Poursuivant l'exploration de l'?uvre dramatique de Hanokh Levin, figure majeure de la scène israélienne contemporaine, ce volume rassemble trois pièces choisies pour la diversité de leur écriture et l'intérêt de leur thématique. Le Soldat ventre-creux, variation sur le thème d'Amphitryon... sans Amphitryon Après Plaute, Molière et d'autres, Levin revisite le personnage de Sosie pour poser la question de l'identité volée, bafouée, revendiquée. Dans un style tour à tour grotesque, tragique et finalement lyrique, il tisse une fable sur la guerre, sur l'identité confisquée et sur cette obstination qui résiste, envers et contre tout, à la raison du plus fort. Funérailles d'hiver, conte cruel et fantastique où deux familles, voulant fuir une mauvaise nouvelle pour sauver un événement joyeux, se dévoilent dans leur égoïsme le plus féroce. Au fil de situations de plus en plus burlesques, Levin dépeint l'horreur d'une société prête à enjamber des cadavres pour atteindre un but finalement dérisoire. Sur les valises, l'une des pièces les plus mélancoliques de Levin, déroule la vie de tout un quartier, dont les habitants ne supportent plus la petitesse de leur existence. Comédie chorale où le désir d'autre chose ne peut se concrétiser que par une valise que l'on fait et que l'on défait... jusqu'au jour où l'on se retrouve emballé dans son linceul. Qu'il situe l'action dans le microcosme de la famille ou du quartier, à Tel-Aviv ou dans un ailleurs géographique improbable, dans un espace abstrait ou symbolique, Levin invente une forme de tragi-comédie moderne, mélange de provocation, d'humour et de poésie, mais aussi de cruauté et de compassion pour le genre humain. Un théâtre qui parle du monde d'aujourd'hui, à la manière d'aujourd'hui.
Poursuivant leur exploration de l'oeuvre de Hanokh Levin, les éditions Théâtrales proposent trois nouvelles pièces en français du grand dramaturge israélien: l'une de ses toutes premières, et ses deux dernières écrites alors qu'il se savait malade. Dans ce volume, la mort côtoie le rire, l'héroïque dialogue avec le prosaïque, le trivial se mêle au sublime. Vie et mort de H, pique-assiette et souffre-douleur, comédie loufoque en deux actes avec un mariage presque réussi et un suicide presque raté. Requiem, inspiré de trois nouvelles de Tchekhov, narre l'histoire d'un fabricant de cercueils qui enterre sa femme, d'une jeune mère qui refuse de pleurer la mort de son enfant, et d'un cocher qui porte le deuil de son fils mais n'a d'autre confident que son cheval. Les Pleurnicheurs, tragicomédie où deux agonisants et un vieillard sénile partagent un même lit dans un hôpital de Calcutta. Afin de les distraire et d'alléger leurs souffrances, l'équipe médicale joue pour eux un spectacle inspiré d'Agamemnon d'Eschyle.
Les pièces rassemblées dans ce volume appartiennent à l'une des formes théâtrales de prédilection de Levin: la comédie. Elles décrivent le combat quotidien de petites gens. L'action se situe dans l'espace restreint de la maison ou du quartier, microcosme de la société toute entière. L'intrigue et le parcours des personnages reproduisent le cycle de la vie entre la naissance et la mort. Yaacobi et Leidental, à l'humour ravageur, propose un spectacle de cabaret métaphysique, avec musique et chanson. Kroum l'Ectoplasme rentre au pays. Il n'a rien vu, rien appris, rien vécu, mais revient avec la conviction que les humains sont définitivement classables en deux catégories: ceux qui savent profiter de la vie et ceux qui en sont incapables. Une Laborieuse Entreprise: après trente ans de vie commune, Yona Popokh décide de quitter sa femme. Il prend cependant soin de dresser un constat d'échec lucide et d'un humour cinglant. Prématurément disparu en août 1999, Hanokh Levin laisse derrière lui plus de 50 pièces dont 28 ont été représentées dans les plus importants théâtres en Israël. Son oeuvre est traduite dans le monde entier. Qu'il soit ancré dans la réalité quotidienne, qu'il s'inspire de la mythologie ou qu'il revête la forme du drame épique, son théâtre s'interroge sur la finalité d'une existence fondamentalement vouée à l'échec.
Popper (1976) est un drame conjugal ayant pour point de départ un doigt dans le nez. Alors que Shvartziska se cure le nez, son mari, Shvartz, entre. A peine a-t-elle le temps de retirer son doigt que, pour des raisons obscures, son mari souhaite absolument l'embrasser. Shvartziska refuse ; Shvartz, qui ignore la raison de son refus, s'en offusque. Le soir, paniquée, Shvartziska demande conseil à Popper, le meilleur ami du couple. Lorsqu'il l'apprend, Shvartz enrage de savoir Popper, ce célibataire malheureux, au courant de leur intimité. Ce qui n'était qu'une colère devient une obsession. Qui sera la première victime de l'hystérie de Shvartz ? Dans Popper, archétype des comédies absurdes de Levin, l'auteur alterne dialogues courts et tirades, mêle le burlesque aux mots d'esprit, l'humour au tragique. Il ajoute même de la fantaisie avec des chansons de variété. Voici une pièce d'Hanokh Levin, mariage de la comédie et du drame, où les personnages, qu'ils soient amants, amis, amoureux, s'ennuient avec gaieté, pleurent en riant, se haïssent en chantant.
