L'histoire du théâtre ne retient que deux Guillaume Tell : le drame de Schiller publié en 1804, et l'opéra de Rossini créé à Paris en 1829. La figure de ce pâtre exotique, habile arbalétrier et bon père de famille, révolté contre son tyran, est en fait issue d'une légende islandaise transposée en Suisse au XIVe siècle. Et le premier Guillaume Tell écrit pour la scène et joué dans un théâtre est une tragédie française dont la carrière s'étend sur la seconde moitié du XVIIIe siècle et au-delà de la Révolution. Lorsqu'elle en fait mention, la tradition littéraire réduit souvent la pièce d'Antoine-Marin Lemierre (1723-1793) à une anecdote révélatrice de la scène dramatique à cette époque. Demi-échec à sa création dans l'hiver 1766-1767, la tragédie tonnait un grand succès à l'occasion d'une reprise, en 1786, qui transpose sur scène, avec accessoires, pantomime et dialogue idoines l'épisode central de l'épreuve de la pomme, dérobé jusqu'alors au regard du spectateur selon la règle tragique. Ainsi Guillaume Tell prodigue l'exemple d'une esthétique tragique nouvelle, composée d'actions réalisées dans des tableaux dramatiques et de décorations pittoresques spectaculaires. A la même époque, le drame bourgeois s'éloigne des lieux historiques pour imiter les infortunes réelles et présentes de nos semblables . (L: S. Mercier). Quant à l'opéra, il montre depuis le XVIIIe siècle un luxe décoratif souvent sans rapport avec les sujets. Lemierre aura été l'un des dramaturges qui ont proposé une nouvelle forme de tragédie, estimant que l'art dramatique n'avait pas encore donné tout son effet. L'originalité du sujet historique de Guillaume Tell se prête idéalement à l'expérimentation de toutes les audaces pittoresques et poétiques de leur auteur. L'invention du décor devient une partie fondamentale de la création poétique : il expose le milieu historique et réalise le caractère pathétique de l'action représentée. L'art du spectacle tragique est alors un genre esthétique, plutôt que régulier et noble, mais toujours moral. Sous la beauté plastique du théâtre, il rend aussi sensibles certaines idées politiques et sociales. Tableau livré à la nation, la tragédie incarne alors l'histoire. Elle instruit le peuple sur ses droits, grâce aux sensations vives et émouvantes que provoque une histoire en action ou, peut-être, en marche.
Même influencée par les classiques, la tragédie des Lumières fut plutôt un genre autonome, développant la tragédie philosophique à sujets grecs, fille de Voltaire, puis la tragédie politique à sujets romains ou historiques, fille de Dorat et de Lemierre. L'oeuvre dramatique d'Antoine-Marin Lemierre illustre parfaitement cette transition d'une tragédie philosophique à une tragédie politique, annonçant les thèmes et les idéaux qui s'exprimeront sur la scène du Théâtre de la Nation. La présente édition retient six tragédies, trois à sujets philosophiques, Hypermnestre, Idoménée, Artaxerce, trois à caractère politique, Guillaume Tell, La Veuve du Malabar, Barnevelt.
Les inégalités salariales entre femmes et hommes perdurent malgré les nombreuses lois et négociations d'accords collectifs. Si aujourd'hui, le principe de droit social français " à travail égal, salaire égal " semble respecté et ses violations sont réprimées par les tribunaux, le principe juridique ne s'arrête pas là. Légalité salariale entre hommes et femmes doit également exister à " valeur comparable " des emplois. Or, femmes et hommes restent encore concentrés dans des secteurs, des filières, des entreprises et des emplois très différents, et cette spécialisation du travail rend inefficace le principe français d'identité salariale. L'étude présentée ici propose une analyse de l'égalité salariale fondée sur la valeur comparable des emplois. Après une présentation des approches en termes de valeur comparable entre emplois masculins et féminins et des expérimentations étrangères, les auteures comparent des " paires " d'emplois à prédominance féminine et masculine estimés de même valeur, c'est-à-dire placés au même niveau dans les classifications professionnelles. Les résultats de ces comparaisons montrent les nombreux biais sexistes dans l'évaluation des emplois, souvent liés au poids de l'histoire des métiers et de leur représentation syndicale. Une grille d'analyse sexuée des critères d'évaluation des emplois est présentée : qualification, expérience, complexité, technicité, efforts, conditions de travail, responsabilité ou encore encadrement sont analysés sous l'angle du genre et de leurs différences de valorisation dans les emplois à prédominance féminine et masculine.
Résumé : Pauline est une lycéenne du genre hautain, qui n'aime rien ni personne, et s'ennuie dans les bras d'un garçon, puis d'un autre, jusqu'au jour où elle rencontre Zoé. Inséparables, elles disent du mal des autres à loisir et cultivent leur supériorité. Un jour, leur enseignante d'anglais leur parle du séjour à l'étranger que les élèves feront l'été suivant, et leur signale que chacun devra suivre une préparation organisée par l'association Pour l'Avenir Tous Ensemble, la PÂTE. Les deux amies se plient bon gré mal gré à cette obligation et, à leur grande surprise, se retrouvent sous la coupe de ce qui ressemble à une secte farfelue.
Durant l'année 2011, l'auteur a tenu ce journal poétique et y a retranscrit ses humeurs du moment, ses quêtes et obsessions, de simples réactions face à l'actualité mais aussi des réflexions plus essentielles comme des spasmes intérieurs ou des échos à d'anciennes émotions.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ?A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.