
Tradition
La tradition : bonne à n'être que le nom d'une baguette ou la revendication du conservatisme ? Voilà un mot apparemment usé et amoindri, dont les auteurs font le tour et qu'ils interrogent en regard de la " modernité ", rappelant aussi qu'elle fut au coeur de l'entreprise des sciences sociales. C'est un mot usé, fatigué, élimé parce qu'il a été beaucoup utilisé. A moins que l'amoindrissement de sa charge sémantique ne relève plutôt d'une discordance avec l'époque. La tradition ne serait plus à la mode. Paradoxalement. Repris à l'envi dans la communication patrimoniale qui vante l'authenticité, le chez-soi et l'immémorialité, ce mot subit, au même moment, un racornissement de son domaine d'assignation. Bonne à n'être qu'un slogan pour des publicités peu inspirées, coincée dans l'étau de l'injonction mémorielle et du colifichet touristique, la tradition se fait rigoriste à l'autre bout du portefeuille langagier. Les " tradis ", ce sont, pour beaucoup d'entre nous, ces autres, dont nous peinons quelquefois à comprendre, sur fond de " Manif pour tous " et de soutanes tout droit sorties de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, un argumentaire et des attitudes qui relèvent de son orthopraxie. Une tradition en majesté en quelque sorte, éloignée de ce qu'elle est de fait : bien moins la lecture littérale d'un dogme qu'une somme d'interprétations d'un noyau dur qui sert in fine d'entregent à des signifiants flottants. Disqualifiée la tradition par le trop-plein et le trop peu ? L'on pourrait dire la même chose de la modernité. Que sa progressive mise à l'index, surtout à compter des années 1970, renvoie à toutes sortes de relectures ouvrant sur le souhait de clore ce qui serait une parenthèse désenchantée de l'anthropocène en est une autre. Tandis que des mots retrouvent de leur lustre pour dire et faire dire l'époque - le fond de l'air serait à la radicalité et à la réaction -, d'autres dépérissent tranquillement dans la sphère communicationnelle. Pour des raisons différentes, la pléthore de l'insignifiance pour la première et une aversion galopante pour la seconde, tradition et modernité, en un couple qui régna en maître sur nombre de travaux menés dans les sciences sociales des Trente Glorieuses aux fins de circonvenir la question latérale du changement ou, plus exactement, de l'évolution, ne font donc plus recette. Toutefois, ne faire de la tradition (un ensemble d'énoncés, d'actes, de représentations et de croyances qui se transmettent de génération en génération) qu'une arme au service d'une idéologie de la différenciation négative ne saurait restituer toutefois ce qu'elle fut aussi : un moyen de cerner des sociétés en s'interrogeant précisément sur l'effectivité et la pertinence de ce que l'on plaçait derrière le mot tradition, soit un opérateur pour les sciences sociales qui mérite d'être pris en compte.
| Nombre de pages | 105 |
|---|---|
| Date de parution | 10/10/2024 |
| Poids | 106g |
| Largeur | 102mm |
| EAN | 9782381911076 |
|---|---|
| Titre | Tradition |
| Auteur | Le Gall Laurent ; Thomas Mannaig |
| Editeur | ANAMOSA |
| Largeur | 102 |
| Poids | 106 |
| Date de parution | 20241010 |
| Nombre de pages | 105,00 € |
Pourquoi choisir Molière ?
Du même auteur
-

A voté. Une histoire de l'élection
Le Gall LaurentQu'est-ce que voter ? La question apparaît brûlante depuis la dissolution de 2024. Brassant les deux siècles durant lesquels l'élection est devenue le moment cardinal de la démocratie, ce livre est l'histoire d'un dispositif dont l'évidence occulte les significations multiples et d'un acte individualisé devenu geste routinier. Une édition poche augmentée d'un chapitre inédit. Au fond, qu'est-ce que voter ? La question apparaît toujours plus brûlante depuis la dissolution de juin 2024. Brassant les deux derniers siècles au cours desquels l'élection est devenue le moment cardinal de la démocratie, ce livre est l'histoire d'un dispositif dont l'évidence occulte la multiplicité et la complexité de ses significations. Utilisés comme des amorces, sept souvenirs, dont un inédit pour cette édition poche, en scandent le tracé et restituent ce qui fait que le vote, cet acte individualisé sous contrainte sociale, est devenu un geste routinier. De la campagne de Giscard d'Estaing sous l'oeil de Raymond Depardon aux tribulations d'un maire dans le viseur d'Eric Rohmer, des agents électoraux de la IIIe République au porte-à-porte lillois de Martine Aubry, des bulletins nuls à la récente prise en compte du vote blanc, de la première expérience " suffragière " des femmes au sortir de la Seconde Guerre mondiale à la définition du corps civique, c'est tout un pan des façons de faire une communauté politique qui se donne à lire entre " cens caché " et " jardin des délices démocratiques ".EN STOCKCOMMANDER14,00 € -

