
Angoisses de style
Il y a beaucoup de raisons pour ne pas écrire cette quatrième de couverture, j'habite une maison affligée de coups de téléphone et de valises, un futur lourdement ironique me provoque, et ce dont je dois parler est enclos dans le conteneur patient du passé. Le passé, nous le savons par expérience et par conviction, est l'erreur. Le passé est fait de ce que nous n'avons pas fait, de ce que nous aurions dû faire, et dont nous savons pertinemment que nous ne le ferons jamais. Le passé hypothèque jusqu'à notre futur et, n'ayant jamais étudié le sanscrit dans les années de notre enfance, nous n'écrirons pas un mémorable essai sur les Veda. La présente accumulation de préfaces s'ouvre, par exemple, sur un texte consacré au Magasin d'antiquités de Charles Dickens qui, c'est l'évidence même, se trouve en lieu et place d'une mémorable recherche sur la Cabale et le Golem, en sus d'une grammaire comparée des langues sémitiques, que des circonstances atmosphériques m'ont empêché de mener à son terme. Puisque le passé est le dépôt des erreurs, et puisque le présent texte est un lieu du passé, une sorte de gargote dans laquelle les erreurs en viennent à sangloter les unes sur les épaules des autres, un lieu sombre et sordide, où dialoguent à voix basse des affirmations immotivées, je ne peux nier qu'un tel sentiment de foire, de lunapark, de fête funèbre gouverne cette assemblée de compères. Ici se disposent des paroles qui parlent de phrases, des phrases qui commentent des paroles, des pages à propos de livres et, enfin, un livre traitant de pages. Le procédé est imprécis, généreux, aventureux, irresponsable. Je pourrais dire qu'il s'agit d'une façon de faire plutôt sotte, n'était le fait qu'une bonne éducation réciproque, un accord tacite, empêche le signataire (et non l'auteur) et le texte de se livrer à des voies de fait. Il est de notoriété publique que lorsque les Fiancés de Manzoni, ou l'Histoire de la littérature italienne, rencontraient leurs signataires respectifs, ils les saluaient d'un aimable coup de chapeau. Tout ce que je puis dire en faveur de cet acte littéraire, qui effleure le code pénal, c'est seulement, selon les critères généralement acceptés, qu'il n'appartient pas à la critique, genre littéraire à propos de l'existence de laquelle je nourris, courtoisement mais fermement, certaine méfiance. Si les parlottes, les cancans, les palabres, les dithyrambes tragiques, les amusements vous intéressent, bref, si vous vous mettez sur les traces des choses inutiles - qui ne sont pas si faciles à dénicher -, peut-être y a-t-il ici quelque miette, quelque bribe pour des palais capricieux mais peu exigeants. S'il fallait dater ces mots d'un lieu, je les daterais de l'Auberge de l'Ecrevisse Rouge. Giorgio Manganelli.
| Nombre de pages | 225 |
|---|---|
| Date de parution | 07/04/1998 |
| Poids | 225g |
| Largeur | 119mm |
| EAN | 9782714306470 |
|---|---|
| Titre | Angoisses de style |
| Auteur | Manganelli Giorgio |
| Editeur | CORTI |
| Largeur | 119 |
| Poids | 225 |
| Date de parution | 19980407 |
| Nombre de pages | 225,00 € |
| Disponibilité | Epuisé |
Pourquoi choisir Molière ?
Du même auteur
-

A et B
Manganelli GiorgioCeux qui parlent dans ce livre sont des ombres affables, des spectres gracieux, d'honnêtes cadavres. Ils devisent, ils papotent, ils confabulent. Parfois même ils pérorent. On n'osera dire qu'ils déblatèrent, encore moins qu'ils débagoulent. Raffinés et courtois locataires des ténèbres, ce sont des défunts volubiles, des trépassés babillards. A eux tous, ils forment une aimable société où l'on croise quelques vedettes de l'Histoire : Toutankhamon, Marco Polo, Haroun al-Rachid, Casanova, Napoléon, Nostradamus, ou tout simplement A et B, qui sont à peine des mannequins de chair, à peine des masques ou des travestis, puisqu'en ce royaume des Voix toute épaisseur corporelle serait un signe d'indécence, une présomptueuse obscénité. Pour notre plus grand bonheur, rien ne trouble ici le joyeux pépiement d'ectoplasmes, le dialogue philosophique entre zombis. Faut-il encore préciser qu'il s'agit d'un livre faux ? Mais seules les flèches de l'archer du Mensonge feront saigner le coeur du Vrai...Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER20,90 € -

Itinéraire indien
Manganelli GiorgioL'Inde prive, pour Giorgio Manganelli, tout visiteur de ses certitudes, de sa souveraineté et de ses repères. Ce pourquoi on ne peut que "faire l'expérience" de l'Inde, c'est-à-dire d'un soi désarmé, libre, affronté à cette "maison mère de l'absolu" , à ce "seul lieu où il existe encore des dieux, mais comme délégués par un Dieu qui a sombré en lui-même et, simultanément, s'est réincarné en toute chose, lieu des temples et des lépreux, où le sourire du Bouddha et de Siva n'ont jamais été abolis, doux et impénétrables, extatiques et mortels" .EpuiséVOIR PRODUIT12,40 € -

