Le roman d'Alexeï Makouchinski est une biographie imaginaire de l'architecte Alexandre Vosco, né à Riga en Lettonie avec le siècle et établi à Paris après la défaite des armées blanches (militaires ayant combattu le pouvoir bolchévique en Russie de 1918 à 1922). Le livre se présente comme une enquête sur la vie de cet architecte que le narrateur rencontre à la fin des années 1980, lorsque le rideau de fer séparant l'URSS de l'Occident se fissure. Effectuée au gré de découvertes et de rencontres, sur une toile de fond contemporaine qui renvoie à l'expérience de la "quatrième vague d'émigration", celle qui quitte la Russie dans les années 1990-2000, cette enquête constitue aussi une réflexion sur la création littéraire. Cette tentative d'investigation quasi archéologique s'accompagne d'une appropriation progressive du passé par un ex-soviétique en quête d'une mémoire historique effacée dans son pays. En effet, Alexandre Vosco a traversé les deux guerres mondiales, il est également dépositaire de l'expérience de l'exil, expérience mise en abyme par son long séjour en Argentine. Si, ayant émigré, il n'a pas vécu la terreur stalinienne en Union soviétique, cette page de l'histoire sera en revanche visitée à travers l'histoire de son meilleur ami, Vladimir Grave, retrouvé par hasard sur le vapeur qui voguait vers l'Argentine en 1950. Vladimir Grave, lui, a vécu le cauchemar des années trente en URSS. Il a également été témoin des exactions commises par les Soviétiques comme par les nazis. Sa fille est morte de faim pendant le blocus de Leningrad. Un des héros de ce livre est, sans conteste, l'architecture contemporaine, qui, par le biais de superbes métaphores, permet de mieux comprendre le monde. Nourri de réflexions sur l'histoire et la mémoire (Walter Benjamin, Hannah Arendt), et de l'héritage littéraire européen, ce roman original et envoûtant répond à la carence de mémoire dont souffre la culture russe contemporaine. Il est aussi, pour le lecteur français, un plongeon dans l'atmosphère parfois oubliée de la France de la fin des années 80 et des années 90, décrite avec humour et dans un style irréprochable.
Qu'y a-t-il de commun entre le naufrage du Titanic, un singe en jupe rouge, la pyramide de Cestius à Rome et une tentative de république dans une ville cossue de Russie en 1918 ? Eh bien c'est la poésie et toute la culture européenne qu'Alexeï Makouchinski interpelle et combine avec ses réflexions et ses souvenirs personnels pour en faire des récits denses et originaux, dans le style particulier qui lui a valu les plus prestigieuses récompenses en Russie ("Russkaïa Premia" en 2014 pour Un bateau pour l'Argentine).
Le thème de la décadence est souvent présenté comme central dans l'oeuvre cinématographique de Visconti. Vincent Petitet prend le contre-pied de cette idée - qui est peut-être bien une idée reçue - préférant insister sur l'effervescence des pulsions et la sensualité des épidermes. Il brosse ainsi le portrait de Visconti en infatigable chasseur qui observe, traque, tranche et prélève ce qui satisfait ses visions d'artiste. Ses acteurs n'en ressortent pas indemnes, dressés au génie ou condamnés à la disparition.
Cette nouvelle étant moins connue que les oeuvres théâtrales de Tchekhov, le texte original sera inclus dans cette édition. LE LIVRE Il s'agit d'une adaptation en roman graphique d'une nouvelle de Tchekhov intitulée Le Moine noir. Dans ce récit, le personnage d'Andreï Kovrine, un intellectuel russe éminemment brillant, surmené et à bout de nerfs, décide de passer l'été à la campagne, chez des amis de longue date : un homme, qui a beaucoup d'affection pour lui et le considère comme son fils, et sa fille. Ils ont une très haute estime de Kovrine et l'admirent énormément. Dans le jardin de la propriété, il commence à voir apparaître régulièrement la figure fantomatique d'un moine noir qui commence à hanter ses jours et ses nuits jusqu'à le faire sombrer dans la folie. Pour Anton Tchekhov, il s'agit là de représenter la " manie des grandeurs ", comme il l'explique lui-même, et d'ouvrir la reflexion sur l'intelligence et le bonheur, sur la condition des personnes considérées comme des génies. Le moine noir symboliserait ainsi la tentation de l'orgeuil, entrainant la perte de Kovrine qui y cède et semant le malheur dans son entourage. Mikkel Ørsted Sauzet a choisi de replacer cette histoire au sein d'une société moderne hyper connectée au sein de laquelle le moine noir se matérialise comme un assistant virtuel, " la première intelligence artificielle qui te connait mieux que toi-même ". Une application de téléphone mobile qui semble avoir le pouvoir de redonner la vue à des personnages privés de visage. Cela confère à cette nouvelle un inquiétant réalisme, elle perd presque son aspect fantastique qui la tenait à distance, ce qui la rend plus angoissante. Dans ce monde, qui n'est pas si éloigné du notre, où la technologie règne en maître et où l'humain semble avoir perdu du terrain, la réflexion initiée par Tchekhov autour de l'intelligence, de la folie et de l'ego semble avoir une place toute trouvée. L'atmosphère étouffante et sombre d'une période de canicule en l'an 2048 est renforcée par les dessins de Mikkel Ørsted Sauzet, qui (comme pour son album Fétiche) travaille exclusivement au stylo bic, une technique originale donnant une force incroyable à son oeuvre. Cette nouvelle étant moins connue que les oeuvres théâtrales de Tchekhov, le texte original sera inclus dans cette édition.