L'électeur en campagnes dans le Finistère. Une Seconde République de Bas-Bretons
Le Gall LaurentRésumé : L'électeur en campagnes est l'histoire d'une recherche sur ce que voter voulut dire dans le Finistère des années 1831-1852. En s'intéressant aux électeurs - davantage qu'aux élections - des 282 communes du département, cette enquête qui juxtapose des études de cas et joue sur la variation des échelles (de l'individu au département en passant par le hameau) s'interroge sur les modalités de la " transition démocratique ". Elle espère lever un coin du voile sur les fausses évidences d'une multitude d'actes électoraux qui engagèrent tout autant le devenir d'un régime - la Seconde République du suffrage universel-et d'une nation que la construction d'un espace et d'un temps politiques spécifiques. Si le citoyen-électeur de la Basse-Bretagne - mais ce pourrait être ailleurs, ou presque - des années orléanistes puis républicaines put être porteur d'une " opinion ", il fut aussi et surtout le réceptacle et le vecteur d'un ordre démocratique en construction. L'analyse de ses traces à partir de sources profuses (procès-verbaux des élections locales et nationales, chansons qui le mirent en scène, immense corpus protestataire...) et la reconstitution de ses parcours n'aspirent qu'à contribuer modestement aux débats qui concernent la politisation des ruraux dans la France du XIXè siècle et l'ouverture d'un champ des possibles en 1848.ÉPUISÉVOIR PRODUIT49,00 € -

A voté. Une histoire de l'élection
Le Gall LaurentRésumé : Les pratiques électorales sont, à intervalle régulier, l'objet d'un commentaire si intense qu'il en fait oublier l'essentiel : d'où vient l'évidence des actes et des rites dont elles sont faites ? D'où vient l'habitude du bulletin, de l'isoloir et de l'urne ? En réalité, ces choses de la vie démocratique n'ont rien de secondaire. Laurent Le Gall montre, à partir de souvenirs personnels de suffrages, d'affiches, de bulletins (le bulletin nul : qu'écrire ?) ou de campagnes électorales (1974 à travers le film de Depardon, 2002), les pratiques différenciées qui président à l'acte de vote et des sens que des acteurs différemment socialisés lui ont donnés depuis les années 1830, mais aussi toutes les luttes qu'il a fallu pour apprendre à voter. Il fut un temps où les bulletins n'étaient pas imprimés, où le notable des lieux le remplissait pour le citoyen. Et dans les villages du pays, les affaires sont nombreuses qui voient les villageois s'emparer de l'urne de la communauté voisine et demander rançon. Plus tard, les trucages, les fraudes et bourrages d'urne, dont bruissent longtemps les élections, la nécessité d'édifier un code électoral et de pacifier l'urne et le bulletin, dessinent une autre histoire électorale du pays. Mais les fraudes et les bagarres ne sont pas tout. Ce livre explique l'ascension d'un rite qui nous est devenu familier et des objets oubliés à force d'évidence sur lequel il prend appui. Dans le repli des débats idéologiques auxquels on ramène tout le plus souvent, il raconte comment les Français ont appris à voter et pourquoi on le fait, derrière l'utopie du suffrage, restituant au bulletin ce qui en fait toute sa richesse : son évidence et son énigme.Sur commande, 2 à 4 joursCOMMANDER19,50 €
Du même éditeur
-

