Extrait Jusqu'ici et pas au-delà Mon premier mort fut un retraité. Bien avant de voir l'accident, la maladie, l'âge faire disparaître les proches que j'aimais, bien avant de devoir accepter le fait que le frère, le père encore si jeune, les grands-parents et même le chien des années d'enfance ne fussent pas immortels, et bien avant de me retrouver à entretenir un dialogue compulsif - enjoué, désespéré - avec mes défunts, je découvris un matin un retraité mort. Une semaine plus tôt, j'avais eu sept ans, un anniversaire que j'avais attendu fiévreusement car il me donnait enfin le droit d'aller seul à l'école. Du jour au lendemain, j'eus ainsi la permission de faire halte et de repartir à ma guise. La propriété dans laquelle était installé l'établissement psychiatrique où j'avais grandi ainsi que les jardins, maisons, rues et buissons qui s'étendaient au-delà de ses murs en étaient comme métamorphosés, et je découvrais des choses que je n'avais jamais remarquées lorsque j'étais en compagnie de ma mère ou de mes frères. Je faisais des pas un peu plus grands et je me sentais incroyablement adulte. Comme j'étais désormais un individu autonome, les choses autour de moi s'individualisaient elles aussi. Confrontations d'égal à égal : le carrefour et moi. Le kiosque et moi. L'enceinte de la casse automobile et moi. J'étais surpris du nombre de décisions que j'avais soudain à prendre. Quand je marchais en tenant la main de ma mère, j'avais tendance à rêvasser ou à lui parler et je me laissais conduire à l'école sans prêter attention au chemin, comme une lettre qu'on porte à la boîte. La première semaine, je fus sage. J'avais juré solennellement de ne pas m'écarter du chemin convenu - celui auquel ma mère m'avait initié à grand renfort de «regarder à gauche, et puis à droite, et puis encore à gauche». Mais, le lundi suivant, je voulus faire un petit détour par le lotissement de jardins ouvriers. J'ouvris une porte verte grillagée et m'engageai sur un sentier qui longeait des propriétés miniatures, des arbustes et des carrés de légumes. Je n'étais pas très à mon aise, car mon père m'avait expressément interdit cet endroit. «Il y a souvent des types peu recommandables qui se cachent dans ce genre de cabanons, m'avait-il averti. Évite d'y aller, d'accord ?» - «Oui, papa, d'accord.» Je cueillis une pomme encore verte, mordis dedans, crachai habilement ma bouchée acide entre deux lattes de clôture et lançai le fruit le plus loin possible par-dessus les toits. Je tendis l'oreille, mais rien ne vint rompre le silence, à croire que j'avais expédié la pomme tout droit en apesanteur. Je crachai une ou deux fois, puis me remis en route. Je n'avais pas pensé que le lotissement serait aussi vaste et labyrinthique. À chaque embranchement, je prenais à droite, espérant rejoindre une porte que je connaissais bien et qui n'était qu'à une centaine de mètres de mon école.
Bienvenue chez les Meyerhoff, une famille de doux dingues ordinaires. Pour Joachim, le plus jeune fils, l'enfance est un royaume enchanté où il faut jouer des coudes avec ses deux grands frères et apprivoiser son père obèse et fantasque qui dirige une clinique psychiatrique. C'est grandir dans un monde singulier, à la fois familier et décalé, normal et déformé, burlesque et tragique. Mais c'est aussi accepter de voir ses héros s'effriter et le monde s'ouvrir, terriblement adulte.
Tom a quatre ans lorsque ses parents reviennent du Brésil, le jour de Noël, avec un nouveau-né, Ben, qu'ils mettent sous le sapin en guise de cadeau pour lui. Au fil des ans, la préférence flagrante de sa mère pour Ben ne fera que s'accentuer. Tom a beau s'appliquer à devenir le fils modèle que ses parents pourraient enfin aimer, rien n'y fait ! L'irréparable survient quand, étudiant à Sciences Po, il tombe amoureux d'une jeune fille ; son frère s'en étant épris lui aussi, leur mère demande à Tom d'y renoncer. Cherchant à comprendre pour quelle raison elle le rejette, Tom part au Brésil avec pour seuls indices l'extrait de naissance de Ben et le nom de sa mère biologique, qu'il espère bien retrouver. Un roman psychologique intense, où les secrets de famille s'éclaircissent au rythme de la samba, et un suspense haletant.
