Les jours flottent autour de moi. Je ne sais pas comment m'y prendre, je n'ai prise sur rien. J'existe à la place d'un autre et cet autre est celui que j'étais avant. Je ne me retrouve pas, je me souviens seulement que je vais vivre. Pour le moment j'ai soif des garçons, d'idoles mouvantes, je ne pense qu'à ça, ils se substituent à la peur, ils transforment mes désordres, ils les rendent voluptueux, pendant ces minutes avec eux je dévisage la félicité, ils empêchent que je m'effondre. Je les quitte très vite, parfois je les vole, je ne m'attache à aucun.Après cinq années passées en prison à Nice, le narrateur saute dans un train de nuit pour retrouver Paris. Il a vingt ans, nous sommes en 1977. De Saint-Germain-des-Prés à la rue Sainte-Anne, du Sept au Palace, il accumule les amants et les amitiés improbables. Sa vie est brouillée et précise à la fois, il côtoie des garçons comme lui qui ne lui ressemblent pas tout à fait, des personnes célèbres aussi avec qui il entreprend des relations plus durables, parfois chaotiques. Le secret de son enfermement à Nice, dont il voudrait se décharger, court tout au long du récit et entrave la poursuite de son destin. Sa solitude est une force sensuelle et mélancolique, elle l'aidera finalement à grandir.
Nombre de pages
140
Date de parution
14/01/2021
Poids
212g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782715254862
Titre
Les jours voyous
Auteur
Mezescaze Philippe
Editeur
MERCURE DE FRAN
Largeur
140
Poids
212
Date de parution
20210114
Nombre de pages
140,00 €
Disponibilité
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Il s'appelle Hervé. Je lui lis les notes que j'ai inscrites dans les marges, les indices psychologiques, je lui montre les dessins qui esquissent les déplacements de Caligula et Scipion. Je renie les limites, je bascule, Hervé chavire avec moi. Je déverse sa tête sur mes cuisses, je m'enroule autour de son corps qui ploie et quand je le repousse c'est la folie de Caligula qui l'arrache à moi. Ma bouche essuie sa bouche, ma main s'insinue dans ses lèvres, mes doigts retiennent l'odeur de sa respiration, un parfum de fruit écrasé. Hervé s'abandonne à tout ce que je décide. Le narrateur a dix-sept ans et vit à La Rochelle chez sa grand-mère lorsqu'il croise le jeune Hervé Guibert, quatorze ans, à un cours de théâtre. L'attirance est immédiate et réciproque. Dans un scène de Caligula toute en intensité et en fureur, leur entourage subjugué découvre l'évidence en même temps qu'eux : la rage et la passion dépassent largement la scène. Les deux garçons viennent de se reconnaître, comme si leur rencontre était programmée de toute éternité. Dans ce récit au jour le jour d'un premier amour, Philippe Mezescaze évoque avec beaucoup de sincérité la passion naissante entre deux adolescents qui ne doutent jamais de leurs désirs.
Ma mère avait déjà été folle, je le savais. Ca correspondait à des périodes où elle ne m'écrivait pas, où je ne recevais rien d'elle. a mes questions, on répondait : - En ce moment, ta mère a besoin de calme, elle est dans une maison de repos. Dès qu'elle ira mieux, on t'enverra la voir, peut-être même elle viendra te chercher. Elle en revenait, oui, mais changée, dolente, silencieuse, légèrement bouffie. Quand elle allumait sa cigarette, sa main tremblait, elle aspirait la première bouffée comme on prend son souffle, profondément, longtemps, poumons bloqués. Je restais devant elle, sans respirer moi non plus ; mes épaules retombaient avant les siennes. [...] Tandis qu'il me racontait l'histoire, Piero me regardait dans les yeux de manière indéterminée. Ses yeux disaient autre chose, manifestaient son indépendance, me faisaient comprendre que lui, le joli garçon, devant moi, il pouvait se lever et qu'il n'était pas en mon pouvoir de le retenir. Puis il a demandé à ce qu'on se balade. Ensuite, je n'ai eu qu'à l'écouter. - je parie que tu pourrais être mon père, j'ai le double de moins que toi, je suis sûr, enfin la moitié, je veux dire. L'autre jour, en rangeant ma chambre, j'ai retrouvé des lettres que mon père m'écrivait quand j'étais gamin. Il m'appelait son petit bouton de rose... "