On ne peut plus rien dire.... Liberté d'expression : le grand détournement
Hochmann ThomasRésumé : "On ne peut plus rien dire..." La complainte de celles et ceux qui dénoncent la "censure", à l'instar d'un Donald Trump, s'étire à longueur de plateaux télévisés. Toute contradiction est dénoncée comme une agression, la lutte contre le racisme est présentée comme une marque d'intolérance "woke". Par un incroyable retournement, tout effort de protéger le débat démocratique est aujourd'hui brocardé comme une atteinte à "liberté d'expression". Pourtant, la haine et le mensonge nuisent gravement à la délibération démocratique : les restrictions de l'expression publique, loin d'être en contradiction avec la liberté d'expression, lui sont consubstantielles. Le juriste Thomas Hochmann révèle la manière dont la réaction a accaparé la liberté d'expression pour mieux imposer ses manières de dire. Mais il montre également comment se réapproprier cette liberté fondamentale, après avoir rappelé et défendu, exemples à l'appui, les lois qui interdisent les discours de haine et les campagnes de désinformation. Leur mise en oeuvre constitue désormais une de nos dernières chances de repousser l'extrême droite.EN STOCKCOMMANDER5,00 € -

On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. En finir avec une sentence de mort
Tévanian Pierre ; Stevens Jean-CharlesPartant de cette sentence éternelle lors de débats sur l’immigration, les auteurs dissèquent les mots et les informations pour redonner des données chiffrées et des faits sur la question et sortir ainsi des contre-vérités qu'ils condamnent. Ce court essai permet de répondre aux arguments fallacieux et préjugés masquant des réalités tragiques. Il est essentiel de le glisser entre toutes les mains.EN STOCKCOMMANDER5,00 € -

La République du vent. Essai sur le drapeau et le dévoilement politique
Le Gall Laurent ; Lagadec Philippe ; Durand SébastPour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Des histoires du tricolore et des drapeaux, il y en a beaucoup. Des travaux qui portent sur le sens qu'on lui/leur donne, il n'y en a quasiment pas. Objet banal le drapeau ? Surface de projection(s) avant tout qui raconte nos attachements individuels au fait d'appartenir à une/des communauté(s). " Pour vous, qu'est-ce qu'un drapeau ? " : c'est la question au départ de ce livre. Le mot n'a rien d'anodin et charrie avec lui ceux d'Etat-nation, de stade, d'extrême droite... Par-delà la convocation d'un symbole de la République française, le drapeau fait en effet partie de nos vies. Reflet de nos socialisations et de nos attachements individuels, il raconte ce qui fait que nous nous sentons appartenir à une ou à plusieurs communautés (de la famille au club sportif en passant par la " nation "). Convoquant des références cinématographiques et littéraires, mais aussi des bribes puisées dans l'actualité (Ukraine, Palestine, Etats-Unis...), ce " plaidoyer " interdisciplinaire en faveur d'une meilleure compréhension des objets politiques est le fruit d'une longue enquête ethnographique menée à Brest (ce pourrait être partout en France) depuis 2015. Fourmillant et incarné par les paroles des témoins, cet essai enlevé, en une époque où le récit national est mis aux enchères de celui qui le " tricolorisera " toujours plus, est d'abord une occasion de s'interroger sur ce que sont la nation et la République dans un monde aux contours si instables.EN STOCKCOMMANDER26,00 € -

