Extrait Bonté du monde Il est une expérience métaphysique fondamentale, pour ne pas dire inaugurale, qui est l'expérience de la bonté du monde. Cela ne veut pas dire que l'intelligence qui s'ouvre au spectacle du monde reconnaît aussitôt que «tout est bien», ou que «tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles». De telles affirmations présupposent un haut niveau d'élaboration intellectuelle, un esprit spéculatif déjà formé aux arcanes de la pensée doctrinale. C'est d'ailleurs cela qui les rend éminemment discutables. Reconnaître la bonté du monde, c'est simplement reconnaître qu'il est bon que le monde soit, et cette reconnaissance est moins le fait d'une haute activité spéculative que celui d'une capacité à s'émerveiller. Cette reconnaissance est en même temps admiration, louange silencieuse, mais yeux grands ouverts, sur ce mystère familier qui à la fois nous dépasse et se tient au plus près de nous. Une telle capacité à s'émerveiller n'est pas la marque d'un esprit naïf qu'un rien suffirait à étonner tant son intelligence serait bornée. Elle est au contraire le signe d'une intelligence en éveil qui s'étonne non pas que le monde soit, mais qu'il soit bon. En effet, pour s'étonner que le monde soit ou, pour le dire comme certains spécialistes de la métaphysique, «qu'il y ait quelque chose plutôt que rien», il faut encore faire un effort d'abstraction qui dépasse les ressources d'un esprit qui commence à s'ouvrir au-delà de lui-même. Il faut, au sens propre, faire abstraction de ce monde qui est pourtant bel et bien là, qui s'étend sous mon regard, qui se laisse toucher et sentir, qui à la fois m'inquiète et me fascine. L'expérience métaphysique dont nous parlons se tient au plus près de l'évidence du monde. Elle prend acte de son être et s'étonne de sa bonté. Elle se laisse surprendre par ce qui ne va pas de soi : que ce qui est soit, en même temps, bon. Cela, répétons-le, ne signifie pas que «tout est bon» mais, beaucoup plus simplement, qu'il est bon qu'il y ait un monde, même si celui-ci est encore en chantier, même s'il me faut vite découvrir que je dois y déployer mon pouvoir d'agir pour le rendre, si possible, un peu meilleur. Et cette expérience élémentaire n'est ni une expérience esthétique ni une expérience morale. Elle se joue plutôt à fleur de peau, à ce niveau où l'esprit se tient au plus près de la chair, où il est simple sensibilité. Mais cette sensibilité est déjà une ouverture et un appel. Elle me fait reconnaître dans le même mouvement qu'il est bon que le monde soit, et qu'il est bon que je sois, moi qui suis celui à qui le monde révèle sa bonté en une troublante expérience où se laisse déjà sentir l'identité de l'être et du bien. C'est plus tard, sans doute, que cette expérience va s'enrichir de nouveaux contenus pour se faire expérience esthétique. Mais il faut déjà, pour cela, un peu de recul. Il faut faire de soi non plus le simple lieu d'une sensibilité au monde, mais un spectateur, c'est-à-dire un regard qui transforme le monde en spectacle. Il faut apprendre, déjà, à s'oublier un peu. Plus tard encore, dans ce tableau du monde, des ombres peuvent m'apparaître, des reliefs tranchants, des arêtes et des ravins qui requièrent que j'agisse. Le spectateur se fait alors acteur, la conscience esthétique se fait conscience morale. L'émerveillement initial est devenu un cri de stupeur, le silence de louange s'est fait parole qui interpelle tandis qu'au coeur de cet être du monde reconnu en son essentielle bonté se laisse entendre un double appel : celui du beau et celui du bien. (...)
Après la crise du coronavirus et face aux menaces climatiques, un livre pour prendre en charge un monde dont nous ne pouvons plus ignorer la fragilité.
Yann-Hervé Martin (né en 1965), professeur agrégé de philosophie, enseigne en classes préparatoires (lycées Kleber et Cassin) et à l École de Management de Strasbourg.
Résumé : Il est difficile d'être libre quand nos conduites sont modelées par des normes sociales que nous acceptons sans plus les interroger ; difficile d'être libres quand le poids des conformismes nous pousse à vouloir être "comme les autres" ; difficile d'être libres enfin quand la liberté n'est plus pour nous qu'un sentiment de bien-être ou d'autosatisfaction. A une époque où la conscience du bien s'est obscurcie, cet essai propose de renouer avec la sagesse antique. Reprise par le christianisme puis reformulée jusqu'à l'époque moderne, elle s'affirme comme une conception du monde et un choix pour la vie. La philosophie apparaît alors comme un exercice spirituel. En trois itinéraires qui vont du bien à l'amour en passant par la liberté, l'auteur trace un chemin qui permettra à chacun de retrouver le sens d'une authentique liberté intérieure.