C'est tendre au toucher comme le sillon qui ourle la lèvre sous le nez. Leurs mains câlines glissent sur son ventre, sur ses bras. Ladis lui murmure à l'oreille des tendresses en polonais, sa mère le mordille de partout. Il s'abandonne aux délices des caresses. Il lutte cette fois contre le sommeil. Il garde les yeux grands ouverts et se met à parler, le son de sa voix le tient éveillé. Avec beaucoup de calme, une tenue sans raideur, Philippe Mezescaze explore une sensualité gracieuse et grave, s'insinue dans des plis de mystère enfantin et, bien que l'anecdote n'ait rien à voir, ni même la lumière, ici plus diurne, la seule référence qui me soit venue à l'esprit en lisant ce livre, c'est, pour son innocence et sa ruse, La Nuit du chasseur, le film de Charles Laughton. Emmanuel Carrère
Pendant des années j'ai vécu dans un mythe. J'écrivais sur lui un texte sans cesse remis en chantier. Tout ce que je vivais y entrait, hommes, villes, livres, saisons en enfer, jouissances, colères, tout y passait, à la fois structure vitale et machine romanesque le mythe accueillait tout. Un jour, j'ai mis ce manuscrit de côté pour écrire d'autres romans : ils n'ont jamais fait que le crypter. Alors je suis revenue à cette matrice, redescendue dans le souterrain. Perséphone 2014, c'est un nouveau point d'intersection entre cette histoire (cette vieille histoire folle) et la mienne, entre l'archaïque et l'ultra-contemporain. Que se passe-t-il quand un mythe s'empare d'une vie ? Quand il la pulvérise en passions brutes, en événements élémentaires ? Ce que j'entends de Perséphone, de cette voix très ancienne, très chantante, c'est ça : le désir d'être matière, d'un moi chaviré et d'un monde à l'envers. Mais aussi : comment sortir de ce désir - revenir des Enfers ? D'ailleurs, faut-il en sortir ? Et où est l'enfer ? Du côté des racines, des somptueux ravages et des incendies muets ? Ou dans les règnes de surface, les formes lisses, les ordres licites, les rites institués ? Reprendre Perséphone, c'est continuer, obstinée, à interroger le secret qui noue ensemble, très serrées, la jouissance, la mort et l'écriture. " G. A.
Ces entretiens inédits ont précédé la chute du communisme dont Eugène Ionesco a eu avant d'autres la prémonition. Mais ils engagent le lecteur d'aujourd'hui bien au-delà de ce séisme politique. Les Ruptures de silence éclairent les limites de l'engagement politique pour les artistes et préviennent de nouvelles trahisons possibles. Elles annoncent aux clercs du troisième millénaire qu'il ne leur reste que la pauvreté de Job en fait d'idéologie et, partant, la liberté totale d'expression. Nos échanges ont eu lieu dans une "traversée du désert" du créateur qui le mettait dans un état de lucidité extrême. La force émotionnelle qui se dégage de son interrogation sur la condition humaine nous rend la voix de Ionesco présente et fraternelle. André Coutin.
Connais-toi toi-même" , "deviens ce que tu es" ... Publicités et réseaux sociaux regorgent aujourd'hui de ces aphorismes et on ne compte plus les livres colorés autour du bonheur, de l'amour et de la construction de soi - thèmes philosophiques par excellence. Pourtant la philosophie reste souvent perçue comme une matière aride. Platon, Nietzsche, Descartes, Kant intimident encore. Revenir aux sources, savoir pourquoi et comment les grands auteurs ont décidé de consacrer chaque jour de leur vie à cette discipline pour trouver des sources infinies de consolation et de joie, depuis l'Antiquité, jusqu'à mourir pour elle, telle est l'une des missions de cette anthologie. Les grands philosophes côtoient ici les romanciers, artistes, cinéastes ou chanteurs qui évoquent, à la première personne, le plaisir de philosopher. Balade en compagnie de Socrate, Aristote, Epictète, Voltaire, Bergson, Marcel Proust, Montaigne, Albert Camus, Simone Weil, Charlie Chaplin, René Magritte, Michel Houellebecq, Bob Dylan, Woody Allen et bien d'autres...
Socialiste convaincu, John Reed (1887-1920) débarqua à Petrograd à l'automne 1917 pour rendre compte des bouleversements politiques de la Russie post-impériale. Parce que sa qualité de correspondant américain lui donna accès aux cercles les plus divers et qu'il joignit au sérieux de l'exposition des faits la volonté de donner un contour palpable à la foule des insurgés, il dressa un tableau incroyablement vivant des événements qui permirent aux bolcheviks de s'emparer du pouvoir. Publié pour la première fois en France en 1927, ce témoignage historique exceptionnel est également une grande leçon de journalisme.