili chagrin marron sous rhodoïde et étui illustré en couleurs, 240 illustrations en couleurs, 246 p. A l'état de neuf.