L'auteur est mathématicien, rien de surprenant à ce qu'il sache de quoi il parle quand il traite des objets de la topologie et de la logique. Il est par contre remarquable qu'il ait été convaincu par le recours que Jacques Lacan a trouvé dans ces disciplines pour rendre compte et assurer la transmission de ce que sa pratique de la psychanalyse lui a enseigné du sujet. Il est enfin saisissant qu'il ait tenu le pari de présenter à ses lecteurs, dans la plus grande transparence et sans rien céder de la rigueur qu'ils exigent, ces objets et l'usage qu'en fait l'enseignement de Lacan. Son trajet articule pas à pas les concepts topologiques - de la classification des surfaces aux nombres réels en passant par la bouteille de Klein, le crosscap et la compacité - comme ceux de la logique formelle d'Aristote à Gödel puisque catégories et topique trouvent ici leurs places comme les formules de la sexuation. Les instruments convoqués par Lacan sont identifiés, et donc clairement et distinctement articulés. De cet effort, au sens spinoziste, original et adéquat, résultent des ressources et une précision précieuses, qui portent cet ouvrage d'ores et déjà à la dignité de ceux qui constituent un fonds de référence.
Alors qu'elle tente d'élucider le destin d'un ancêtre banni par sa famille, une femme reprend l'histoire de sa propre vie. Des années auparavant, son mari, son premier et grand amour, lui a révélé être homosexuel. Du bouleversement que ce fut dans leur existence comme des péripéties de leur émancipation respective,, rien n'est tu. Ce roman lumineux nous offre une leçon de courage, de tolérance, de curiosité aussi. Car jamais cette femme libre n'aura cessé de se réinventer, d'affirmer la puissance de ses rêves contre les conventions sociales avec une fantaisie et une délicatesse infinies.
Avant, il y avait l'enfance. Je le sais". Mais, Judith Godrèche, quelle enfant fut-elle ? Qui pour le dire ? Que lui a-t-on fait ? Et surtout qu'en a-t-elle fait ?
L'an dernier nous avons rencontré une de mes amies, Berthe. Ma fille, Mathilde, qui avait alors treize ans, connaissait Berthe, n'ignorait pas qu'elle avait été à Auschwitz. Pourtant, cet été-là, elle eut un choc en voyant son numéro sur son avant-bras gauche, tatoué d'une encre bleue un peu délavée. Ce qui m'a frappée, quand j'ai tenté de répondre à Mathilde pour lui expliquer ce qu'était Auschwitz, c'est que ses questions étaient les mêmes que celles que je me posais moi-même indéfiniment, ou qui traversent depuis plus d'un demi-siècle la réflexion des historiens et des philosophes et auxquelles il est si difficile de répondre. Car s'il m'est facile comme historienne d'expliquer comment s'est déroulé le génocide des Juifs, il reste un noyau proprement incompréhensible : pourquoi les nazis ont-ils voulu supprimer les Juifs de la planète ?
L'histoire de la réalisation d'un film de super-héros au budget colossal, et du comics inconnu qui l'a inspiré. 1947, en Californie, un talentueux petit garçon de cinq ans recopie les comic strips du journal local ; 2020, une émouvante projection a lieu Times Square. Entre les deux, 70 ans d'une Amérique en pleine mutation, un tournage rocambolesque et une galerie de personnages hauts en couleur : un soldat traumatisé par la guerre, un réalisateur inspiré et excentrique, une star prétentieuse, une assistante de production infatigable et les innombrables membres de l'équipe de tournage qui, ensemble, créent la magie hollywoodienne. Vif, touchant, inventif, parfois loufoque, porté par un humour teinté d'ironie et un rythme effréné, le premier roman de Tom Hanks pose un regard d'initié sur les efforts considérables nécessaires à la production d'un film - et la formidable aventure humaine qu'elle constitue.
Il y a des circonstances qui font que l'on se tait. La parole est alors empêchée: par la prudence, les usages, par la maladie ou la mort& Mais il arrive aussi que les mots se tarissent d'eux-mêmes, se cherchent sans se trouver ou qu'un événement nous laisse sans voix. Le silence qui passe ou qui s'installe alors n'est pas un simple défaut de parole. C'est un blanc qui pèse, qui effraie, contre lequel on peut se défendre en bavardant. Mais parler, ce n'est pas remplir le vide de ses silences. C'est au contraire nouer le fil de ses paroles à une nécessité intérieure qui ne se révèle qu'entre les mots. Les pauses silencieuses de notre vie intérieure nous confrontent à nous-mêmes, et préparent une parole à venir. "La vérité, que seul le silence ne trahit pas", écrivait Bataille. C'est à cette éloquence silencieuse que reconduit le travail de la cure analytique. L'écoute du psychanalyste, faite de son propre silence, donne corps aux moments de vérité où le discours du patient s'évanouit devant l'excès de sens qu'il vient d'énoncer. Pourtant (mais est-ce un paradoxe?), les textes sur la question du silence sont relativement rares dans la littérature analytique. Les principaux sont rassemblés ici, sous la direction de J.-D. Nasio, à côté de contributions cliniques et théoriques de psychanalystes contemporains. Des éléments de réflexion précieux sur cette question essentielle du Silence en psychanalyse. -Emilio Balturi
Ce livre, qui réunit de nombreux témoignages vécus, propose des réponses à la fois concrètes et spirituelles à une situation trop souvent affrontée dans la solitude et le silence. Acte de foi en l'homme et en son fantastique pouvoir de rédemption, il est aussi - et d'abord - un hymne à l'amour et à la vie.
Les montages hébreux - qui se fondent sur la Bible, le Talmud, la littérature... - s'élaborent bizarrement en une vaste mémoire qui se transmet à travers une certaine faille de l'identité. Les montages "psy" sont aussi une mémoire, celle de chacun, qui s'explore, s'étudie, et transmet parfois, outre des symptômes, une certaine faille porteuse de vie. Entre ces deux types de "montages", quelles résonances? Qu'est-ce qui fait tenir une transmission symbolique? Qu'est-ce qui entretient une tradition? N'est-ce que la culpabilité? Ou autre chose de plus vivant? Et si la Loi n'était pas que celle du père? Et si ce qui la porte n'était pas la seule peur de la faute?
Résumé : La psychanalyse serait-elle la gardienne de la " loi symbolique " ? Nombre de discours veulent nous en persuader. Car c'est " la différence des sexes ", dont la psychanalyse est supposée détenir la raison, qui serait l'alpha et l'oméga de notre humanité. Homme ou femme, il faudra donc qu'on se le tienne pour dit, et qu'on ne méconnaisse pas la " vérité " de l'ordre sexuel. Cet ordre pourtant est-il autre chose que l'effet, normatif, de certaines relations de pouvoir que l'on se garde bien d'interroger ? Effet très concret car il traverse la trame de chaque existence, en même temps qu'il sert de socle à la figure de la famille à laquelle notre organisation politique donne droit - et devoir - de cité. Le psychanalyste est en prise directe sur cet enjeu. Car, dans la perspective inaugurée par Freud et marquée par Lacan, il traite la souffrance psychique en sa relation avec l'inconscient. Or l'inconscient " discours de l'autre ", prescrit ce que nous sommes, et d'abord quand il s'agit de la sexuation. Mais cette prescription est à entendre au double sens du terme : injonction et décret d'oubli. Quelle sera, face à cela, la politique de la psychanalyse ?