Le narrateur, déjà repéré par le club de football de Saint-Etienne quand il avait douze ans, raconte, vingt ans après, son arrivée au centre de formation du Montpellier Hérault Sport Club dans l'espoir de devenir joueur professionnel. Une plongée dans cet univers masculin et violent où les jeunes garçons sont coupés de leurs familles, à la merci d'une institution qui les méprise, d'un entraîneur qui les humilie, où l'on ne sait à qui se fier. "Ils ont pas compris que, par exemple, chez vous, ils auraient dû générer une ambiance et une fête, on va s'marrer. Non, non, là il fallait quand même, t'étais un investissement, il faut qu'tu comprennes que t'es un investissement quand ils te font signer cinq ans, ils ont mis du blé sur toi. Donc ils ont pas l'temps de rigoler. T'es un produit, c'est pas qu'tu d'viens un produit, on achète un produit, on achète un gosse à ses parents". Des parents qui ont l'espoir que leur enfant accomplira son rêve et réussira sa vie dans le football mais n'imaginent pas la réalité de garçons livrés à eux-mêmes, dans tous les excès. Le texte dit la passion, les désillusions et les souffrances du vécu de footballeur, scandé par les monologues de la mère, du père, d'un entraîneur et d'autres gamins qui tentent, comme ils le peuvent, de faire face et de s'en sortir.
Raymond Guérin est fasciné par la lettre, qu'il s'agisse de la forme littéraire qui structure certains de ses récits ou d'une véritable correspondance. A tous les titres, de la pratique de l'échange à l'exercice de l'imagination, il est un épistolier. Les Lettres à Sonia sont certes une correspondance réelle entre un écrivain et la femme qu'il aime, séparés par la guerre et la captivité, mais elles sont aussi et au moins autant un journal, et encore une projection, une mythologie, bref c'est un récit qui se donne. Journal ou récit qui est adressé à l'autre, destinataire et matière sacrée de l'écriture. En contre-point, Guérin brosse son portrait intérieur, il évoque le quotidien du prisonnier dont la vie personnelle, comme celle du monde, est soumise aux ruptures de l'histoire. Ecrivant ces Lettres qui sont un roman, Guérin s'inscrit dans une fièvre d'expression que son étrange disponibilité ne peut qu'aviver. Digne dans l'épreuve, répondant par les mots à la misère du temps, il dresse au jour le jour un monument de résistance à la barbarie, fondé sur l'amour et la foi dans le verbe. Le monde de l'intelligence le nourrit plus que jamais et s'érige en rempart contre la sottise. Dans les Lettres à Sonia, Guérin se montre bouleversant de droiture et de lumière.