La victime détroussée par un voleur ou les témoins qui assistaient au délit se mettaient à hurler " haro ". Le crieur public, installé aux carrefours ou en tout autre lieu " accoustumé à faire cry ", introduisait à haute voix son information par " Oyé, bonnes gens, on vous fait savoir... " Les sujets du royaume de France qui assistaient à une entrée royale ou à 1a conclusion de la paix s'écriaient " Noël ". On pourrait sans peine allonger la liste de ces cris médiévaux régulateurs des liens sociaux. Le Moyen Âge était très bruyant et les cris, spontanés ou ritualisés, fréquents. Nous l'avions peut-être oublié. Cet ouvrage vient nous le rappeler. Résultat d'un véritable travail de groupe, les études rassemblée : dans ce volume visent à montrer que le cri, forme particulière de la parole représente, dans une société largement dominée par l'oralité, un " acte de langage ", une expression spécifique des sentiments et des émotions, un outil fréquent de l'interaction et un enjeu crucial dans les systèmes de communication. Ce que nous entendons aujourd'hui comme un cri est-il perçut comme tel au Moyen Âge ? Quels sont les mots qui signalent le cri ? Quel : sont les lieux, les temps, les groupes où cette parole bruyante et créatrice est souhaitée, autorisée, tolérée ou interdite ? Les auteurs insistent ainsi sur la forte présence du cri lors des rites de passage, politiques, guerriers sociaux et familiaux. Ils étudient également les crieurs, saisis dans leur ; pratiques : les cris des marchands ambulants qui résonnent et se répondent dans les rues ou ceux du crieur public, au rôle politique central. Pour le roi, le seigneur ou la ville, posséder le cri est en effet la manifestation de son pouvoir et de sa capacité à maîtriser l'espace. En contrepoint de ces études sur l'époque médiévale, la parole été donnée à une historienne de l'Antiquité et un historien du temps présent pour ouvrir ce travail novateur à d'autres périodes de l'histoire, afin de montrer que le cri relève aussi d'une construction culturelle variant dans l'espace et dans le temps.
Date de parution
01/12/2003
Poids
455g
Largeur
160mm
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EAN
9782859444969
Titre
HARO ! NOEL ! OYE !
ISBN
2859444963
Auteur
LETT
Editeur
PUB SORBONNE
Largeur
160
Poids
455
Date de parution
20031201
Disponibilité
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A Bologne, dans les registres de la justice pénale, entre 1343 et 1474, quatre-vingt-onze hommes sont accusés d'avoir abusé sexuellement de plus de cent trente enfants, garçons et filles. Ce livre analyse ces cas de pédocriminalité dans une optique de genre. Il dresse une sociologie des victimes puis des inculpés en s'attardant sur les sodomites, catégorie de pédocriminels en voie d'affirmation, s'intéresse ensuite à l'acte lui-même en intégrant l'extrême violence qui prend place avant le viol lui-même et les lourdes conséquences qui en découlent sur la victime, ses proches, la communauté, la morale, voire l'ensemble de la chrétienté, et enfin étudie les peines infligées aux coupables, de la difficile dénonciation du criminel à l'énonciation et à l'application de la sentence. En proposant une réflexion d'ensemble sur crimes, genre et châtiments, ce livre explore un sujet jamais traité auparavant par les médiévistes : le crime pédophile.
