Extrait Tu me dis que tu n'as pas de pays, pas de patrie, pas de religion, que tu n'as pas eu vraiment de soeurs, même si vous étiez cinq, que tu n'as pas eu de parents malgré leur présence, pas connu l'amour, pas connu la norme, que tu es née prématurée, déjà en marge, déjà un monstre, ta mère te l'a répété, un petit monstre d'un kilo deux qu'elle devait emballer de ouate comme une cultivatrice aurait couvé de terre un oignon pour qu'il pousse. De toi on attendait encore le développement des ongles, la croissance des lobes d'oreilles et la percée de quelques cheveux. Et puis ta mère devait t'emmener à l'hôpital pour des séances d'ultraviolets, t'asséner ta dose de soleil pesé et c'est à cause de toi qu'à force de séances à te tenir contre elle, elle a eu le cou grillé, rouge, la gorge d'un dindon. Alors nous étions deux monstres, dit ta mère. Alors je culpabilisais déjà, me dis-tu. Mais les lobes d'oreilles ça pousse, les ongles ça se profile, les cheveux ça pointe, même à Bagnolet, dans un immeuble à Bagnolet avec une grande soeur aux yeux jaloux et un petit corps qui atteint bientôt deux kilos, oui, tout pousse, et en toi pousse un sang sauvage qui n'aura de cesse de s'affirmer dans la violence des jours qui feront ton enfance. Ton père était flic dans le Jura suisse. Il aurait préféré être révolutionnaire. Il avait une femme institutrice de quinze ans son aînée que ses grandes soeurs lui avaient trouvée à marier. Il voulait des enfants et sa femme n'en voulait pas, elle craignait d'être déformée. Le jour où il rencontre ta mère, ton père découvre une échappée, il suit la lascive femme fortunée et fait une brèche dans sa vie toute tracée. Ta mère est une héritière de la famille M, la célèbre horlogerie de luxe dont les grandes lettres blanches se reflètent par beau temps sur les eaux du Léman. Elle est aussi une orpheline. Elle perd sa mère lorsqu'elle a un an et son père l'envoie dans un pensionnat à Vienne tenu par des bonnes soeurs. Elle grandit loin des siens dans cette couveuse en forme de cloître, bardée de croix et résonnante de messes. Les jeunes filles y poussent dans le désert de l'affection. En suivant ton père hors mariage, ta mère sort du bon cours qu'exige sa classe de haute bourgeoise, elle quitte définitivement ses soeurs bien mariées, son vieux père lointain, ses frères vus en photo seulement et ses tantes aux discours louables.
Nombre de pages
162
Date de parution
30/08/2012
Poids
232g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782715232822
Titre
Les lignes de ta paume
Auteur
Loup Douna
Editeur
MERCURE DE FRAN
Largeur
140
Poids
232
Date de parution
20120830
Nombre de pages
162,00 €
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