La cause semble entendue : la tragédie grecque est politique. Elle énonce ce que la Cité entend dire sur elle-même. Mais que l'historien ne s'arrête plus au seul discours, qu'il prête attention à la voix qui s'élève, celle du chant de deuil et de l'oratorio, et la tragédie se révèle sous un autre jour - celui de l'antipolitique.Si à l'Assemblée l'emporte ce qui rassemble et unit les citoyens, le théâtre, au contraire, ne cesse de rappeler que le politique est conflictuel, que, sous l'oubli par la Cité de ses divisions amnistiées, demeure le conflit des valeurs, la différence des comportements - ce que toujours illustrent les femmes, puisqu'elles seules, non-citoyennes, portent le deuil de ceux dont la Cité veut oublier la mort. La tragédie est donc le «lien de division», ce qui, au-delà des siècles, nous fait souvenir encore que, plus sûrement que le consensus, le conflit génère l'unité.Peut-être parce qu'au théâtre, sur la Pnyx, loin de l'Acropole, les Grecs se découvraient spectateurs et non plus citoyens. Et que le secret de la tragédie grecque est de dire qu'au-delà de leur appartenance civique à la communauté politique, les spectateurs irrémédiablement appartiennent à la race des mortels.Réflexion en profondeur sur la tragédie grecque, mobilisant toutes les formes possibles d'analyse, cet ouvrage, à la confluence de tous les travaux antérieurs de l'auteur, en est le couronnement.
Nombre de pages
185
Date de parution
01/09/2001
Poids
236g
Largeur
139mm
Plus d'informations
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EAN
9782070731701
Titre
LA VOIX ENDEUILLEE. Essai sur la tragédie grecque
Auteur
Loraux Nicole
Editeur
GALLIMARD
Largeur
139
Poids
236
Date de parution
20010901
Nombre de pages
185,00 €
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Résumé : En 404 avant J.-C., Athènes se déchire dans une guerre civile. Un an plus tard, en 403, la démocratie est restaurée. Les démocrates font alors le serment que personne ne devra revenir sur le passé, rappeler les morts, les violences de la guerre. Bref, il est demandé à tous les citoyens d'oublier la division de la cité. Faudrait-il donc oublier pour se réconcilier et former une nation unie ? Quel est le bon usage de la mémoire ? Et que voulaient réellement oublier les Athéniens ?
Comme à l'opéra, où les personnages chantent encore pour raconter leur mort, les acteurs de la tragédie grecque récitent - la mort des femmes. Héroïnes, elles ont leurs propres manières de mourir-qu'elles se suicident par la corde comme les épouses ou que, telles les vierges, elles soient sacrifiées. Il arrive même qu'elles volent leur mort aux glorieux combattants transpercés par le glaive. C'est ainsi que, dans ces Façons tragiques, se dessinent les voies anciennes pour imaginer et penser le corps de la femme. Avec l'inquiétante étrangeté de son titre, ce livre est essentiel pour comprendre l'univers imaginaire de la Grèce antique.
D'abord, les historiens crurent au "miracle grec", mirage d'une civilisation de lumière crue, de philosophie abstraite, de figuration géométrique. Puis ils découvrirent une Grèce contrastée, travaillée par la polarité, par les oppositions de la culture et de la nature, de la Cité et de la barbarie, de l'homme-citoyen et de la femme mineure. Vient aujourd'hui, avec Nicole Loraux, l'heure d'une Grèce troublée, en demi-teinte, où ne préside plus seulement l'exclusion, mais où agissent l'échange et l'ambivalence. Car il ne suffit pas d'écouter le discours officiel de la Cité sur le héros viril, sans corps ni reproches, prêt à mourir superbement pour la communauté des citoyens. Il faut entendre ce que dit l'épopée, qui, depuis Homère, forme les esprits et éduque la jeunesse avec des représentations concurrentes. Ici, l'identité de l'homme ne s'oppose plus à celle de la femme, elle y puise : le guerrier est plus viril d'abriter en soi la féminité, le héros est plus valeureux d'avoir un jour, tel Achille, eu peur et pleuré. Il n'est bientôt jusqu'à la philosophie qui ne fasse, avec Platon, la part de la femme dans l'homme, puisqu'il faut bien accoucher de la vérité ou triompher, dans la contemplation du Bien, des affolements de l'âme. A cette fascination de la Grèce pour l'Autre féminin, la Cité mit toujours bon ordre, réduisant le mixte de l'homme et l'emprunt fait à la femme par le rejet, l'oubli et la représentation abstraite et sans faille de ses figures éponymes : le guerrier, le citoyen, le philosophe...
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.