Résumé : L'homme est un être complexe et c'est pour cela que dans la vie sociale se joue une comédie prodigieuse, celle d'hommes et de femmes incapables de vivre les uns avec les autres, et incapables de vivre les uns sans les autres. Nous sommes tous des acteurs, nous jouons tous un rôle en ayant plus ou moins conscience de le faire. Connaissez-vous Lothaire le perso ? Et Ambroisiane la plus-que-parfaite ? Peut-être les avez-vous croisés autour de la machine à café ou dans votre club sportif. Reprenant la tradition des Caractères, popularisée par La Bruyère, Isabelle Barth et Yann-Hervé Martin croquent une galerie de portraits. En eux se décline toute l'humanité, avec ses formes multiples et ses façons variées de s'incarner. Ce livre se veut la caméra cachée de ce petit théâtre de la vie en société. Avec humour et tendresse, il nous permet de prendre un peu de recul avec un monde qui trop souvent menace de nous dévorer.
Et si l'on pouvait s'initier à la philosophie de Platon en écoutant Stromae ou à celle d'Heidegger avec les chansons de Souchon ? Les paroles de leurs chansons ne diffusent-elles pas, en nous, une philosophie implicite qui en font d'excellents médiateurs vers les plus grands textes classiques ? Tel est le pari de cet essai pétillant : débusquer la philosophie à l'oeuvre dans quelques grands tubes de la chanson pour montrer qu'allumer sa radio peut parfois se révéler aussi instructif qu'ouvrir un livre de philosophie. Marianne Chaillan imagine que les grands philosophes ont connu l'ère des iPod et qu'ils ont composé la playlist de leurs titres préférés. De la playlist de Nietzsche à la bibliothèque de J.-J.Goldman, elle invite le lecteur à aborder sans crainte les questions du bonheur, de la foi, du travail ou de la morale avec des écouteurs sur les oreilles.
Les lettres d'amour inédites d'un des plus grands écrivains américains. Un ensemble unique, d'une remarquable qualité littéraire, couvrant toute la carrière de Mark Twain. La correspondance d'une vie, inédite aussi bien en français qu'en anglais. Un véritable roman d'amour épistolaire, tendre et intense, d'une grande qualité littéraire. Traduction et présentation par un des grands spécialistes de la littérature américaine en France. Succès en librairie des écrits de Twain édités par Le Passeur en 2024 : Le chien télégraphiste. Pendant près de quarante ans, Mark Twain n'a cessé d'écrire à Olivia, son épouse, dont il est tombé amoureux après avoir vu sa photo. Quand ils se rencontrent, il la demande en mariage, et elle l'éconduit. S'ensuit une longue correspondance où, derrière l'humoriste spirituel et facétieux, apparaît un homme tendre, se rêvant chevalier courtois. Après leur mariage, Twain continue de lui écrire chaque fois qu'il voyage, en Amérique ou en Europe. Ces lettres révèlent le père affectueux, l'homme du Mississippi qui tente de perdre un peu de ses manières rustres, cherchant à s'amender auprès de celle qu'il ne cessera jamais d'aimer. Olivia n'est pas seulement la "femme du grand écrivain" : lectrice exigeante, conseillère fidèle, elle l'aide à façonner ses livres et ses conférences. Marquée par des drames - la perte de deux enfants -, cette correspondance raconte une complicité amoureuse et intellectuelle hors norme, qui dure toute une vie. Même quand les médecins préconisent à Olivia de vivre loin de Twain pour reposer sa santé fragile, celui-ci vient en secret lui porter des lettres d'une ardeur intacte. Les dernières, écrites peu avant la mort prématurée d'Olivia, comptent parmi les plus poignantes et émouvantes de cet ensemble inédit.
Résumé : Pour la première fois, un guide réuni et explique l'argot de Kaamelott. Indispensable pour tous les accros de la série et du film qui veulent se replonger dans ses dialogues truculents et hilarants. NOUVELLE EDITION AUGMENTEE Alors que peu de professionnels pariaient sur le succès de la série, Kaamelott fut une révélation ovniesque, fédérant rapidement un large public. Parler de la Table ronde, de la quête du Graal, en costumes d'époque ? Et pour faire rire en prime ? Improbable, parce que d'une ambition folle. Et pourtant, Kaamelott est devenu culte. A quoi l'efficacité de Kaamelott tient-elle ? Pas de gags ou de grosses ficelles, Kaamelott c'est un univers : une grande aventure qui a du sens, qui progresse, dont les personnages évoluent. Ils sont sérieux, ils sont dans leur époque, et le ressort follement comique tient au décalage qui repose sur le langage contemporain mais aussi à une langue propre à Kaamelott, nourrie par un très riche vocabulaire familier et argotique, proche du cinéma de genre français des années 60-70 à la Michel Audiard. Alexandre Astier met en mouvements et en rythme ce patrimoine linguistique, l'adaptant à chaque personnage, qui a son phrasé propre et ses intonations. Kaamelott se donne à écouter, comme une vaste partition. En parcourant plus de 500 mots familiers et argotiques dans ce " dictionnaire ", l'auteur s'est amusé à crapahuter dans les méandres de l'esprit Kaamelott, non pour en mettre plein les miquettes et frimer, comme le commun des glandus ou des pégus, mais pour donner du singe au gratin qui souhaite découvrir le monde d'une série mortelle, ou à tous les amateurs qui veulent s'amuser à retrouver les répliques pour poursuivre l'aventure !
