La foi et la raison, dans le cas de la pensée chrétienne et plus particulièrement catholique, non seulement se contredisent aujourd'hui moins que jamais, mais la question même de leur supposé conflit n'a aucun sens et ne devrait même pas se poser. Peut-être peut-on perdre la foi (selon l'étrange expression reçue), mais sûrement pas parce qu'on gagne en raison. Il se pourrait que l'on perde en foi, parce qu'on imagine la raison incapable de comprendre une part - et une part décisive, la plus décisive même - de ce que notre vie nous fait expérimenter. Très vite, on fait la part du feu: la raison ne comprend pas tout, il faut donc admettre des espaces immenses qui restent incompréhensibles et irrationnels; on les abandonne à la croyance et à l'opinion; et, bientôt, on renonce définitivement à penser ce que nous avons déjà expulsé du champ du pensable. De ce sommeil de la raison, surgissent alors des cauchemars - idéologiques. Ainsi la séparation entre foi et raison, trop vite tenue pour allant de soi et toute naturelle, naît-elle d'abord d'un défaut de rationalité, de la capitulation sans combat de la raison devant l'impensable supposé. Mais si l'on ne perd pas la foi par excès de pratique de la rationalité, il se pourrait au contraire qu'on perde souvent en rationalité, parce qu'on exclut trop vite la foi et le domaine qu'elle dit ouvrir (en l'occurrence celui de la Révélation). Nous perdons de la raison en perdant la foi.
Date de parution
14/01/2010
Poids
342g
Largeur
150mm
Plus d'informations
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EAN
9782845738331
Titre
LE CROIRE POUR LE VOIR
Auteur
MARION JL
Editeur
PAROLE SILENCE
Largeur
150
Poids
342
Date de parution
20100114
Disponibilité
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Quatrième de couverture La métaphysique, quand elle en vient à éprouver la « mort de Dieu », révèle ainsi le crépuscule de l'idole conceptuelle qu'elle avait baptisée, de son propre chef, « Dieu ». L'abîme que dégage cette idole effondrée, loin de clore la question de Dieu, l'ouvre, béante, sur le paradoxe de la distance : car c'est en se retirant, hors de toute idole, que l'Absolu advient. Mais il advient d'une venue d'autant plus instante qu'elle outrepasse l'absence déshéritée comme la présence disponible. La distance ménage le retrait où devient enfin possible l'abord de l'Absolu. L'intimité croît avec l'écart. De Nietzsche à Hölderlin, de Höderlin à Denys l'Aréopagite, la « mort de Dieu » redevient, de mise hors jeu de l'Absolu, le visage moderne de son éternelle fidélité, pour à la fin en insinuer la réserve paternelle. Si l'Absolu se suggérait dans le retrait, comme Père, peut-être pourrions-nous habiter la distance, en fils ? - Ainsi se dégage la distance, en un double débat avec la théologie de la Trinité et la pensée de la différence, c'est-à-dire avec le jeu où, sur le terrain ouvert par M. Heidegger, interviennent E. Levinas, J. Derrida et H. Urs von Balthasar, et où, finalement, l'icône reporte la différence dans la distance.
Dans le triptyque ouvert par Réduction et donation (1989), assuré dans Etant donné (1997) et complété avec De Surcroit (2001), nous avons procédé assez globalement pour qu'on nous permette ici de rassembler après-coup certains des travaux préparatoires. Cette nécessité parut encore plus exigeante lorsqu'il se fut agi de prolonger la phénoménalité de la donation par la description du phénomène érotique (Le phénomène érotique, 2003) ou de l'appliquer herméneutiquement à une oeuvre théologique (Au lieu de soi. L'approche de saint Augustin, 2008). Ainsi reconnaîtra-t-on ici des recherches historiques sur le dépassement de l'horizon de l'objectité du phénomène imposé par la notion, nécessaire mais d'abord incomprise, de donation, où Husserl et Heidegger ont repris et enfin abordé de front ce qui, pour l'Ecole de Marbourg et tous les néokantiens, restait une pierre d'achoppement. Puis on trouvera deux moments d'une discussion avec Emmanuel Levinas, commencée dès L'idole et la distance (1977) et les Prolégomènes à la charité (1986) mais restée en suspens, sur la légitimité de recourir à l'amour comme un concept. Deux autres débat furent aussi essentiels, tant Henry et Derrida ont conduit plus avant dans la compréhension des questions de l'invisibilité phénoménale et de l'impossibilité comme une ouverture. Enfin les trois dernières études, en discussion serrée avec tous, fixent l'accès au soi par autrui, l'émergence du tiers comme second autrui accomplissant l'évasion hors de soi, et à la fin l'irréductible par excellence, celui que toute réduction atteste négativement. Ces essais attestent cependant beaucoup plus que leurs résultats. Ils témoignent à leur manière d'un privilège remarquable de la tradition, désormais séculaire de la phénoménologie: sa capacité de développement cumulatif.