N homme en tenue de boxeur fait du stop sur l'autoroute, à la sortie d'Amsterdam. Il est hors d'haleine. détrempé par la pluie et visiblement sous le coup d'une émotion violente. Robert, l'homme qui le prend en voiture, est en route pour l'Espagne, où il veut participer comme tous les ans à un traditionnel lâcher de taureaux dans la ville de Pampelune. Il comprend que Danny n'a pas très envie de se confier, mais il lui propose de l'amener avec. lui malgré tout. Il lui prête des vêtements, et les deux hommes poursuivent le voyage ensemble, sans beaucoup se parler. Danny est submergé par des images, des souvenirs de Ragna, la jeune femme d'origine thaïlandaise qui travaillait pour son imprésario de boxe. Arrivés à Pampelune, les deux hommes participent à cette course périlleuse devant les taureaux, mais Robert se rend compte trop tard que Danny et lui ne la font pas tout à fait pour les mêmes raisons... Dans ce roman parfaitement construit, qui ménage le suspense jusqu'à la dernière page, Jan van Mersbergen évoque une rencontre étonnante entre deux hommes que rien ne rapproche. Sa description de la rituelle course de Pampelune, une sorte de jeu archaïque avec la vie et la mort, lui permet non seulement de nous offrir des pages hautement dramatiques, mais aussi de se livrer à une réflexion subtile sur la place de la violence dans nos vies.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
Un contrôle fiscal, un appartement fouillé dans ses moindres recoins, des lettres et documents personnels, accumulés depuis des décennies, épluchés : voilà qui réveille chez la narratrice colère et désir impérieux de revisiter sa propre existence, les histoires des vivants et les histoires des morts — des morts, surtout. Pour la première fois, celle qui se désigne comme "la dernière des Jelinek " assène au lecteur des éléments de sa biographie relatifs à sa famille juive exilée, déportée ou assassinée sous le nazisme. Parallèlement, elle mène une enquête implacable sur les flux mondiaux de capitaux, le profit que les Etats tirent encore aujourd'hui des biens juifs spoliés. Elle dresse un réquisitoire sévère contre les sociétés autrichienne et allemande, l'hypocrisie, le passé criminel non assumé, l'antisémitisme latent. Et, plus que jamais, contre le culte omniprésent de l'argent, qui favorise tous les stratagèmes de blanchiment, d'évasion fiscale et de fraude généralisée. Le récit, véritable tour de force d'écriture, maniant humour noir ravageur, jaillissement d'images et d'invectives, associations et jeux de mots virtuoses, renoue avec les oeuvres les plus virulentes de l'autrice.
Printemps 1945. Sur l'île d'Amrum, en mer du Nord, la guerre semble lointaine malgré les bombardiers qui sillonnent le ciel. Du haut de ses dix ans, Nanning n'a qu'une vague idée des orages d'acier que brave son père sur le continent. Les contours de son monde se résument aux dunes, aux prés-salés et aux vastes étendues de bruyère. Mais l'île, privée de ravitaillement, est minée par les tensions et sa petite communauté divisée par la guerre. Jour après jour, Nanning lutte pour subvenir aux besoins de sa famille. Il chasse, pêche et troque, affrontant un quotidien toujours plus rude. Alors que la défaite du Reich devient inévitable, il découvre à ses dépens que les siens ne sont pas du bon côté de l'Histoire. Porté par la beauté sauvage d'Amrum, ce roman d'apprentissage résonne comme lm hymne aux paradis perdus.