Extrait Du double usage des choses Chaque fois que je me réveille à côté d'un homme, avant d'être totalement éveillée, je crois que c'est Ted. Évidemment, ce n'est jamais lui. Tant pis. Ce matin, j'ai regardé Pandora marcher sur le corps nu de Michael. Alors qu'elle remontait le long de sa cuisse, il a commencé à avoir la chair de poule. Son ventre s'est creusé sous sa jolie patte grise et son pénis endormi a glissé vers son os iliaque. Pandora est descendue quand elle a atteint l'épaule. Elle aurait pu marcher sur le lit, il y avait un petit espace entre lui et moi. Peut-être que pour elle, Michael n'existe pas. Peut-être voulait-elle faire comprendre qu'il ne vaut pas mieux qu'un matelas. Elle s'est blottie dans mon cou en ronronnant avec suffisance telle une Jaguar tournant au ralenti. J'avais envie que Michael se réveille et nous voie ainsi : une femme indépendante aimée de son chat élégant. Mais évidemment, il ne s'est pas réveillé. Ils ne se réveillent jamais. Ou au mauvais moment et ils voient ce qu'ils ne devraient pas voir. Soyons justes : nous avions bu pas mal de vin rouge la veille et je tiens mieux l'alcool que la plupart des gens. Je continue à ouvrir les yeux d'un seul coup le matin. Et le vin reste mon ami. En revanche, ça m'énerve de ne plus réussir à dormir si je bois du café tard dans la nuit. Le corps évolue, puis décline. C'est affreux. Du jour au lendemain, vous ne vous reconnaissez plus. Vous vous asséchez. C'est gênant. Parfois, je me demande si je ne suis pas contente que Ted soit parti avant ma ménopause. Une femme a tellement de choses à cacher après cinquante ans. Aurions-nous pu supporter un tel changement physique, suivi du gâtisme ... Avec Michael, je n'ai pas à me poser la question. Il va et il vient. Il n'a pas le temps de remarquer quoi que ce soit. À mon âge, l'astuce consiste à garder du gel lubrifiant dans un joli pot sur la table de chevet. Vous le remplissez avec le tube lorsque vous recevez un visiteur. Lorsque ses mains commencent à se promener sur vous, vous lui tournez le dos et vous introduisez vos doigts dans le pot. Il peut en profiter pour vous caresser les fesses ou les épaules. Quand vous vous retournez vers lui, vous le prenez dans votre main pour le lubrifier. Peut-être qu'il n'est même pas encore en érection, vous avez ainsi la satisfaction de savoir que ce que vous lui faites est efficace. D'ailleurs, je ne suis pas sûre qu'il existe de plus grande satisfaction dans la vie. Et tant qu'il a l'impression que c'est pour lui, vous avez réussi à détourner son attention - et la vôtre - du fait que le lubrifiant est pour vous. Surtout, vous entretenez l'idée que votre arbre déborde encore de sève. Citez-moi une épouse qui en fasse autant. La femme de Michael est folle. Ça ne se voyait sans doute pas quand elle était jeune. Elle devait paraître jeune, tout simplement. Maintenant, elle paraît juste idiote. Avec son bandeau dans les cheveux. Et ses propos sans queue ni tête. Elle est presque aussi grande que moi et n'a que cinq ans de moins, environ cinquante-deux ans, je crois, mais elle vous regarde en clignant des yeux. Elle se tient bien droite, ses cheveux châtains tombant parfaitement sur ses épaules, depuis les années i960 je parie, elle sourit et elle cligne des yeux, comme pour se protéger de tout ce qui est moderne ou désagréable. Imaginez un peu la vie avec elle. Comment établir un rapprochement ? Impossible.