Chine et autres Orients
Manganelli GiorgioDurant de nombreuses années, et peut-être de nombreuses incarnations, j'avais toujours rêvé de ces invraisemblables déplacements intercontinentaux, qui ne peuvent arriver, exclusivement, que comme des cadeaux du destin ; quelles conjonctions astrales ont bien pu mettre en mouvement cette avalanche de translations terrestres, je l'ignore ; mais j'espère qu'elles sont du type de celles qu'on met des années à fabriquer, et qui ne se détruisent pas facilement. On peut se demander pourquoi le voyage exerce une fascination aussi grande sur une personne à vocation sédentaire ; un lecteur acharné et solitaire ne commet pas l'erreur de croire qu'il s'expatrie de sa bibliothèque le jour où il s'embarque pour l'Asie ; il sait qu'il est toujours, par essence, un chercheur de signes, de paroles implicites, de "façons de parler", d'in-folio et de brochures. La syntaxe classique, la fragile et éternelle concinnitas de Pékin se mêlent aux anacoluthes de Kuala Lumpur, à l'hyperbole publicitaire de Hong Kong, à l'emphase rococo du palais d'Eté. Et que seront les temples d'Ipoh ? Des énigmes, des emblèmes, des entéro-idéogrammes de la planète ? Le philologue devenu analphabète n'échappera pas pour autant à son éternel destin de lecteur".Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER18,60 € -

Le bruit subtil de la prose
Manganelli Giorgio«Rondes et insaisissables gouttes de mercure, les récits éludent et déçoivent ; ils sont un soupir, un jeu de mots, un accord maladroit de vielle stridente, une ponctuation proprement sans mots qui précèdent et qui suivent, un point d'exclamation, une interrogation, et surtout ils ne sont pas monothéistes ; ils professent un athéisme minuscule, qui n'est pas inaccessible à des incursions de dieux frêles et effrontés, ou de déesses provocantes et lascives - à la condition qu'ils soient mortels, éphémères, faux, très frêles, désorientés.»Giorgio Manganelli.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER23,20 €
Du même éditeur
-

L'air et les songes. Essai sur l'imagination du mouvement
Bachelard Gaston« Dans le vol onirique, si nous revenons au sol, une impulsion nouvelle nous rend aussitôt notre liberté aérienne. Nous n'avons à cet égard aucune anxiété. Nous le sentons bien, une force est en nous et nous connaissons le secret qui la déclenche. Le retour vers la terre n'est pas une chute, car nous avons la certitude de l'élasticité. Tout rêveur du vol onirique possède cette connaissance de l'élasticité. Il a aussi l'impression du bond pur, sans finalité, sans but à atteindre. En revenant vers la terre, le rêveur, nouvel Antée, retrouve une énergie facile, certaine, enivrante. » (Gaston Bachelard)Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER18,00 € -

L'eau et les rêves. Essai sur l'imagination de la matière
Bachelard Gaston« Si le regard des choses est un peu doux, un peu grave, un peu pensif, c'est un regard de l'eau. L'examen de l'imagination nous conduit à ce paradoxe : dans l'imagination de la vision généralisée, l'eau joue un rôle inattendu. L??il véritable de la terre, c'est l'eau. Dans nos yeux, c'est l'eau qui rêve. Nos yeux ne sont-ils pas ?cette flaque inexplorée de lumière liquide que Dieu a mise au fond de nous-mêmes? ? Dans la nature, c'est encore l'eau qui voit, c'est encore l'eau qui rêve. » (Gaston Bachelard)Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER17,00 € -

Le Rivage des Syrtes
Gracq JulienÀ la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo rêve de franchir la frontière, y parvient, aidé par une patricienne, Vanessa Aldobrandi dont la famille est liée au pays ennemi. Cette aide inattendue provoquera les hostilités... Dans ce paysage de torpeur, fin d'un monde où des ennemis imaginaires se massacrent, le temps et le lieu de l'histoire restent délibérément incertains dans un récit à la première personne qui semble se situer après la chute d'Orsenna. Julien Gracq entraîne son lecteur dans un univers intemporel qui réinvente l'Histoire et donne lieu à une écriture qui s'impose avec majesté, s'enflamme au contact de l'imagination. Pour Le Rivage des Syrtes Julien Gracq obtint en 1951 le prix Goncourt, qu'il refusa.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER21,00 €
De la même catégorie
-

