Extrait Extrait du prologue Un morceau de chair hantée Aux premiers temps de la Décadence, tout semblait simple. Nous nous ennuyions et nous pensions tout savoir, mais la situation nous paraissait pleine de potentiel. Notre anomie brillait par son optimisme. C'était l'âge d'or de notre déclin. Hari Kunzru, «Mémoires de la décadence» Aujourd'hui, j'ai longé les berges de la Moskova. Le monde semblait s'être figé ; l'air était si froid qu'il me brûlait les poumons. Le ciel, d'un blanc perlé, dépourvu de couleurs, avait été lavé de ses nuages. La neige crissait sous mes pas comme des lames de plancher ; en contrebas, là où les tourbillons de vent avaient chassé la poudreuse, la rivière gelée apparaissait tel un épais miroir sombre. Vingt-sept degrés en dessous de zéro : un temps à faire craquer les tuyaux. Chaque fois que je m'arrêtais, le froid s'immisçait sous mon manteau en peau retournée à la manière d'une main baladeuse, intrusive et menaçante. Avant d'atteindre un froid aussi extrême, l'hiver russe se défait de plusieurs couches intermédiaires : d'abord l'humidité, puis les chutes de neige ; ensuite, à mesure que le mercure poursuit sa chute, les sons s'effacent, le vent se tait. Surgit alors le froid pur, réduit à son essence même : polaire, blanc et totalement inerte. Parvenu à un tournant du fleuve, je gravis la berge en pente raide pour regagner le quai. Mes lourdes bottes de feutre compliquaient mon ascension. J'arrivai à bout de souffle. Je m'assis sur un banc de neige gelée et contemplai un moment l'infinie blancheur qui s'offrait à mon regard. Pour mourir ici, me dis-je, il me suffirait de ne rien faire. Ne plus bouger. Rester là, dans ce grand blanc létal. S'allonger, bien emmitouflé dans un nid de fourrures et de peau de mouton. S'endormir dans la lumière aveuglante. Aspirer l'hiver à pleins poumons et s'offrir lentement à son étreinte anesthésiante. Qu'il serait étrange de glisser vers les ténèbres parmi toute cette blancheur ! Sous un ciel de soie grand comme le monde. Parfois, j'ai l'impression que ce pays veut ma peau. Il y a longtemps, en ces temps préhistoriques où j'étais encore jeune et fraîchement arrivé à Moscou, j'aimais m'asseoir la nuit sur le rebord de ma fenêtre pour regarder le monde passer. Bien à l'abri de mes doubles vitrages, j'avais l'impression d'être dans un vieux scaphandre, une capsule de lumière et de chaleur frôlant les fonds marins pour observer leurs étranges créatures derrière trente centimètres de verre déformant. C'était un vieux vaisseau grinçant, aux carreaux couverts de peinture blanche, si épaisse que les montants semblaient déformés à force d'avoir moisi. En contrebas, la rue Petrovka m'offrait le spectacle de silhouettes furtives, postées devant l'entrée d'un club. Les jeunes gens sautaient d'un pied sur l'autre comme s'ils étaient sur un toit brûlant, impatients d'aller chasser le gibier qui se trémoussait à l'intérieur. Sur le boulevard, les arbres dénudés ressemblaient à des coraux géants : ils ondulaient doucement, pris dans la lumière jaune des phares. Plus haut, par-delà les toits, la ville s'étendait à l'infini - jamais lasse, toujours en mouvement sous sa couche de peinture, de crasse et d'enseignes publicitaires au néon. Un récif assez minable, en somme. Terni et privé de ses couleurs par trop de courants froids. Il accueillait tout de même quelques splendides créatures féminines, brillantes et délicates. Et des bancs de requins à la peau dure, vieux briscards balafrés aux dents carnassières, à l'âme hantée par la faim. J'aime passionnément Moscou, on l'aura compris. C'est du moins, de toutes les villes du monde, celle qui me fait le plus penser à l'amour. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .
Résumé : La vie de Richard Sorge (1895-1944) est un roman vrai. Né d'un père allemand et d'une mère russe, il se rallie à la révolution soviétique de 1917, décidant d'y consacrer sa vie et scellant ainsi son destin. Brillant, méthodique, créatif, il enchaîne les voyages et les postes clandestins : Danemark, Suède, Angleterre, Chine, Allemagne nazie (il adhère au NSDAP ! ) ; enfin ? et surtout ? Japon, où il accumule les renseignements sur la pénétration japonaise en Chine, la préparation de Pearl Harbor et particulièrement les projets d'invasion de l'URSS par le IIIe Reich. C'est notamment lui qui informe Staline du projet Barbarossa, mais le " tsar rouge " refusera de l'écouter. Sorge a réformé en profondeur l'art de l'espionnage, constituant un réseau varié, mais parfaitement étanche, lui permettant de voir et savoir sans être vu... jusqu'à son arrestation tardive fin 1941. Homme à femmes, sociable, doté d'un vaste réseau d'amis et d'une culture encyclopédique, utilisant des couvertures parfaites, il fait figure de mythe dans le petit monde des hommes de l'ombre. Pour raconter cette vie sans pareille, et découvrir l'homme derrière la légende, il fallait un historien et un écrivain d'envergure, parfait connaisseur du monde russe de surcroît. Owen Matthews a relevé le gant avec superbe, offrant une biographie percutante qui restera par la richesse de ses révélations, puisées dans les archives soviétiques, et la maestria de son écriture.