1959, La jeune Emma vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu'on la sépare de ses parents et de ceux qu'elle aime. À treize ans, elle est vendue, comme des centaines d'autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père Biographie de l'auteur Né en 1939 à st Louis dans le Missouri, Julius Lester a publié depuis 1968 pas moins de trente-cinq livres, vingt-cinq pour la jeunesse. Ses ouvrages ont remporté de nombreuses récompenses littéraires. Il a aussi écrit plus de deux cents essais ou critiques pour différents magazines américains. Après avoir été photographe, il est devenu professeur à New York puis à l'Université du Massachusetts
1859. La jeune Emma vit dans une plantation de coton entourée des siens et de la famille du maître, lorsqu'on la sépare de ses parents et de ceux qu'elle aime. A treize ans, elle est vendue, comme des centaines d'autres esclaves. Sarah, la fille du maître, très attachée à Emma, ne pardonnera jamais cette barbarie à son père...
Ce beau récit, sobre, émouvant, se passe à Nashville, dans le Tennessee. Julius Lester - qui est aussi l'auteur d'un essai : To be a slave - évoque l'histoire d'une race et souligne les contradictions, les impossibilités, les questions brûlantes, non résolues, dues aux différences de couleur de la peau, inscrites dans le destin des personnages. La peau de la femme du pasteur est assez claire pour susciter la méfiance des autres Noirs ; Carl, le fils activiste du pasteur, avec lequel il est en conflit, épouse une Blanche, à la grande inquiétude de son père ; le docteur Carter qui soigne Joshua Smith, âgé de quatre-vingts ans et qui attend la mort avec résignation, déclare que les Noirs le redoutent parce qu'il a l'air d'un Blanc... Ce roman est le livre des drames quotidiens ; il scinde la douloureuse réflexion sur l'impossible intégration, entre le fils Carl et son père le pasteur. Mais tout en donnant un roman réaliste et quotidien, la vision de l'auteur, impartiale, est une vision poétique pleine de tendresse et d'ironie. Par ce roman, Julius Lester se situe au premier rang des écrivains noirs américains.
Au gré des dynamiques de périurbanisation, de désindustrialisation, de renaissance, les petites villes rurales font figure de ressource pour le "bien vivre". Les parcours résidentiels et de vie des seniors y reflètent une grande diversité d'itinéraires. Réaliser une étude de cas sur Xertigny, commune à proximité d'Épinal, constituée pour moitié de surfaces agricoles et forestières, a pour but de se départir des idées reçues attachées au vieillissement et au monde rural pour saisir et rendre compte des pratiques et des représentations propres aux acteurs de ce territoire : élus, agents territoriaux, personnes âgées, bénévoles, professionnels de l'accompagnement, etc. Les Carnets de Territoires visent à révéler la diversité des territoires, des dynamiques d'acteurs et des enjeux de l'action publique locale, sous la forme de résultats de recherche ou d'études de terrain.
Les auteurs retracent, dans une perspective historique, les grandes étapes de l'histoire géopolitique de l'Occident, du XIX ? siècle à nos jours. Cet atlas met en lumière une nouvelle vision du monde, qui se révèle ainsi dans toute sa complexité". Pour agir sur le monde, il faut le comprendre. Et pour le comprendre, il faut voir évoluer ses acteurs dans la longue durée. D'où l'apport irremplaçable de cet Atlas stratégique consacré à l'essor puis au repli de l'Occident". Nicolas Baverez"Voici le premier atlas consacré au déclin de l'Occident. La démonstration du rôle de l'Asie orientale dans les origines du changement des rapports de force est saisissante, tout comme l'incapacité américaine depuis un demi-siècle à juguler les guerres irrégulières. La limpide cartographie de Roc Chaliand est d'une haute originalité". Régis Debray"Dans leur brillant Atlas stratégique, Gérard et Roc Chaliand déroulent le fil de ce que je nomme depuis quelques années la fin du monopole occidental de la puissance, et que d'autres, en Asie, vont jusqu'à qualifier de fin de la parenthèse occidentale (Kishore Mahbubani). Les auteurs y développent une version alternative indispensable de l'histoire mondiale des XX ? et XXI ? siècles, qu'illustrent des cartes originales et révélatrices des équilibres géopolitiques changeants". Hubert Védrine
Située à seulement 15 km de Bordeaux, la commune de Saint-Loubès est confrontée à d'importantes mutations démographiques induites par sa proximité avec la métropole girondine. Ce texte questionne les enjeux d'un projet d'aménagement inédit d'une petite ville périurbaine, reposant sur la construction du récit d'une "urbanité campagnarde" à l'aune de la transition socio-écologique. Les Carnets de Territoires visent à révéler la diversité des territoires, des dynamiques d'acteurs et des enjeux de l'action publique locale, sous la forme de résultats de recherche ou d'études de terrain.