Gayford Martin ; Chartres Cécile ; Samama Elisabet
Entre les mois d'octobre et de décembre 1888, deux des plus grands peintres de l'histoire ont partagé une petite maison jaune aux angles irréguliers dans la ville d'Arles. Pendant neuf semaines, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin y ont peint, bu, visité les bordels et hanté les cafés, se sont étudiés, jalousés, disputés, et s'y sont affrontés dans un huis-clos créatif à nul autre pareil. Le célèbre critique d'art anglais, Martin Gayford, relate ici cette incroyable aventure ; la subtile, prodigieuse et toxique amitié entre deux géants qui ne pouvaient que se heurter dans un si petit espace, produisant des étincelles de génie et les ferments d'un drame connu. Le talent de Gayford est de dessiner pour nous, autour du motif tragique de cette oreille tranchée, une exploration intime ne se réduisant pas à une glissade vers la folie. Dans sa maison jaune, Gayford, mieux que personne avant lui, nous fait pénétrer dans le secret de la création, toucher du doigt, ressentir le mystère et la matière nécessaires au surgissement du sublime.
1939, Moscou. Face à la menace de l'Allemagne nazie, Staline a placé beaucoup d'espoir dans la production du tank T-34, un monstre de trente tonnes d'acier surnommé le "Cercueil rouge" par les hommes appelés à le manoeuvrer sur les champs de bataille. L'arme secrète n'est pas encore tout à fait opérationnelle quand son excentrique inventeur, le colonel Nagorski, est retrouvé assassiné. Staline confie l'enquête à Pekkala, son meilleur détective. Ancien policier favori du tsar, celui-ci doit reprendre du service en faveur de l'homme qui fut autrefois son pire ennemi. Et il n'est pas le seul dont la loyauté soit mise à l'épreuve dans cette affaire: un sinistre groupe d'anciens militaires tsaristes, se faisant appeler la Confrérie blanche, semble être le commanditaire du meurtre de Nagorski. Pekkala se retrouve obligé de traquer ses anciens alliés pour contribuer à propulser la Russie dans le conflit contre l'Allemagne.
Au plus fort des combats, deux soldats russes cherchent refuge dans la crypte d'une église allemande. Ils y découvrent une icône d'une valeur inestimable, que tout le monde pensait détruite. Une fois informé, Staline ordonne à son meilleur détective, Pekkala, de découvrir comment elle a pu se retrouver là. L'enquête de "l'Oeil d'Emeraude" le met rapidement sur la piste des Skoptsy, une secte chrétienne dont les membres ont été pourchassés par le passé par la police secrète bolchévique. Les rares survivants se sont regroupés et se cachent dans les forêts de Sibérie. Alors que l'icône resurgit, les Skoptsy sont prêts à tout pour remettre la main sur ce qu'ils estiment être leur plus grand trésor, et menacent l'ensemble du peuple russe d'une nouvelle arme terrifiante.
Une belle nuit de pleine lune, quelque part en Norvège, dans les années 1970. Un couple dort. Soudain, madame se réveille, se transforme en loup-garou, trucide son époux - puis se rendort paisiblement. Au matin, les jumeaux Iselin et Edvard découvrent avec consternation la scène de carnage conjugal. Ils comprennent alors qu'ils sont les héritiers d'une très ancienne malédiction lycanthropique, et décident de fuir. Ils trouveront refuge, l'une auprès de terroristes passablement niais, l'autre dans une communauté de hippies ahuris. Mais rien ne sert de courir : on ne renie pas sa propre bestialité - pas plus qu'on n'échappe à celle d'un monde où l'homme est littéralement devenu un loup pour l'homme. Fable anarcho-animalière ? Satire politique ? Thriller nihiliste ? Délire surréaliste ? Les Violences est un OLNI (objet littéraire non identifié) qui, sous des abords baroques, se lit comme une allégorie terriblement actuelle et lucide, réglant son compte, dans un éclat de rire sauvage, à toutes les utopies de notre siècle barbare.
