Extrait de l'introductionC'est Hortense Archambault, codirectrice du Festival d'Avignon avec Vincent Baudriller depuis 2004, qui a initié ma rencontre avec Ludovic Lagarde à l'occasion de sa mise en scène du Richard III de Peter Verhelst au cloître des Carmes en juillet 2007. Il s'agissait de théoriser la filiation entre la tragédie de Shakespeare et son adaptation flamande. De conversations à bâtons rompus en colloques, de répétitions en spectacles, entre Avignon, Paris et Reims, au théâtre comme à l'université, nous avons depuis échangé et collaboré de manière régulière, tissant des liens fructueux entre nos disciplines et questionnant en permanence nos points de vue. La nomination de Ludovic Lagarde à la direction de la Comédie de Reims en janvier 2009, où il a succédé à Emmanuel Demarcy-Mota, a été l'occasion de rassembler tous les fils conducteurs de nos entretiens pour tenter de reconstruire à partir de quelques points de repère significatifs son parcours de metteur en scène jusqu'à aujourd'hui.Cet ouvrage explore le travail du metteur en scène contemporain Ludovic Lagarde en s'efforçant d'articuler discours artistique et discours scientifique, qui interrogent tous deux différemment les objets auxquels ils s'intéressent. Si l'artiste prend un parti esthétique, l'universitaire quant à lui tente de comprendre comment fonctionne telle ou telle esthétique et pourquoi elle est produite dans un contexte donné. Pour cela, il neutralise son sujet, le transformant en objet d'analyse. Ce processus d'objectivation impose une mise à distance. Dans le cas présent, il m'a fallu m'extraire de la position de spectatrice fascinée par ce qu'elle voyait pour pouvoir adopter la posture un peu schizophrène d'observatrice extérieure et objective d'un parcours de théâtre dont je voulais mettre au jour les traits, récurrents ou isolés, et les enjeux. Comme le souligne l'universitaire Jean-Paul Gabilliet, dépassionner son objet d'analyse reste la plus grande conquête que le chercheur doit faire sur lui-même.
Nombre de pages
176
Date de parution
17/05/2010
Poids
192g
Largeur
125mm
Plus d'informations
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EAN
9782846812818
Titre
Ludovic Lagarde. Un théâtre pour quoi faire
Auteur
March Florence
Editeur
SOLITAIRES INT
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125
Poids
192
Date de parution
20100517
Nombre de pages
176,00 €
Disponibilité
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Shakespeare est étroitement associé à la création et à l'histoire du Festival d'Avignon. À l'occasion de la Semaine d'Art en Avignon en 1947, première édition de ce qui allait devenir le Festival, Jean Vilar monte La Tragédie de Richard II dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. Depuis ce gestefondateur, le dramaturge élisabéthain est l'auteur le plus fréquemment convoqué au Festival. Comment se manifestent les métamorphoses contemporaines du théâtre shakespearien dans la Cité des Papes? À la croisée des études anglicistes et théâtrales, cet ouvrage analyse les configurations textuelles et scéniques de Shakespeare au Festival entre 2004 et 2010, sous la direction conjointe d'Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Traduction, adaptation, réécriture? Autant de questions terminologiques appliquées au théâtre dont il s'agit d'examiner les enjeux théoriques etpratiques, en les mettant à l'épreuve du carrefour mythologique où se rencontrent Shakespeare et le Festival d'Avignon. Ce livre invite à explorer ce que les artistes contemporains signifient à travers Shakespeare, et la manière dont les spectateurs d'aujourd'hui participent à l'acte de reconfiguration de la forme et du sens.
