Le projet de cette étude est de montrer que, si l'écriture est une tension vers l'unité du livre et du vivre, le discours sur l'écriture, lui, pour rendre compte de ce qui se passe en elle, doit lui être homogène, tirer de l'écriture ses critères et ses concepts, tourner le dos à la pensé dualiste qui règne encore dans l'enseignement de la littérature. Ainsi cette recherche ne peut pas ne pas être polémique.Ce projet, qui n'est pas seulement d'hygiène mais de construction, implique une linguistique qui ne disjoint pas le signifiant du signifié, ni l'oral de l'écrit. Une théorie de la littérature, formée par la linguistique, remEt à son tour la linguistique en question, si celle-ci, qui réussit devant les énoncés courants, échoue devant tout ce qui est texte ne pouvant y voir enfin que de la langue plus du "style". Les écrivains, laboratoires de la modernité, en même temps qu'ils ont miné la pensée de la littérature par genres ou par formes ("proses" ou "poésie") ont effacé pour eux-mêmes la distinction entre texte et discours sur le texte. Ce sont les données de départ pour définir les conditions d'un langage critique.Intégrer la linguistique à l'écriture est une des nécessités alors impliquées. Poser les questions: qu'est-ce qu'un mot poétique, qu'est-ce qu'un texte, qu'est-ce qu'une oeuvre, qu'est-ce que la valeur? mène à renvoyer dos à dos scientisme et subjectivisme, formalisme et thématique, tous également inopérants, pour instaurer des concepts qui découvrent l'unité de fonctionnement et de sens dans un texte (et non dans des structures abstraites ou dans une rhétorique) d'une forme et d'une histoire. C'est cette recherche d'un langage textuel qui n'est pas seulement pris comme un tissu complexe, mais présence et action de l'inconscient autant que l'histoire (texte quand il nous fonde dans le fabuleux) qu'on appelle ici la poétique.
Nombre de pages
178
Date de parution
29/04/1970
Poids
200g
Largeur
116mm
Plus d'informations
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EAN
9782070272105
Titre
Pour la poétique. Tome 1
Auteur
Meschonnic Henri
Editeur
GALLIMARD
Largeur
116
Poids
200
Date de parution
19700429
Nombre de pages
178,00 €
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On va lire, en français, les poèmes de ce recueil fameux comme des poèmes. Parce que les traduire a été avant tout un problème poétique. D'où des transformations en chaîne, qui pourront surprendre, pour le vocabulaire, décapé de son académisme pieux; pour la syntaxe, souvent d'une grande violence, et qui n'était jamais passée en traduction; pour ses rythmes et ses jeux de prosodie. Tout ce qui fait la force du texte, et qui disparaît dans les traductions qui ne se posent que des problèmes de sens. C'est cette force qui est à traduire. Pas seulement ce que disent les textes, mais ce qu'ils font: une poétique du divin. On n'en a aucune idée dans les traductions des spécialistes. Ce n'est pas qu'ils n'ont pas tout le savoir des spécialistes. Mais c'est le savoir des langues, ignorant tout de l'écoute du poème, de la physique du discours. C'est toujours le conflit du signe et du poème. Le paradoxe du religieux, c'est que sa vérité sépare le langage, qui est continu, en deux: elle en fait du discontinu, elle produit un résidu, la forme, et détruit ainsi sans le savoir l'objet même de son adoration. Ce malheur touche toutes les traductions confessionnelles. Quant aux aventures individuelles, ce sont des poétisations, toujours dans une pensée de la langue. Ici, au contraire, ce qui domine, c'est le rythme comme organisation du mouvement dans la parole. D'où le plaisir, et la surprise. Comme si le rythme de la Bible entrait enfin dans notre culture. Des notes, pour chaque texte, ne visent qu'à faire partager l'atelier du poème, et du traduire. HENRI MESCHONNIC a déjà traduit Les Cinq Rouleaux: Le Chant des chants, Ruth, Comme ou les Lamentations, Paroles du Sage, Esther (Gallimard, 1970), et Jona, dans Jona et le signifiant errant (Gallimard, 1981). Il est, entre autres, l'auteur de Critique du rythme (Verdier, 1982), de Poétique du traduire (Verdier, 1999), et poète - ses deux derniers livres de poèmes: Combien de noms (L'improviste, 1999), Je n'ai pas tout entendu (Bernard Dumerchez, 2000). Son dernier essai, L'Utopie du Juif est publié aux éditions Desclée de Brouwer (2001).
Dans la continuité des Cinq Rouleaux, Henri Meschonnic traduit Jona dans le rythme de l'original, avec la prosodie et la concordance de son discours, ses effets spécifiques. Cette traduction, dont la typographie transpose les accents de l'hébreu, travaille à décaper le texte de son hellénisation et de sa christianisation habituelles. Elle est suivie de deux essais : "Traduire la Bible, de Jonas à Jona" analyse les stratégies et les enjeux de la traduction biblique, ceux du discours contre le dualisme du signe ; "Le signifiant errant" part des paraboles de Jona pour y fonder aujourd'hui non plus une recherche illusoire de l'identité, mais une critique du signifiant juif.
Cinq textes de la Bible sont réunis par la tradition juive sous le nom de Cinq Rouleaux parce qu'ils sont destinés à des fêtes religieuses: Le Chant des chants est lu à Pâques, Ruth à la Pentecôte, Comme ou les Lamentations pour l'anniversaire de la destruction du Temple par Nabuchodonosor, Paroles du Sage pour la fête des Tabernacles, Esther pour la fête de Pourim on des Sorts. Cette traduction, qui est une tension vers l'équivalence formelle, d'Henri Meschonnic, spécialiste de la linguistique et de la poétique, donne une présentation originale et nouvelle de textes pourtant fort connus (sous d'autres titres comme Le Cantique des cantiques ou L'Ecclésiaste) et tient compte des travaux des linguistes de la traduction et de la récitation rituelle. Pour l'auteur, traduire des textes bibliques signifie "inclure au langage poétique moderne le langage de la Bible que des siècles de rationalisme français avaient travesti". "J'ai voulu rendre, dit-il, et je crois qu'on ne l'avait jamais tenté, les accents et les pauses dont la hiérarchie complexe fait la modulation du verset biblique, son rythme et parfois son sens."
Henri Meschonnic a fait ?uvre de poète dans ce recueil. Il lui a fallu vivre certaines expériences pour créer de nouveaux proverbes et trouver un langage qui unisse agir et parler en une seule expérience. Dans sa préface-manifeste l'auteur s'est attaché à définir une forme nouvelle de poésie.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.