Pionnier de la mathématique du hasard, de la méthode expérimentale en physique ou de l'herméneutique biblique. Et puis catholique fervent au bord de l'hérésie mais épistémologue de l'axiomatique ; philosophe tragique de l'existence humaine mais pamphlétaire comique? Y a-t-il un point où convergent toutes ces facettes de Blaise Pascal ? C'est la recherche à laquelle se livre cet ouvrage posthume (inédit en français) de Gérard Lebrun, grand historien de la philosophie allemande qu'on n'attendait pas sur ce terrain? On y découvrira les méandres d'une argumentation qu'on ne saurait résumer à une étiquette (" dialectique ") ainsi que les spirales d'une pensée qu'on ne peut réduire à quelques clichés (" irrationalisme ", " fidéisme "). Les routes escarpées par où nous conduit Lebrun nous réservent au moins une surprise, celle de voir surgir notre modernité là où on l'attendait le moins : à l'ombre du " Dieu caché " de Port-Royal. Gérard Lebrun (1930-1999), a partagé sa vie de professeur de philosophie entre l'université d'Aix en Provence et celle de São Paulo (Brésil). Vénéré de ses étudiants pour ses cours qui étaient préparés comme des oeuvres d'art, il est surtout connu pour ses travaux d'histoire de la philosophie allemande : Kant et la fin de la métaphysique (" Le livre de poche "), La Patience du concept : essai sur le discours hégélien (Gallimard), L'Envers de la dialectique : Hegel à la lumière de Nietzsche (Seuil) et Kant sans kantisme (Fayard).
Nombre de pages
104
Date de parution
04/10/2016
Poids
156g
Largeur
136mm
Plus d'informations
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EAN
9782701022352
Titre
Pascal. Tours, détours et retournements
Auteur
Lebrun Gérard ; Wolff Francis
Editeur
BEAUCHESNE
Largeur
136
Poids
156
Date de parution
20161004
Nombre de pages
104,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Un système n'est faux que lorsqu'on prétend que son point de vue est le plus élevé." L'auteur de cette parole a-t-il bien eu l'ambition qu'on lui prête de surplomber et de clore la Métaphysique ? Son projet ne fut-il pas plutôt d'élaborer un nouveau type de discours ? Or, dans la hâte de juger la "doctrine", on a trop souvent lu Hegel comme s'il suffisait de dominer sa terminologie pour être de plain-pied avec son texte. Qu'on ait donc la patience de suivre le travail que ce discours opère sur lui-même à mesure qu'il se déploie - et l'on verra les concepts se déformer, effacer leurs limites, s'expulser du sens auquel l'"Entendement" (c'est-à-dire nous-même) les avait trop vite assignés. "Ne dites plus, mais dites... N'opposez plus, mais dissolvez..." : ces injonctions parcourent le discours et doivent diriger le lecteur, au sens où l'on dirige des comédiens. Au coeur de ce nouveau langage, Hegel est-il donc imprenable, si l'on respecte les règles de son jeu ? Ce n'est pas ce que veut dire Gérard Lebrun. Relever les points sur lesquels le philosophe aurait pu déjouer les attaques, c'est faire place nette à une critique qui affronterait le hégélianisme tel qu'il était, et non tel qu'on l'imagina polémiquement. Il est vrai qu'en cette étape, l'entreprise semblera ne déboucher sur rien. Mais cela même pourrait être une indication. À vouloir décaper la philosophie spéculative du dogmatisme sommaire auquel elle fut trop souvent réduite, on en vient naturellement à parler en nihiliste. Quelle "Vérité" maléfique recèle donc une oeuvre qui récompense de la sorte un lecteur patient ...
Kant et la fin de la métaphysique, sous-titré "Essai sur la Critique de la faculté de juger" (1re édition: 1970), constitue d'abord un commentaire de la troisième Critique de Kant. Dans une première partie ("Remaniement des concepts"), Gérard Lebrun, s'appuyant sur l'ensemble de l'?uvre kantienne (pré-critique et critique), détaille la série des questions et des réponses touchant le savoir, le monde, Dieu, qui organisent la théorie kantienne et marquent sa rupture avec la tradition. Dans la seconde partie ("Naissance des thèmes"), il expose les nouveautés par lesquelles la Critique de la faculté de juger parachève l'entreprise critique (autour de concepts cruciaux: la réflexion, le vivant, la finalité, le plaisir, le beau, l'imagination). Tout au long de l'étude, l'auteur convoque les nombreux auteurs, antiques ou modernes, avec lesquels Kant a dialogué, mais aussi sa postérité, continuateurs ou interprètes, jusqu'à la période contemporaine. Par-delà cette première visée, Gérard Lebrun s'attache aussi à soutenir et illustrer une thèse qui livre une évaluation d'ensemble de l'entreprise kantienne, de son sens et de sa portée ultime. Il nous conduit en effet à méditer la manière dont Kant, approfondissant les apories de la métaphysique traditionnelle, la met véritablement à mort, et renouvelle définitivement la manière de poser les problèmes philosophiques.
Lebrun Gérard ; Clavier Paul ; Wolff Francis ; Fou
A qui n'a jamais lu Gérard Lebrun, peut-on se contenter d'expliquer qu'il était un des plus grands historiens français de la philosophie? On n'aurait certes pas tort. Et pourtant on risquerait de ne pas faire comprendre ce qu'il a fait et le plaisir qu'on peut encore en attendre. Car Lebrun se moque de la genèse des oeuvres et fait peu de cas des doctrines. Il se méfie de ce que nos bons manuels appellent le "platonisme" ou le "kantisme", le "rationalisme" ou l'"empirisme". Avec Gérard Lebrun, une pensée est vive lorsqu'on la pousse à ses limites, quand on en retrouve le cheminement singulier, quand on entend ses questions inouïes. Qu'on lise! Qu'on lise et on verra que le philosophe de la modernité, Kant, est toujours plus riche, passionnant, inventif, dépaysant, troublant, en somme plus "moderne", que ce que l'histoire de la philosophie en a retenu. Il est génial dans les recoins du système, là où se posent les problèmes, au moment précis où naissent les concepts, quand s'invente la solution, là où s'ouvrent d'autres abîmes, d'autres recommencements. Le lecteur ne pourra manquer d'être saisi, ici, par l'extraordinaire richesse de l'information et par l'économie qui en est faite: pas d'esbroufe, pas de déballage, pas d'intimidation érudite. Lebrun procède par recoupements progressifs et par intensification. Il noue une trame conceptuelle à partir de "petits riens". On est conduit, par des chemins souvent inattendus, à une visite nouvelle de l'édifice ou plutôt, du chantier kantien. Kant avec Lebrun et donc Kant sans kantisme; Kant pour ceux qui aiment lire et philosopher au plus près de ce qu'ils lisent.
On ne réfute pas une maladie des yeux ", disait Nietzsche à propos du christianisme - mais il aurait pu le dire aussi bien de toute philosophie. On ne réfute pas un " système de la raison ". Tout ce qu'on peut faire, c'est de retrouver les choix lexicaux sur lesquels il repose et qui traduisent des prises de position éminemment infrarationnelles. On ne dira même pas (on ne dira surtout pas) que l'envers de la dialectique est une idéologie, car l'usage même de ce mot suppose encore la croyance en une " raison canonique ". Mieux vaut parler d'une stratégie philologique inavouée. G. L. C'est de cette stratégie hégélienne inavouée que Gérard Lebrun rente ici de dégager les moments clés, lisant Hegel " à la lumière de Nietzsche ", pour mieux nous guider dans les coulisses de la philosophie occidentale.