Extrait de l'introductionQu'est-ce que la théâtralité? Y a-t-il une spécificité du phénomène théâtral? Peut-on aller jusqu'à postuler l'existence d'une essence qui permettrait de dégager des universaux, une structure fondamentale de l'oeuvre théâtrale, ou bien une conception essentialiste de la théâtralité relève-t-elle de l'utopie? Faut-il au contraire favoriser une approche relativiste et pragmatique de la notion, sachant que la présence de théâtralité dans une pièce est inévitablement fonction de facteurs socioculturels variables telles l'évolution des techniques scéniques, les modes esthétiques et la réception du public?Force est de constater à l'égard de la théâtralité ce que Saint Augustin disait du concept de temps: «Qu'est-ce donc que le temps? Si personne ne me pose la question, je sais; si quelqu'un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus» (299-301). Les théoriciens s'accordent en effet à reconnaître que la notion est floue, confuse, trop générale. À titre d'exemple, A. Ubersfeld déplore que le terme de théâtralité finisse «par être un cache-misère, et ne plus désigner que... le théâtre» (1996). Or le théâtre est un genre, un art, et la théâtralité, un concept. Faut-il considérer le théâtre comme une mise en forme de la théâtralité?Le problème se complique dès lors qu'il n'y a pas systématiquement concordance entre les deux. Ainsi le théâtre n'est pas toujours théâtral et la théâtralité concerne d'autres domaines que le théâtre. Le premier constat de M. Corvin n'est guère plus optimiste que celui d'Ubersfeld: «Si l'on parvenait à cerner les conditions minimales à la fois nécessaires et suffisantes, du fonctionnement théâtral, on saurait ce qu'est la théâtralité» (2008). P. Pavis allègue, quant à lui, que «le concept a quelque chose de mythique, de trop général, voire d'idéaliste et d'ethnocentriste» et «[qu'il] n'est possible (étant donné la pléthore de ses différents emplois) que de relever certaines associations d'idées déclenchées par le terme théâtralité» (2002). Faut-il mettre en doute l'existence d'un concept si difficile à appréhender?Pour tenter de cerner le problème, on s'efforcera dans un premier temps de localiser les manifestations de la théâtralité. Y a-t-il une théâtralité du texte? La théâtralité est-elle au contraire l'apanage exclusif de la scène? Faut-il d'ailleurs cantonner le concept dans les limites du théâtre en tant que genre littéraire et art du spectacle? La théâtralité ne définit-elle pas aussi un comportement social face au réel, comme tend à le suggérer la métaphore du théâtre du monde?Il s'agira ensuite de voir dans quelle mesure on peut parler de théâtralité à propos de la comédie anglaise après Shakespeare. Comment la notion se manifeste-t-elle dans le théâtre comique de la fin du XVIIe siècle en Angleterre? Quelles formes revêt-elle? Ce repérage permettra de dégager d'éventuelles constantes et de mettre en évidence, s'il y a lieu, une évolution au fil de la période dite de la Restauration et comprise entre 1660 et 1710.De par son ancrage à la fois conceptuel et historique, la démarche participe d'une double orientation pour explorer la théâtralité de la comédie de la Restauration dans la perspective d'une réflexion générale sur la spécificité du théâtre.
L'année 1660 marqua en Angleterre la double restauration de la monarchie et du théâtre, réduit à la clandestinité par les Puritains pendant les dix-huit années précédentes. Pour réinventer le théâtre anglais, les dramaturges puisent dans le répertoire classique français de nombreux sujets et intrigues, non sans en discuter les principes esthétiques. Un siècle plus tard, la découverte de Shakespeare en France révolutionna la dramaturgie tout autant que le jeu de l'acteur. La circulation et l'appropriation des modèles et répertoires français et anglais ne se limitent toutefois pas à ces périodes bien identifiées. Elles prennent, surtout, des formes complexes et variées, en s'inscrivant dans un cadre européen plus large incluant notamment l'Italie, mais aussi dans le contexte d'une réflexion sur l'esthétique théâtrale ainsi que l'utilité et/ou la nocivité du théâtre qui prend la forme de virulentes querelles de part et d'autre de la Manche. Enfin, les traductions, adaptations, plagiats ou pièces françaises à sujets anglais autant que pièces anglaises à sujets français sont toujours porteurs d'enjeux esthétiques, économiques et idéologiques importants, qu'il s'agisse de construire un modèle dramatique national ou de formuler à travers eux une position religieuse, politique ou morale. C'est à l'ensemble de ces interrogations qu'est consacré le présent ouvrage, dans lequel est exploré et analysé un corpus théorique, polémique et dramatique couvrant trois siècles d'une histoire croisée.
C'est l'heure de la vengeance du règlement de comptes c'est l'heure où marchant sur mes pas tu viens me faire payer d'avoir été la plus aimée c'est ça ? et toi celle qui soi-disant n'a pas été désirée ? c'est ça ?
Lorsque le père de Tiago Rodrigues était à l'hôpital, il recevait régulièrement la visite d'une femme appelée Teresa. Elle travaillait comme bénévole à l'hôpital et prenait le temps de parler aux patients pour rompre leur solitude. Plus tard, Tiago Rodrigues a découvert que Teresa était une actrice qu'il connaissait bien.Depuis son lit de malade, son père, réalisant qu'il allait mourir, a commencé à écrire un livre. Selon Teresa, il voulait mélanger ses expériences de patient en phase terminale à l'hôpital avec des souvenirs de sa vie, en particulier des histoires liées à son travail de journaliste. Par exemple, il a pensé à l'histoire d'une autre Teresa, Teresa Torga, une obscure actrice et chanteuse de fado, souffrant de troubles mentaux, qui s'est déshabillée et s'est promenée nue, récitant des poèmes et chantant dans l'une des rues les plus animées de Lisbonne, lors d'une manifestation.Après la mort de son père, Tiago Rodrigues a ouvert le carnet. Il ne contenait que quelques lignes et points, quelques gribouillis, comme les dessins abstraits d'un enfant en bas âge.Dans Pas de yaourt pour les morts (No Yogurt for the Dead), Tiago Rodrigues crée une pièce de théâtre pour imaginer ce que son père aurait pu souhaiter écrire dans les derniers jours de sa vie.