Emile VERHAEREN ; Marceline DESBORDES-VALMORE ; Romain ROLLAND ; Joseph FOUCHE ; Marie-ANTOINETTE ; Marie STUART ; MAGELLAN BALZAC ; Introduction, notices et bibliographie d'Olivier Philipponnat. Déjà parus dans la même collection : I. Romans Et Nouvelles II. Romans, Nouvelles Et Theatre III. Essais.
Le livre de référence sur Anne Frank, un ouvrage exceptionnel. En cette année qui célèbre les 70 ans du Journal d'Anne Frank, un livre inédit qui permet de se plonger dans l'écriture d'Anne Frank, la genèse et la création de son journal, sa découverte et sa réception dans le monde entier, et l'histoire de la famille Frank. Comprenant toutes les versions du Journal publiées à ce jour (version A, B et D), permettant ainsi de comprendre l'évolution du texte dans le temps, L'Intégrale contient aussi pour la première fois traduits en France une quarantaine de contes et de petites histoires écrits par Anne Frank en marge de son Journal. Enrichi de documents exclusifs (lettres, photos, arbre généalogique, plan de l'annexe), l'ouvrage propose également quatre essais exceptionnels offrant un regard passionnant sur le contexte entourant le Journal. D'une part biographiques avec une exploration fascinante de la famille Frank et de la vie d'Anne avant la guerre, ces essais s'attachent aussi à nous donner une perspective historique très utile pour comprendre comment ce témoignage unique se retrouvant dans les mains du père d'Anne Frank à son retour des camps est devenu un tel phénomène mondial. Mirjam Pressler, traductrice et experte du Journal, Gerhard Hirschfeld, émérite historien allemand, et Francine Prose, essayiste américaine de renom signent ces quatre essais d'une grande richesse.
Voici rééditée pour la 4ème fois cette seule édition intégrale commentée de l'ensemble des 201 contes des frères Grimm auxquels sont joints les 28 textes qu'ils ont supprimés dans la dernière mouture de leur recueil, et 10 légendes pour les enfants. Nous l'avons cette fois réédité en 1 volume de 1175 pages. Extrait de la presse unanime et élogieuse à la sortie du livre en 2009. Enfin paraît en France la première édition intégrale des 239 contes collectés par les frères Grimm, y compris les censurés, y compris les retranchés. Cette édition est indispensable à tous ceux qui aiment les livres. (...) Il y a au fond du conte, continuant de rêver, en état de rébellion à l'état pur, en état de splendeur à l'état pur, un jadis animal aussi intraitable que l'enfant incorrigible. Pascal Quignard, Le Monde des livres Les contes des Grimm doivent leur magie à la souffrance qui les fixe et la liberté qui les porte. (...) La plupart des auteurs feraient de cet enfer des machines moralistes, des manuels édifiants, ou, pire encore, des romans psychologiques. Ici, rien de tel. Lire est un acte libre. L'imagination est l'action : elle va vite, comme une vie courte réduite à l'essentiel. Philippe Lançon, Libération Classées au patrimoine mondial de l'Unesco, les 239 histoires recueillies par les frères Grimm, " vivent encore aujourd'hui ", comme on dit de leurs héros. Cette nouvelle traduction leur rend fraîcheur et rugosité. Isabelle Rüf, Le temps Soit donc deux beaux volumes, copieusement annotés et soigneusement illustrés (...). Postface, notes copieuses, index précis : l'appareil critique est sans faille, mais jamais pesant ? libre au lecteur de choisir de l'oublier ou d'en faire son miel. Nathalie Crom, Télérama