1803, Caroline du Sud. Fille d'une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n'abandonnera jamais l'espoir d'affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L'Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d'indépendance.
Après de premiers échanges d'une cordialité toute bourgeoise, deux voisines en viennent à se livrer une véritable guerre (chantage, insultes, incitation au divorce?) pour une histoire de lambris que l'une veut repeindre dans le hall de l'immeuble et l'autre pas. L'une d'elles finira par disparaître dans de mystérieuses conditions. Une nouvelle recrue d'un club de lecture est reçue par sa présidente qui lui en présente les membres, une à une. A mesure qu'elle raconte leurs goûts littéraires (gore, romance coquine) ainsi que leurs histoires intimes (insémination de l'une, morts suspectes des maris successifs de l'autre), elle distille son venin... Voici quelques exemples tirés de ces douze nouvelles empreintes d'un humour féroce. Des portraits cruels de femmes toutes plus névrosées les unes que les autres, qui sont aussi les révélateurs d'une société américaine aisée, qui tient à tout prix à se montrer sous son masque de perfection. Helen Ellis fait éclater les apparences et décrit la solitude de ces femmes au foyer, mais aussi le pouvoir qu'elles ont sur leur petit royaume ? leur appartement, leur club de lecture, leur immeuble, leur mari ?, allant parfois jusqu'à la pulsion criminelle? Une satire de notre époque qui contraint au bonheur et à sa représentation en toute circonstance.
Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé." (William Faulkner)Voici trente ans que Billie James n'a pas remis les pieds dans le Mississippi. Un sacré tempérament, quelques dollars en poche et son chien Rufus au bout de sa laisse, elle débarque à Greendale et s'installe dans une bicoque décrépite où vécut autrefois son père. Ce dernier, poète noir de renom, est mort de manière accidentelle alors que Billie n'avait que quatre ans. La petite fille était présente au moment du drame, mais n'en a conservé aucun souvenir.Alors que les voisins font preuve d'un comportement étrange, que des rumeurs circulent, laissant soupçonner une tout autre vérité quant à la mort du père de Billie, celle-ci mène son enquête, aidée par son oncle et un drôle d'olibrius universitaire. Ensemble, ils vont exhumer de lourds secrets, dévoilant peu à peu l'histoire de ses origines mais aussi, en toile de fond, celle d'un pays marqué par les blessures toujours à vif de la ségrégation.Campé dans le décor à la fois somptueux et inquiétant du Sud profond, le premier roman de Chanelle Benz fourbit les armes du polar pour nous raconter ce qu'a été - et ce qu'est encore - l'Amérique tourmentée par les spectres les plus sombres de son Histoire.Traduit de l'anglais par David FauquembergChanelle Benz, britannique et antiguaise d'origine, vit et enseigne aujourd'hui à Memphis, dans le Tennessee. Elle est diplômée de l'université de Syracuse, où elle a eu pour mentor l'écrivain George Saunders, qui a salué en elle " une nouvelle voix sidérante de la fiction américaine ", et a également étudié l'art dramatique à l'université de Boston. Après un virtuose premier recueil de nouvelles, Dans la grande violence de la joie (Seuil, 2018), elle signe avec Rien dans la nuit que des fantômes son premier roman.
Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune. De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire. Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.