Edition
Olivié FrantzAprès Journalisme notamment, Le mot est faible s'empare d'une autre pratique : Edition. Un mot plastique, qui évoque une technique, mais aussi un monde, celui du livre, avec ses pratiques, ses usages et ses acteurs. Un mot/monde et ses maux, en particulier la surproduction et le conformisme, dans lequel il reste possible d'aménager une certaine liberté et d'opérer des choix. Surproduction, concentration éditoriale, crise de la lecture... Autant de sujets que l'on voit désormais régulièrement traités, de manière plus ou moins juste, dans certains médias au moment des rentrées littéraires ou des grands festivals du livre. Le livre fascine en France, encore et toujours (les ouvrages de personnalités politiques, qu'ils suscitent des ventes ou pas, montrent d'ailleurs que l'objet livre continue de représenter un enjeu, de vernis de noblesse a minima), mais " son monde ", l'édition, reste sans doute encore mystérieuse dans ce qu'elle recouvre pour nombre de nos concitoyennes. Dans cet ouvrage confié à Frantz Olivié, éditeur lui-même, il s'agit dès lors de confronter cette puissance de fascination du livre au réel, au trivial d'une activité sans doute pas comme les autres du fait de la nature de l'objet qu'elle s'emploie à façonner. L'édition est entendue ici comme un ensemble de pratiques qui consistent à faire advenir un livre et à le vendre, en identifiant aussi les tendances à l'oeuvre aujourd'hui, en particulier la surproduction et le conformisme, symboles/symptômes d'une mécanique productiviste qui s'emballe. Entrant de manière critique dans le plus concret des pratiques et des différents maillons de la chaîne du livre (édition, diffusion, librairie), Frantz Olivié livre aussi de belles pages sur ce qui le meut encore : persister, dans cette atmosphère saturée et malgré les écrans, à vouloir et aimer faire des livres.EN STOCKCOMMANDER9,00 €
De la même catégorie
-

Résister. Edition revue et augmentée
Saqué SaloméNouvelle édition augmentée de ce petit pamphlet nécessaire à lire et à diffuser ! Salomé Saqué nous relate des faits, vérifiés et sourcés, sur l’extrême-droite, ses méthodes, ses origines comme ses dangers pour les droits et la démocratie. Mais elle nous donne aussi des pistes pour résister ensemble. Un ouvrage éclairant qui inspire à faire front commun avec beaucoup de justesse mais aussi de force et qui invite à un vrai débat démocratique.EN STOCKCOMMANDER5,00 € -

On ne peut plus rien dire.... Liberté d'expression : le grand détournement
Hochmann ThomasRésumé : "On ne peut plus rien dire..." La complainte de celles et ceux qui dénoncent la "censure", à l'instar d'un Donald Trump, s'étire à longueur de plateaux télévisés. Toute contradiction est dénoncée comme une agression, la lutte contre le racisme est présentée comme une marque d'intolérance "woke". Par un incroyable retournement, tout effort de protéger le débat démocratique est aujourd'hui brocardé comme une atteinte à "liberté d'expression". Pourtant, la haine et le mensonge nuisent gravement à la délibération démocratique : les restrictions de l'expression publique, loin d'être en contradiction avec la liberté d'expression, lui sont consubstantielles. Le juriste Thomas Hochmann révèle la manière dont la réaction a accaparé la liberté d'expression pour mieux imposer ses manières de dire. Mais il montre également comment se réapproprier cette liberté fondamentale, après avoir rappelé et défendu, exemples à l'appui, les lois qui interdisent les discours de haine et les campagnes de désinformation. Leur mise en oeuvre constitue désormais une de nos dernières chances de repousser l'extrême droite.EN STOCKCOMMANDER5,00 € -

Autopsie de l'université. Un regard sur l'enseignement universitaire et son évolution
Louryan StéphaneD'une communauté médiévale de clercs, l'université est progressivement devenue un véritable enseignement de masse, où les professeurs, censés être des érudits et des savants, sont de plus en plus confrontés à des étudiants impréparés aux exigences du haut enseignement, notamment en raison des déficiences d'un enseignement secondaire miné par l'idéologie de l'égalité des capacités et de la réussite pour tous. L'établissement est par ailleurs menacé par la toute-puissance de l'administration, la barbarie du "managérialisme" , l'irruption du juridisme, et plus récemment encore la "cancel culture" et le "wokisme" . Renvoyant dos à dos les excès du gauchisme culturel et la toute-puissance du néolibéralisme triomphant, l'auteur s'attache à identifier ce qui a progressivement muté une forteresse du savoir en ce que d'aucuns voudraient voir comme une machine à délivrer des diplômes. Il entend aussi dénoncer tout ce qui restreint la liberté et le pouvoir des professeurs. Depuis trop longtemps l'université absorbe peu à peu les dérives d'une société clientéliste dont les valeurs culturelles et intellectuelles se dégradent peu à peu, et en appelle à un sursaut salutaire de l'institution, qui suppose la fin de toute sujétion au pouvoir politique et économique.EN STOCKCOMMANDER16,00 €