A l'aube du XIXe siècle, deux empires se rejoignent aux confins du Nouveau Monde : l'Espagne, qui était le maître en déclin de la plupart des Amériques, et la Russie, sortie de son sommeil pour conquérir la côte nord-ouest du Pacifique, le seul territoire intouché par l'âge d'or de l'exploration. Un aristocrate de la cour de la Grande Catherine incarnera ce rêve d'une Amérique russe : Nikolaï Rezanov, aventurier richissime et diplomate. A la tête de la Compagnie russe d'Amérique, il envisage de transformer les installations précaires des chasseurs de fourrures sur la côte de l'Alaska en tête de pont d'un empire du Pacifique, qui s'étendrait de la Sibérie jusqu'à la Californie. Sa quête le mène à San Francisco, où un " ange aux yeux noirs ", la fille du gouverneur espagnol, âgée de 15 ans, lui semblera incarner à la fois l'amour et son rêve impérial. Rezanov a l'audace déraisonnable des plus grands explorateurs et, en dépit de l'hostilité de la nature et de celle des hommes (à commencer par le ramassis de ruffians, incontrôlables et débauchés, qu'il avait sous ses ordres), son plan fut près de réussir. Owen Matthews raconte avec brio cette folle histoire, depuis les intrigues de la cour de Russie jusqu'aux espaces désolés du Grand Nord. Et s'il se fonde sur une documentation impeccable, et souvent inédite, il y mêle également ses impressions de voyage, ayant mis ses pas dans ceux de Rezanov, en Russie, au Japon, et tout le long de la côte pacifique.
Au coeur du Moscou post-communiste des années 1990, un jeune reporter, Owen Matthews, retrouve la trace des siens et de ces existences qui le hantent... L'ascension et la chute de son grand-père, Boris Bibikov, victime des purges. En 1937, Boris Bibikov est pourtant l'Homo sovieticus exemplaire, héros de l'industrialisation à outrance, communiste convaincu de sa tâche quand il dirige la construction d'une usine, encourage à la production tout en fermant les yeux sur la famine des paysans. L'odyssée de sa mère, Ludmila, livrée à trois ans à peine au chaos de la Seconde Guerre mondiale, séparée de sa soeur au cours de leur fuite à travers les steppes russes, d'orphelinats surpeuplés en hôpitaux insalubres. Le drame de ces amants pris dans la tourmente de la guerre froide: Mervyn, son père, un Anglais russophile qui avait osé refuser les avances du KGB, et Ludmila, devenue une brillante intellectuelle dissidente. A travers les six années de correspondance passionnée de ses parents, le dossier du NKVD de son grand-père et sa propre errance dans une capitale décadente, c'est sa dualité qu'Owen Matthews va découvrir, avec cette part de Russie qui l'habite, l'obsède et le force à écrire...
En Russie, j'ai aimé et j'ai tué. Et j'ai découvert que, des deux, c'est l'amour qui est le plus terrible." Avec ses bonnes manières oxfordiennes et son costume en tweed, Roman Lambert arrive à Moscou en 1995 tel un explorateur victorien en safari, déterminé à profiter de la jungle moscovite postsoviétique. D'origine anglaise, est-ce le sang russe de sa mère qui le rend aussitôt apte à toutes les démesures? Des soirées dans les derniers clubs à la mode aux manifestations proto-fascistes de Limonov, des scènes de résilience et de survie quotidiennes aux week-ends orgiaques dans sa datcha, le jeune étranger se fond dans ce monde impitoyable et violent.
Le retour de l'auteur japonais le plus lu en France. Le grand retour du maître Murakami pour un roman éblouissant, dans la lignée de ses grandes oeuvres - Kafka sur le rivage ou 1Q84 - et sept ans après son dernier roman - Le Meurtre du commandeur . Tu dis : " La Cité est entourée de hauts murs et il est très difficile d'y pénétrer. Mais encore plus difficile d'en sortir. - Comment pourrais-je y entrer, alors ? - Il suffit que tu le désires " La jeune fille a parlé de la Cité à son amoureux. Elle lui a dit qu'il ne pourrait s'y rendre que s'il voulait connaître son vrai moi. Et puis la jeune fille a disparu. Alors l'amoureux est parti à sa recherche dans la Cité. Comme tous les habitants, il a perdu son ombre. Il est devenu liseur de rêves dans une bibliothèque. Il n'a pas trouvé la jeune fille. Mais il n'a jamais cessé de la chercher... Avec son nouveau roman si attendu, le Maître nous livre une oeuvre empreinte d'une poésie sublime, une histoire d'amour mélancolique entre deux êtres en quête d'absolu, une ode aux livres et à leurs gardiens, une parabole puissante sur l'étrangeté de notre époque.