Résumé : Plus de vingt ans après la publication de son premier ouvrage sur Clara Schumann, Brigitte François-Sappey tient à revenir à la plus célèbre des figures musicales féminines afin de lui consacrer une édition actualisée et très augmentée. Véritable " star " romantique du piano, connue de toute la culture européenne, de Paganini à Goethe, Clara Wieck-Schumann (1819-1896) traverse de sa gloire le xixe siècle. Pianiste légendaire, compositrice-née, pédagogue réputée, artiste influente sur plus de soixante années, vénérée par Goethe, Paganini, Chopin, Mendelssohn, Brahms et tant d'autres, l'enfant prodige devenue une adulte prodigieuse fut considérée comme l'incarnation de la musique. Liszt célèbrera de son côté " la grande prêtresse de l'art ". C'est à elle que Robert Schumann, son fiancé, puis presque son double, écrivit : " Le son, le thème, c'est toi " et " La postérité doit nous regarder comme un seul coeur et une seule âme. " Consciente de sa mission d'artiste (" mon art, c'est moi, c'est ma vie "), Clara Schumann fut aussi, dans la pudibonde Allemagne romantique, une fille émancipée à dix-neuf ans, une épouse dévouée, une mère de famille nombreuse et une admirable veuve. Unique par sa somme de bonheurs et de malheurs conjugués, sa longue vie, d'une stupéfiante modernité, est un modèle d'accomplissement. Célébré partout, le bicentenaire de sa naissance, en 2019, a correspondu au changement de paradigme concernant la place des créatrices dans l'art. La base de données internationale des compositrices s'intitule " Demandez à Clara ", seule musicienne à être identifiée dans le monde entier par son prénom.
Résumé : Que cherchons-nous vraiment lorsque nous cherchons l'amour ? L'école, le travail, à quoi ça sert, finalement ? La liberté d'expression et le droit à "rire de tout" sont-ils des menaces ? Faut-il avoir peur de la mort ou pourrons-nous bientôt télé-charger notre conscience dans le cloud - à moins que l'IA n'en vienne à nous remplacer ? Dans un monde où l'avenir est plus que jamais incertain, la quête de sens nous confronte à des thèmes fondamentaux. De la même façon qu'il a su rendre la philosophie accessible à tous, Lev Fraenckel, alias "Serial Thinker ", expose avec acuité ces enjeux intemporels. Convoquant tour à tour des figures majeures de la philosophie - Aristote, Nietzsche, Marx... - et des références culturelles contemporaines, il plonge au coeur de nos contradictions et éclaire nos choix, nos croyances et nos désirs. Une ode à la philosophie en tant que cheminement, un appel à l'éveil et au discernement à une époque où les réponses toutes faites masquent l'immense liberté qui s'offre à chacun de nous.
La tradition veut que l'acte de philosopher soit comparé à la vision. Or Aristote dit deux choses qui sont trop négligées : premièrement, que voir, c'est non seulement saisir le visible, mais aussi, paradoxalement, l'invisible, le non-visible ; deuxièmement, que voir, c'est voir des couleurs, de jour mais aussi de nuit, le phosphorescent. Dès lors quelles sont les implications pour la philosophie ? Que veut dire philosopher si c'est appréhender ce qu'on ne voit pas, ce qu'on ne peut voir, ou bien ce qui, dans le noir, luit ?
Ce livre réconcilie avec la base de la philosophie, et ça fait du bien. Loin d'être d'abord conçue comme de l'exégèse pointue, la philosophie existe parce qu'on l'a inventée pour répondre à des questions vitales. Parmi celles-ci : comment guérir de l'épreuve douloureuse d'exister, puisque vivre, tout simplement, ne va pas de soi ? Les philosophes, à travers l'histoire, ont apporté leurs réponses. La philosophie, dans ce livre, devient un guide de conduite formidable pour se réconcilier avec la vie.