Le développement artistique de la céramique du XXe siècle a été marqué par l'exemple de Paul Gauguin et l'initiative du marchand Ambroise Vollard. Alors que Gauguin incite les peintres de la jeune génération à libérer leur imagination par la pratique du modelage, Vollard les invite à décorer aux couleurs de grand feu les faïences du potier André Méthey. En s'affirmant à la fois comme objet de sculpture et support de peinture, la céramique va capter l'attention de quelques-uns des plus remarquables créateurs du XXe siècle. Chagall, Derain, Dufy, Maillol, Marquet, Matisse, Miré, Picasso, Rouault, se sont particulièrement illustrés dans ce nouveau registre. L'intérêt, ponctuel ou durable, porté à ces techniques par de nombreux artistes contemporains (Alechinsky, Appel, Boisrond, Chillida, Chu Teh-Chun, Debré, Fontana, Hartung, Soulages...) a éveillé l'attention précoce de grands collectionneurs privés, comme Marc et Pierre Larock-Granoff, avant de retenir celle des musées. Le Musée d'art moderne de Troyes rend hommage à cette page méconnue de l'histoire de l'art du XXe siècle à l'occasion de son trentième anniversaire.
A la recherche d'authenticité dans la couleur et la matière, l'imaginaire du peintre Marc Chagall a exploré tous les registres de la création plastique. La puissance expressive de son oeuvre, habité par un sens inné de la composition et une profonde liberté narrative, s'est remarquablement adaptée à une grande diversité de langages artistiques et d'échelles d'exécution. En 1962, le gouvernement israélien lui commande une décoration pour le hall de la Knesset. Chagall conçoit alors le triptyque d'une tenture monumentale, qui sera tissée par la Manufacture des Gobelins, ainsi qu'un ensemble de mosaïques destinées aux murs et au sol dudit Parlement. En 1964, il fait la connaissance d'Yvette Cauquil-Prince, qui avait ouvert à Paris, en 1959, un atelier de tissage rue Saint-Denis, puis l'avait transféré, en 1962, rue des Blancs-Manteaux. Son habilité à traduire les compositions de Chagall en respectant les valeurs chromatiques de la palette originale séduit rapidement l'artiste. Yvette Cauquil-Prince devient alors son maître d'oeuvre et réalisera toutes ses autres tapisseries, à l'exception de la pièce créée, en 1973, pour l'entrée du musée national du Message biblique Marc-Chagall, à Nice - aujourd'hui appelé musée national Marc-Chagall -, dont l'exécution sera confiée aux Gobelins.
Peintre indépendant, remarquable dessinateur et brillant coloriste, Raoul Dufy est assurément l'un des artistes les plus complets, les plus inventifs et les plus prolifiques du XXe siècle. Ignorant l'apport que son expérience de décorateur pouvait avoir exercé sur sa peinture, ses détracteurs lui ont longtemps reproché d'avoir sacrifié son talent au profit des marchands d'étoffes. Pierre Courthion se félicitait au contraire de cet heureux et fructueux mariage entre la peinture et les arts décoratifs pour célébrer, en Dufy, le "roi de la fantaisie, magicien de la couleur, le décorateur le plus vivant et le plus riche de notre temps". Raoul Dufy nous invite à partager sans frein le plaisir renouvelé de la peinture et de ses nombreuses applications dans les domaines de l'illustration, de la mode, de la céramique, de la tapisserie et des arts de la scène.
L'exposition présente un ensemble de peintures, dessins, papiers découpés, tapisseries et cartons de tapisseries d'Henri Matisse. Elle en explore les différentes sources d'inspiration en faisant la part de l'influence des tapa tahitiens et de la rémanence des paysages, de la flore et de la faune océaniennes dans la conception originale de la tenture Océanie et de la tenture Polynésie. Elle confronte également l'expérience originale des papiers découpés et gouachés à la pratique traditionnelle des peintres cartonniers que Matisse a également expérimentée dans d'autres projets engagés avec le concours de Marie Cuttoli. L'exposition met en lumière la part de la création textile dans l'oeuvre de Matisse en illustrant notamment la genèse et la mise en oeuvre des impressions sur lin et des sérigraphies éditées par Zika Ascher, ainsi que celle des tapisseries réalisées avec le concours des manufactures d'Aubusson, de Beauvais et des Gobelins. Cette exposition organisée dans le cadre du soixantième anniversaire de la disparition d'Henri Matisse est réalisée en partenariat avec le Mobilier national, de musée national d'Art moderne, le musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis et le musée Matisse de Nice, avec le concours des Archives Matisse.