Ernesto Mächler Tobar, professeur à l'université d'Amiens, propose un ensemble des littératures colombiennes dans leur très grande diversité. Il y a bien sûr les écrivains de langue espagnole qui s'inscrivent dans la tradition du roman latino-américain, même si les écrivains contemporains s'affirment avec d'autres thèmes que ceux illustrés en son temps par le prix Nobel Gabriel Garda Marquez qui reste l'arbre qui cache la forêt. Ernesto Mächler Tobar a tenu à rendre compte en outre des autres littératures très vivantes en Colombie. Tout d'abord la littérature indienne, héritière des langues et traditions autochtones, et la littérature afro-colombienne écrite par les descendants des anciens esclaves d'origine africaine, très nombreux dans cette région d'Amérique latine (Colombie, Equateur, Pérou). Ce dossier fait découvrir une réalité littéraire très différente de celle déjà connue des lecteurs français. Les Rencontres de Chaminadour à Guéret, organisées par Hugues Bachelot, sont devenues un événement important de la vie littéraire en France. Siècle 21 en est partenaire. En septembre 2015, les dixièmes rencontres étaient consacrées à l'oeuvre de Claude Simon, prix Nobel de littérature. Le dossier, préfacé par Marie-Claudette Kirpalani, comprend trois interventions d'universitaires qui jettent un regard neuf sur l'oeuvre de l'auteur de La Route des Flandres. Alastair B. Duncan a dirigé la publication des deux volumes de la "Bibliothèque de la Pléiade" consacrés à Claude Simon. Dominique Viart est professeur à l'université de Paris-Ouest. David Zemmour est professeur de classes préparatoires à Paris. Le dossier comprend aussi deux lettres inédites de Claude Simon à Marie-Claudette Kirpalani. Le dossier thématique propose un ensemble de textes consacrés au corps : corps dévoyés, corps meurtris, corps exaltés, corps souffrants, réalité physique de l'humaine condition. Des poèmes et des proses traduits de toutes les langues. Sous le titre Asphalte jungle, les affiches déchirées des murs de nos villes nous renvoient une image troublante de notre société. Des photographies de Michel Dambrine.
Beaucoup des observations de géographie humaine d'Elisée Reclus constituent de véritables approches ethnologiques. Il avait établi un triangle de base pour expliquer la réalité d'une nation : la relation étroite entre l'histoire, la sociologie et l'anthropologie. L'intérêt qu'il manifeste pour autrui n'est pas très loin de celui de l'anarchiste pour son compagnon et sa situation : il faut bien comprendre la complexité du problème avant d'agir.
La Guerre Civile (1936-1939) a créé un profond déchirement en Espagne, et cette plaie ne s'est jamais cicatrisée. Outre les considérables pertes humaines, l'exil de tant de résistants constitue certainement une partie non négligeable de cette horreur. S'il existe bien un exil intérieur ? des citoyens décidés à rester dans leur pays à leurs risques et périls ?, moult républicains et leurs familles furent contraints de partir au loin pendant la guerre, et bien des années après, se virent obligés d'errer à la recherche d'une terre d'accueil. L'Amérique, qui a tant de points en commun avec l'Espagne, reçut avec solidarité de nombreux exilés et leur permit de se refaire une existence moins douloureuse, puis de se construire un avenir.