Tout dans ce roman est un peu « trop », et c’est ça que j’ai adoré. L’histoire se passe à Naples, où il ne fait pas juste chaud mais où les personnages suffoquent. La nourriture (parce qu’il est très souvent question de cuisine!) n’est pas juste généreuse, elle est abondante, dégoulinante et grasse, les odeurs enveloppent les personnages et les ruelles de la ville. L’amour aussi déborde dans ce roman, pas toujours bienveillant, souvent défaillant même. Un roman qui colle à la peau et aux pensées.
Comment survivre et protéger les traditions lorsque l'impérialisme tente de les écraser ? Comment préserver son identité dans un pays méconnaissable ? Ces interrogations qui l'assaillent depuis que les Russes ont envahi la Pologne ont conduit le jeune étudiant Bronislaw Pilsudski au pire. Pour avoir ourdi un complot visant à assassiner le tsar, il est condamné à l'exil sur l'île de Sakhaline, dans l'archipel d'Hokkaidô. C'est là qu'il rencontre les Aïnous, un peuple autochtone discriminé, et se lie d'amitié avec Yayomanekh, un jeune homme qui a quitté le Japon pour revenir vivre sur la terre de ses ancêtres. Fasciné par la culture aïnoue, Bronislaw va aider ses nouveaux frères d'armes à lutter contre les attaques, tantôt russes, tantôt japonaises. Réussiront-ils à sauver leur peuple et à Ni résister à la tragédie en marche ?
Seigneurs, vous plaît-il d'entendre un beau conte d'amour et de mort? C'est de Tristan et d'Iseut la reine. Ecoutez comment à grand joie, à grand deuil ils s'aimèrent, puis en moururent un même jour, lui par elle, elle par lui. Aux temps anciens, le roi Marc régnait en Cornouailles...
Il fut leur inspiration. Il a transformé leur vie à jamais.A Welton, un austère collège du Vermont, dans les années 60, la vie studieuse des pensionnaires est bouleversée par l'arrivée d'un nouveau professeur de lettres, M. Keating.Ce pédagogue peu orthodoxe va leur communiquer sa passion de la poésie, de la liberté, de l'anticonformisme, secouant la poussière des autorités parentales, académiques et sociales.Même si le drame - le suicide d'un adolescent - déchire finalement cette expérience unique, même si Keating doit quitter le collège, il restera pour tous celui qui leur a fait découvrir le sens de la vie.Le roman du film-événement de Peter Weir, Oscar 1990 du meilleur scénario, qui a bouleversé des centaines de milliers de spectateurs.
Voyage dans l’histoire de Murano et ses souffleurs de verre à travers l’histoire d’Orsola Rosso et de son entourage. Une véritable immersion dans la vie quotidienne d’une famille de verriers, une belle promenade dans ses ruelles étroites, ses canaux et sur ses gondoles. Un roman richement documenté sur la travail du verre, les liens complexes entre Venise et sa voisine. Soyez attentif, le temps s’écoule différemment dans la Lagune ... Une fresque familiale et historique fascinante !
Une plongée dans les communautés de mineurs de charbon au début du XXe siècle. 1912. Lorsqu'Emma Malloy a quitté Coal River, en Pennsylvanie, elle s'était promis de ne jamais y revenir. Mais aujourd'hui, à 19 ans, orpheline et sans le sou, elle est obligée de retourner au sein de cette communauté défavorisée et extrêmement pauvre. Traitée comme une servante par son oncle et sa tante, elle travaille gratuitement pour le magasin de la mine, où les mineurs et leurs familles sont obligés de s'approvisionner, payant des prix gonflés pour la nourriture, les vêtements ainsi que les outils. Ceux qui vivent à crédit finissent par être refoulés et meurent de faim. Mais ceux qui brisent le coeur d'Emma, ce sont les jeunes garçons qui triment toute la journée à trier le charbon au milieu de dangereuses machines. Leurs visages tachés de suie lui rappellent son petit frère, perdu il y a longtemps. Faisant fi du danger, Emma commence à laisser de la nourriture volée devant les portes des familles les plus nécessiteuses, et à marquer comme réglées des factures impayées. Et alors que le propriétaire de la mine unit ses forces à la police pour trouver le coupable de ces actes, Emma va s'allier à un mineur bien décidé à changer les conditions de vie des habitants de Coal River...