Dévorer le ciel
Giordano Paolo ; Bauer NathalieDix ans après La Solitude des nombres premiers, un adieu à la jeunesse dans un bouleversant roman d'amour et d'amitié.Chaque été, Teresa passe ses vacances chez sa grand-mère, dans les Pouilles. Une nuit, elle voit par la fenêtre de sa chambre trois garçons se baigner nus dans la piscine de la villa. Ils s'appellent Nicola, Bern et Tommaso, ce sont " ceux de la ferme " d'à côté, jeunes, purs et vibrants de désirs. Teresa l'ignore encore, mais cette rencontre va faire basculer sa vie en l'unissant à ces trois " frères " pour les vingt années à venir, entre amours et rivalités, aspirations et désillusions. Fascinée par Bern, personnage emblématique et tourmenté, viscéralement attaché à la terre somptueuse où il a grandi, elle n'hésitera pas, malgré l'opposition de sa famille, à épouser ses idéaux au sein d'une communauté fondée sur le respect de la nature et le refus du monde matérialiste, à l'image de la génération des années 90, tiraillée entre le besoin de transgression et le désir d'appartenance, mais entièrement tendue vers l'avenir, avide de tout, y compris du ciel.Traduit de l'italien par Nathalie BauerNé en 1982 à Turin, Paolo Giordano est docteur en physique théorique. À l'âge de 26 ans, avec son premier roman, La Solitude des nombres premiers, il est le plus jeune auteur à obtenir le prestigieux prix Strega : deux millions d'exemplaires vendus, une trentaine de traductions dans le monde. Il confirme ensuite son talent dans Le Corps humain et Les Humeurs insolubles.Nathalie Bauer a publié plusieurs romans et traduit plus de cent ouvrages italiens, dont des ?uvres de Mario Soldati, Primo Levi, Natalia Ginzburg, Marcello Fois et Michela Murgia.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER22,50 € -

Chaque fidélité
Missiroli Marco ; Castagné NathalieAvec lui elle avait senti que l'infidélité pouvait signifier fidélité vis-à-vis de soi-même. " Carlo et sa femme Margherita s'aiment mais commencent à douter de leur capacité à rester fidèles. Quand Carlo est pris sur le vif avec son étudiante Sofia, le couple vacille, et Margherita, très affectée, cède une fois à la tentation. De son côté, sa mère Anna, veuve depuis peu, se met aussi à douter de la loyauté de son mari. Dans ce chaos intime, Margherita se focalise sur un appartement hors de prix qui pourrait assurément sauver son couple. Neuf ans plus tard, ils y vivent, avec un enfant. Margherita a gardé sereinement en elle son secret, mais Carlo reste marqué par sa fidélité ratée. Lorsque Anna, leur grande alliée, se fragilise, les doutes refont surface et l'ombre de Sofia revien planer. Et si finalement s'aimer, c'était toujours douter ? Au coeur d'un Milan saisissant de réalisme, on arpente les rues comme les sentiments dans un roman subtil, tendre et piquant, et d'une désarmante authenticité sur l'amour, la dévotion et le désir. " Une plume puissante, délicate, exquise. " Corriere della Serra Né à Rimini, Marco Missiroli est un jeune romancier couronné par des prix littéraires et traduit dans le monde entier. Il a déjà publié deux romans en France : Le Génie de l'éléphant et Mes impudeurs (Rivages). Chaque fidélité, immense succès en Italie dès sa parution, est finaliste du prestigieux Prix Strega.EpuiséVOIR PRODUIT21,60 € -

Là où l'on n'a pas pied
Genovesi Fabio ; Bauer NathalieFabio a six ans, deux parents et une dizaine de grands-pères, des hommes impétueux et dangereusement excentriques. Seul enfant de la famille, il grandit sans camarades de jeux. Jusqu'à son premier jour d'école... Mais le plus inquiétant, c'est la terrible malédiction qui plane sur les Mancini : tous les hommes encore célibataires à quarante ans deviennent fous ; ce dont témoigne sa collection de grands-pères. De l'école primaire au collège, Fabio s'efforce de trouver un équilibre entre son monde intérieur, aussi riche et vaste que son imagination, et le monde extérieur, bridé par d'innombrables règles, dominé par la loi du plus fort. Durant cet apprentissage rocambolesque, émaillé de rencontres extraordinaires et semé de terribles obstacles, Fabio va découvrir sa vocation de conteur éperdument amoureux de la vie.EpuiséVOIR PRODUIT23,75 € -

Adieu fantômes
Terranova Nadia ; Lafore RomaneMessine est la ville natale d'Ida. Elle y revient aider sa mère à faire du tri dans l'appartement où elle a vécu toute son enfance et où commencent des travaux sur le toit-terrasse. Elle a trente-six ans, une vie à Rome, un mari, mais le passé a choisi ce moment pour ressurgir : vingt-trois ans après la disparition de son père, vingt-trois ans après ce matin où un homme rongé par la dépression a quitté le domicile familial sans rien laisser derrière lui, vingt-trois ans après que son corps s'est évaporé dans la nature, que son nom est devenu tabou, que son souvenir s'est mis à hanter les murs sous forme de taches d'humidité. Seule face aux fantômes de la maison, Ida devra trouver le moyen de rompre le sortilège pour qu'enfin son père puisse quitter la scène. Entre les souvenirs de jeunesse d'Ida et son récit d'adulte se tisse un roman d'une grande sensibilité, sombre et introspectif. Nadia Terranova, par la finesse de son observation des liens familiaux dans une maison frappée par le drame, fait apparaître le bonheur des choses simples.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER22,40 €

