C'est par la traduction qu'en fait Pierre Coste que l'Essay concerning human understanding de John Locke se fait connaître en France. Voltaire y voit l'oeuvre d'un sage qui, après tant de raisonneurs qui ont fait le roman de l'âme, vient en faire modestement l'histoire. Modestement, certes. L'ouvrage n'en est pas moins polémique pour autant. Il s'agit en effet d'un débat chaudement engagé avec plusieurs adversaires à la fois : les innéistes, les Enthousiastes, Hobbes aussi (mais sotto voce), et même avec ceux dont il s'inspire pourtant : Aristote et Descartes. C'est le contexte de ces débats que cette édition s'efforce de recréer. La traduction de Coste y contribue beaucoup. Elle situe cet ouvrage résolument dans la mêlée, non seulement par les annotations qu'y apporte ce traducteur, mais aussi par le fait qu'on y retrouve, dans un français classique qui répond à l'anglais tout aussi classique de Locke, toute la force de l'argumentation, toute l'éloquence des plaidoyers : la précision du langage philosophique et la fidélité à l'original y sont manifestes. Locke en aura d'ailleurs eu lecture au fur et à mesure qu'elle avançait, et l'aura approuvée. Les annotations qui y sont apportées aujourd'hui visent à la rendre accessible au plus vaste public possible : étudiants autant que spécialistes. Elles tentent également d'apporter quelque éclairage sur ce que Coste estimait sans doute aller de soi et qu'il pouvait donc se permettre de passer sous silence, aussi bien que sur ce qu'il n'aurait pu anticiper : les prolongements éventuels de la doctrine de Locke chez ses successeurs et ses répercussions auprès de ses critiques plus lointains.
Publiés sans nom d'auteur en octobre 1689, les Deux traités du gouvernement de John Locke ont très tôt acquis le statut d'un classique de la pensée politique ; dans une lettre à son ami William Molyneux, puis, à nouveau, dans une note destinée à servir de plan d'éducation pour un jeune gentleman, Locke lui-même les range aux côtés de la Politique d'Aristote et des Laws ecclesiastical polity de Richard Hooker parmi les livres qu'il convient de connaître pour s'initier aux mystères du gouvernement et de la propriété. Locke n'en reconnaîtra explicitement la paternité que dans un codicille à son testament daté du 15 septembre 1704, un peu plus d'un mois avant sa mort. La raison de cet anonymat est difficile à percer, mais on peut conjecturer que, même après le triomphe de la Glorieuse Révolution, la prudence devait inciter Locke à ne pas avouer un écrit qui, en cas de restauration des Stuarts, pouvait devenir un danger pour son auteur. Trois siècles plus tard, les Traités suscitent toujours des interprétations divergentes.
Résumé : Les écrits sur la monnaie de John Locke ont été publiés à la fin du XVIIe siècle, à une époque de bouleversements politiques et économiques, où l'on se détachait peu à peu des pratiques et des habitudes de pensée héritées du Moyen Âge. Textes de circonstances, souvent polémiques, ils jettent aussi les bases, avant Adam Smith, d'une science économique naissante. Souvent cités, ils ont été peu traduits. Cette première traduction intégrale en français du recueil de 1696 permettra à chacun - philosophe, économiste, historien - de les redécouvrir, en approchant au plus près du texte original.
Darwin Charles ; Tort Patrick ; Bernard Christiane
Patrick Tortavec la collaboration deClaude RouquetteUN VOILIER NOMMÉ DÉSIRUn coeur à marée hauteAu cours de la première quinzaine du mois d'août 1831, tandis que le jeune Charles Darwin, âgé d'un peu plus de 22 ans, fraîchement diplômé de Cambridge et converti à la géologie par son cher et respecté maître et ami John Stevens Henslow (1796-1861), se livrait à des études de terrain dans le nord du pays de Galles en compagnie d'un autre professeur de la même université, Adam Sedgwick (1785-1873) - ou bien l'avait déjà quitté pour rejoindre des camarades à Barmouth -, une lettre, écrite par un certain George Peacock (1791-1858), proche de ce dernier et mathématicien influent, parvint à Henslow. L'offre qu'elle contenait devait jouer dans la vie et la carrière de Darwin un rôle absolument décisif:George Peacock à J.S. Henslow [samedi 6 ou samedi 13 août 1831]Mon cher HenslowLe Capitaine Fitz Roy est sur le point de partir pour effectuer les relevés de la côte méridionale de la Terre de Feu, visiter ensuite de nombreuses îles de la Mer du Sud & revenir par l'Archipel indien: le vaisseau est équipé expressément à des fins scientifiques, combinées avec le relevé [,]: il fournira donc une occasion rare pour un naturaliste et ce serait un grand malheur si elle devait être perdue:On m'a proposé de recommander une personne appropriée pour partir à titre de naturaliste avec cette expédition; elle sera traitée avec tous les égards; le Capitaine est un jeune homme aux manières très avenantes (un neveu du duc de Grafton), d'un grand zèle dans sa profession et dont on parle avec une très haute estime; si Léonard Jenyns pouvait partir, quels trésors il pourrait rapporter avec lui à son retour, étant donné que le navire serait mis à sa disposition chaque fois que ses recherches le rendrait nécessaire ou souhaitable; faute d'un naturaliste aussi accompli, est-il une personne que vous pourriez recommander fortement: une personne d'une qualité telle qu'elle ferait honneur à notre recommandationRéfléchissez-y: ce serait une perte grave pour la cause de la science naturelle si cette belle occasion était perdue Le navire appareille vers la fin de septembre].Pauvre Ramsay! Quelle perte pour nous tous et particulièrement pour vousÉcrivez-moi immédiatement et dites-moi ce que l'on peut faire Croyez-moi | Mon cher Henslow | Très sincèrement vôtre | George Peacock.7, Suffolk Street | Pall Mall East[P.S.]Mon cher HenslowJ'ai écrit cette lettre samedi, mais c'était trop tard pour la Poste: Quelle magnifique occasion ce serait de former des collections pour nos musées: écrivez-moi immédiatement et veillez à ce que cette occasion ne soit pas perdueCroyez-moi | Mon cher Henslow | Très sincèrement vôtre |Geo Peacock 7, Suffolk St. |Lundi