Avec la participation d'Edgardo Rodríguez Juliá (écrivain, Puerto Rico) - Jean-Pierre Clément (Université de Paris Sorbonne) - Jean-Paul Duviols (Université de Paris IV) - Ernesto Mächler Tobar (UPJV / CEHA) - Jean-Philippe Barnabé (UPJV / CEHA) - Angela Pérez Mejía (Biblioteca Luis Angel Arango, Bogotá) - Marita Caballero (Universidad de Sevilla) - Adriana Méndez Rodenas (University of Iowa) - Roberto Ignacio Díaz (University of Southern Caifornia, USA) - Claire-Emilie Martin (California State University, Long Beach, USA)- Carmen Vásquez (UPJV/CEHA) - Alberto Castrillón Aldana (Universidad Nacional de Colombia, Medellín) - Pablo Montoya (Universidad de Antioquia) - Porfirio Mamani Macedo (UPJV / CEHA) - Daniel-Henri Pageaux (Université de Paris III) - Erwan Dianteill (EHSS) - François Delprat (Université de la Sorbonne Nouvelle/ Paris III)
Une erreur historique (géographique ?) a apposé l'étiquette Indiens aux gens qui peuplaient l'Amérique avant l'arrivée de Christophe Colomb et de ses hommes. Une immense variété d'ethnies se trouve ainsi mélangée dans le même creuset, dépourvue de son identité, ses différences et ses particularités. Effective façon de les nier... Au choc militaire s'ajouta le choc de cultures. Et cela jusqu'à nos jours, où chaque cadre de données statistiques nous offre une version différente de la quantité et du pourcentage d'Indiens pour les divers pays. L'histoire de l'Indien est celle que l'homme blanc a voulu établir et écrire, avec la méconnaissance totale d'Autrui que caractérise les vainqueurs. Du " sauvage non-civilisé " au " bon sauvage ", en passant par " le bon Indien est l'Indien mort ", les réflexions ne se sont jamais arrêtées. [...] L'axe de travail pour comprendre le choc des cultures propose l'étude de deux romans, tous deux à forte évocation poétique : Los rios profundos, [les fleuves profonds] du Péruvien José Maria Arguedas (1911-1969) et Balún-Canán de la Mexicaine Rosario Castellanos (1925-1974), disparus l'un comme l'autre prématurément de façon tragique.
Chiens, lièvres, coqs de bruyère, abeilles et hiboux... les animaux qui peuplent les livres de Mario Rigoni Stern sont ici regroupés dans un ouvrage en leur honneur. S'ils sont parfois des compagnons de l'homme, ce sont surtout des êtres doués de raison et de sensibilité, de noblesse même. Tels sont Alba et Franco, les deux inséparables chiens de chasse ou l'ânesse Giorgia qui pleure de grosses larmes sur sa jeunesse enfuie. En composant ce bestiaire, Mario Rigoni Stern se révèle avant tout un ami de la nature et des animaux.
Schizogramme : n.m., de schizein, couper, et graphein, écrire. Néologisme créé en 2022 par l'auteur, désignant un écrit sur la schizophrénie. En l'occurrence, la vingtaine de schizogrammes composant ce recueil évoquent ici une tranche de vie, là un destin, ailleurs la folie douce de l'institution psychiatrique. Vingt occasions de s'émerveiller face aux trouvailles du délire, de s'émouvoir des détresses qu'organise la psychose, de pointer l'étonnante contagiosité de la folie. Ces vignettes sont à lire comme des fictions vraies. Ces évocations d'hurluberlus sont aussi l'occasion de contrecarrer la peur du fou. A la construction médiatique du " schizophrène dangereux " s'opposent ici des figures de malades vulnérables, saugrenus, poétiques.
Je voudrais dire merci à ma mauvaise "mémoire, à ma neurasthénie, à ma cafetière, à ma fenêtre et à mon lit sans qui tout ceci n'aurait pas été possible. Merci à mon enfance, à la mort coquine et aux matins ventrus. Aux grands-mères et aux animaux de compagnie, aux clopes et aux vins, à Shakespeare, à l'automne et aux trains."
Les arbres de Mario Rigoni Stern ont la même beauté austère que les personnages de ses livres. Il n'en parle pas seulement comme un botaniste nourri de culture classique qui connaît toutes les vertus des arbres et de leurs fruits : il accroche aussi à leurs branches comme les boules d'un sapin de Noël, souvenirs d'enfance et de guerre, histoire de cet Altipiano au climat rude dont il est originaire. «... et si, à la fin, j'ai réussi à vous communiquer un peu de mon amour des arbres, j'aurai le coeur plus léger».