Ce recueil rassemble des textes courts et des chansons que Hanokh Levin a écrits tout au long de sa vie pour ses cabarets satiriques.Ces sketches nous emportent dans le tourbillon survolté d'une désillusion jubilatoire, toujours plus loin dans l'irrévérence décalée. S'y succèdent des personnages qui peinent à appréhender la vie, aussi bien dans les situations simples du quotidien que face aux grandes questions politiques. Lorsqu'il traite des petites choses de l'existence, Levin cisèle chaque sketch en fable sur la condition humaine. Lorsqu'il s'inquiète du devenir de son pays, il renvoie l'image féroce d'une société séduite par le pire.L'écriture fulgurante de Levin atteint, dans ces formes courtes, une force et un humour rares. Comment ne pas nous reconnaître dans le miroir, terrible et drôle, que nous tend cet auteur à la voix si puissante et si humaine?
Jérôme Laronze, paysan éleveur, résistant aux injonctions de traçage sanitaire de ses bêtes au nom d'une agriculture humaine, est abattu par un gendarme au neuvième jour de sa cavale. En neuf mouvements comme neuf étapes d'un oratorio imprécatoire, sa soeur prend la parole et, dans un souffle, érige telle Antigone un monument à ce frère dont elle dénonce la mort. Les Deux sont des soeurs, la grande et la petite, coincées dans leur village désindustrialisé, vouées à un destin de victimes par un déterminisme social contre lequel seule la petite semble décidée à se battre. Par de courtes scènes aux dialogues épurés et saillants comme des uppercuts, l'auteur plonge dans cette France périphérique oubliée. Avec ces deux textes très différents, Guillaume Cayet poursuit sa recherche d'un théâtre de résistance. Il offre une partition quasi musicale pour une actrice, mais aussi une large distribution pour des troupes. Un théâtre à lire et à jouer pour rester debout.
Qui n'a jamais entendu le nom d'Antigone ? Celle qui se dresse contre l'injustice demeure plus que jamais une source d'inspiration et un modèle. Suzanne Lebeau s'est emparée de ce mythe pour le raconter à hauteur d'adolescente. Depuis la méprise fatale d'OEdipe, tuant son père et épousant sa mère, jusqu'à la révolte d'Antigone, refusant de laisser son frère sans tombeau et enfreignant l'interdit de son oncle Créon, elle redonne vie à cette histoire terrible et fascinante. Mêlant le récit du choeur aux voix de Créon et d'Antigone, la pièce dévoile toute la complexité des liens du sang et interroge : que doit-on suivre, la loi ou notre conscience ? Qu'est-ce que gagner veut dire ?
Des pluies diluviennes se sont abattues sur un petit village isolé. La vague de boue a éventré la salled'écriture, où des habitants se réunissaient pour recueillir les souvenirs; depuis l'exode de leurs enfants, ils avaient écrit leur histoire. Maintenant, tout est à refaire. Secondé par Danny-l'Enfant-Seul, l'unique enfant demeuré sur place, Samuel entreprend d'immortaliser l'?uvre de son groupe d'écrivains au moment même où ceux-ci s'apprêtent à l'abandonner. "Nos cultures et nos mémoires sont comparables à ces vieillards qui luttent contre une disparition inévitable. Un monde se meurt... De quoi sera fait le prochain?", interroge Michel Marc Bouchard. Un texte émouvant, une réflexion sur la mémoire et l'écriture, avec l'humour et la poésie que l'on connaît à l'auteur des Muses orphelines.
Jojo est un solo boy urbain. Dans une rue déserte, il traîne avec un ballon de foot crevé pendant que ses parents sont partis au soleil. Surgissent deux fées un peu déglinguées, Anita et sa vieille mère Jilette. Des fées comme dans les contes, mais désoeuvrées, au RMI (Revenu Magique d'Insertion). Anita confie au garçon la mémé qui perd la boule, mais cette dernière disparaît. Commence alors pour Jojo, parti à sa recherche, un parcours initiatique qui l'emmène de la grande forêt aux séances de désintoxication d'une clinique pour superhéros paumés (Batman, Billy Juan Poucet dit le P'tit...). Ces rencontres étonnantes le conduiront à la recherche de son identité.Avec une langue vive, un style d'aujourd'hui détournant le langage des jeunes, Stéphane Jaubertie aborde le thème de la connaissance de soi, du rapport aux autres et à la réalité. C'est touchant, drôle: un bonheur à lire et à jouer.