Orsted Sauzet Mikkel ; Tchekhov Anton ; Zagoulaïef
Ennemis est l'adaptation d'une nouvelle de Tchekhov parue en 1887. Dans la nouvelle de l'écrivain russe, le docteur Kirilov vient de perdre son fils de huit ans quand un homme sonne à sa porte et lui demande de le suivre immédiatement, afin de porter secours à sa femme. Il insiste tant et tant que Kirilov finit par accepter, mais c'est pour s'apercevoir, une fois arrivé chez son riche solliciteur, que la " mourante " a disparu. Tout cela n'était qu'une mise en scène pour éloigner son mari et lui permettre de s'enfuir avec son amant... Le vaudeville heurte le tragique. Si Mikkel Orsted Sauzet suit cette trame narrative, il situe l'histoire dans un futur indéterminé où les rapports sociaux se sont encore durcis et les inégalités creusées. Son roman graphique illustre la réplique du docteur Kiritov au mari trompé : " Vous vous êtes habitué à ne considérer les médecins et tous les travailleurs en général, dont les personnes ne dégagent aucun parfum délicat, que comme des êtres inférieurs ". Le parallèle avec l'époque contemporaine, où les " travailleurs essentiels " mobilisés pour faire face à la pandémie sont peu considérés, est évident. Tchekhov a-t-il jamais été aussi actuel ? Mikkel Orsted Sauzet semble penser que non.
Eté 1966. Bob Dylan entre en dissidence de sa propre dissidence en refusant d'être le guide de sa génération. Vivant jusqu'alors en roue libre — Like a Rolling Stone — l'artiste, ébloui par le soleil d'un petit matin neuf à Woodstock, après trois nuits passées sans sommeil, zigzague sur sa moto et chute sur l'asphalte déjà tiède. Blessé aux cervicales, le chanteur est hospitalisé. Bientôt sevré de la drogue, il se met au vert dans les environs de New York, à Byrdcliffe. Donné pour mort, absent médiatiquement, cherchant à tout prix à fuir la célébrité pour honorer son mariage et devenir un bon père, Bob Dylan amplifie malgré lui sa légende. Nicolas Comment suit à la trace cet homme de vingt-sept ans en lutte contre son double. Au fil des pages, passent d'autres garçons sauvages, tels Brian Jones, Allen Ginsberg, The Band, Jimi Hendrix, ainsi que les silhouettes élancées de quelques femmes d'exception : Edie Sedgwick, Sally Grossman, et surtout, la "Dame aux yeux tristes des basses terres" de Blonde On Blonde : Sara. Pour elle, pour ses enfants, Dylan tente d'échapper à la "Société du Spectacle" au moment où il en devient un des mythes, par son absence même.
Je vous prie de me faire la faveur de publier Le Verdict en un petit volume autonome. Le Verdict, auquel je tiens tout particulièrement, est certes très court, mais il relève plus du poème que du récit, il a besoin d'espace dégagé autour de lui et il ne serait pas indigne qu'il l'obtienne". Franz Kafka Lettre à son éditeur Ecrit d'une seule traite dans la nuit du 22 au 23 septembre 1912, Le Verdict est le texte fondateur de Kafka. Jean-Philippe Toussaint en propose ici une nouvelle traduction.
Ce roman pulvérise toutes nos attentes, Maria Stepanova s'y révèle être une véritable artiste". Berliner Zeitung M. est écrivaine. Quelques années plus tôt, son pays a déclaré la guerre à l'un de ses voisins. Désormais en exil, elle s'applique à recréer un nouveau chez-soi, tout en se sentant peu à peu coupée de sa langue : celle qu'elle a parlée toute sa vie, dans laquelle elle a écrit ses livres, celle dont elle tente, aujourd'hui, de se détacher. Alors qu'elle se trouve dans un train en partance pour un festival littéraire à l'étranger, une grève perturbe le programme. Le voyage s'achève dans un village perdu où M. ne connaît personne et son téléphone portable est déchargé. Et si, comme par magie, elle disparaissait ? L'Art de disparaître est un grand roman sur l'exil, la perte de repères et le réenchantement du quotidien par l'écriture. Traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard
Une découverte aussi impressionnante que glaçante. S'appuyant sur des faits historiques réels, porté par le rythme haletant d'une écriture expiatoire, un premier roman stupéfiant, qui dévoile le passé fasciste de la Hongrie et éclaire les montées de l'extrême droite en Europe. Jusqu'ici, Renner était un petit patron d'usine à Budapest. Profitant de son statut de notable, il avait réussi à se soustraire à ses obligations militaires. Mais nous sommes en 1944. Les nazis ont laissé la ville aux mains des miliciens des Croix-Fléchées. Ces derniers, ivres de violence et assoiffés de pouvoir, jurent de rendre la Hongrie aux Hongrois. Or Renner est marié à une Juive. Et il a caché de nombreux Juifs de son personnel. La torture et la mort l'attendent. Sauf que Renner possède un bien précieux dont les miliciens ont grand besoin : son camion. Commence alors pour Renner, étroitement surveillé par son geôlier Robi, un atroce périple au coeur de la capitale exsangue, un chemin de croix morbide sur les traces des corps martyrisés des victimes des Croix-Fléchées.