Au cours de l'été 1325, une commission d'enquête est envoyée par le pape Jean XXII dans cinq villes de la Marche d'Ancône. Pendant trois mois, elle recueille les témoignages d'hommes et de femmes sur les qualités extraordinaires et les miracles qu'aurait accomplis un ermite de Saint-Augustin, Nicolas de Tolentino (mort en 1305), en vue de sa canonisation. 371 dépositions ont été consignées dans un long procès-verbal dont nous avons conservé deux manuscrits. Cette "trace de l'histoire" est au centre de ce livre. L'objet n'est pas le saint, ni la sainteté, ni le culte, ni les croyances, mais une société produite par une source et par un historien. Afin de saisir cette réalité dynamique et mouvante, est adoptée ici une démarche pragmatique qui tente de concilier approche macro-historique et micro-historique. Elargissant d'abord la focale pour ne rien perdre du contexte de production, l'auteur montre comment on obtient une bulle autorisant l'ouverture d'un procès de canonisation et comment on fabrique un saint. Puis, se dirigeant progressivement vers la source, il s'interroge pour savoir comment elle a été produite et de quoi elle est composée. Enfin, la focale resserrée sur la seule réalité dont on dispose, il étudie minutieusement cette "société du procès" à partir de témoignages oraux consignés par écrit, en montrant comment les rapports sociaux s'inscrivent dans un espace donné et en dévoilant les procédés par lesquels s'exprime la domination sociale. Biographie de l'auteur Didier Lett est maître de conférences habilité en histoire médiévale à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
L'enfance médiévale a longtemps été négligée par les historiens. Didier Lett en propose une approche novatrice : s'appuyant en partie sur les récits de miracles des XIIe et XIIIe siècles - pour lesquels il utilise une grille de dépouillement informatisée -, il définit d'abord l'enfance à travers l'étude attentive de l'âge, du vocabulaire, des qualités et des rôles attribués aux enfants dans les récits. On découvre que tous les âges sont mis en scène, qu'une terminologie souvent précise existe et que la perception de l'enfance au Moyen Age est plurielle. L'auteur éclaire ensuite l'environnement affectif des enfants : il ne cherche pas à démontrer l'absence d'un sentiment " moderne " de l'enfance mais à étudier la nature du sentiment médiéval. Il nous livre alors de bouleversantes scènes de tendresse entre parents et enfants ou entre frères et s?urs. Enfin, les enfants sont observés dans un réseau hiérarchisé de familles : une famille spirituelle très valorisée par l'Eglise car fondée en dehors de toute relation charnelle, une famille biologique délimitée de plus en plus nettemment par un ensemble d'interdits et une famille " en miettes " (conséquence de la forte mortalité) qui, comme aujourd'hui, se recompose par remariage ou par transfert d'enfants.
Étude des diverses formes de compétition politique, des rivalités pour le trône, des luttes pour l'autonomie régionale, expliquées par l'analyse des moyens d'action de l'aristocratie, principal agent des troubles (implantations régionales, réseaux familiaux, solidarités militaires ou liens de service). Le clivage entre militaires et civils est remis en cause, alors que le poids des grands clans régionaux importe davantage : de véritables équipes alternent au pouvoir, les provinces leur restant fidèles tant que la protection impériale compense, aux yeux des populations, le versement de l'impôt.
Automne 1997 : une vingtaine d'historiens médiévistes allemands viennent en France dresser devant leurs collègues français un bilan de leurs recherches depuis trente ans. Un an plus tard, jour pour jour, les médiévistes français leur rendent leur visite pour se livrer en Allemagne au même exercice. Chaque délégation a choisi en toute indépendance les thèmes mis en avant comme étant les plus représentatifs des recherches menées actuellement dans les deux pays. Dans la fresque historiographique qui ouvre chaque partie de ce diptyque, comme dans la présentation des principaux programmes de recherche en cours - sur les structures sociales (l'oral et l'écrit, les rituels et la liturgie, la parenté, la différence des sexes), la culture matérielle (l'archéologie des palais princiers, l'occupation de l'espace, la production et les échanges), les croyances (la religion, la memoria, l'imaginaire), le politique (la royauté, les normes) -, les points de vue qui se découvrent sont suffisamment proches et différents à la fois pour permettre un dialogue authentique et enrichissant. Non seulement ce livre fournit une foule d'informations inédites sur les résultats des travaux entrepris depuis plusieurs dizaines d'années des deux côtés du Rhin, mais il montre comment les historiens des deux pays s'interrogent sur leur métier, sur leurs concepts et leurs méthodes. Il exprime le souci qu'ont les uns et les autres de l'historicité de leur discipline dans un long XXe siècle marqué par deux guerres franco-allemandes, la catastrophe du nazisme, la Guerre Froide et la chute du Mur, la construction européenne et l'internationalisation planétaire du savoir. Les thèmes abordés et les discussions résumées témoignent de l'ouverture de plus en plus large de l'histoire médiévale aux autres sciences humaines et sociales, mais avec des orientations propres à chaque pays. Médiévistes français et allemands savent qu'ils ne parlent pas la même langue. Mais ils se savent aussi trop proches pour ne pas aspirer à mieux communiquer, à collaborer davantage, à chercher ensemble. Les deux rencontres de Sèvres et de Göttingen resteront des repères essentiels pour une histoire des échanges intellectuels et scientifiques entre la France et l'Allemagne dans le cadre européen.