Extrait de la préface«Être soi en ce lieu-là»par Philippe ClaudelSouvent l'évocation de la montagne renvoie à une géographie intime, que beaucoup d'entre nous, par pudeur ou par crainte de souiller ce qui leur semble fragile, masquent dans leur quotidien social. Nous sommes des créatures du jeu. Nous jouons à être plus souvent que nous ne sommes. Mais, s'il est un lieu qui nous dévoile, et au sein duquel l'abandon du jeu demeure la condition essentielle d'une survie, réelle ou symbolique, c'est bien la montagne.Aussi le choix de cet angle d'approche - j'allais dire voie - qu'a fait Fabrice Lardreau pour établir les portraits de femmes et d'hommes que l'on va découvrir, se révèle d'une frappante efficacité. Toute tricherie est ici bannie. La montagne dépouille et rend modeste. Et parler d'elle, curieusement, induit la même sincérité. À l'heure où nous avons depuis longtemps foulé aux pieds les dieux que nous avions jadis si longtemps craints, la présence d'une grandeur naturelle nous fait mesurer mieux qui nous sommes.Il est souvent question dans les lignes qui suivent de ce sentiment accepté d'écrasement ébloui. Les portraits recueillis par Lardreau sont des portraits d'humilité. Celles et ceux qui se confient avouent sans mal ce bonheur lié à l'éclosion du sentiment de n'être que peu de chose, et de cette conscience de la vulnérabilité, de la brièveté, de l'infiniment petit que la montagne procure. Cette morale qu'enseigne le haut univers est d'autant plus édifiante qu'elle est éprouvée ici par des êtres dont le parcours, sportif, intellectuel, artistique, scientifique, atteint souvent l'exceptionnel. Il est ainsi des lieux qui nous ramènent, dans une sorte de perspective toute pascalienne - «Par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point; par la pensée, je le comprends» -, à notre étrange double nature.Mais ce qui ressort aussi de ce que le lecteur va découvrir, c'est l'expérimentation d'un bonheur simple, physique ou mental, que la montagne procure, par la faculté qu'elle offre d'éprouver son corps et son âme, et dans le retrait qu'elle propose par rapport à l'accélération du temps du monde, et la vénération de valeurs vénales, mercantiles et vulgaires, qu'on veut nous faire croire être devenues les nouveaux étalons du succès ou de l'échec d'une existence. Les femmes et les hommes qui parlent ici, en des circonstances diverses, dans des montagnes différentes, dans des aventures simples - il n'est pas question de chercher, de dire, ni de promouvoir l'exploit -, ont toutes et tous ressenti l'allégement commun et l'allégresse du renouveau. Être en montagne, contempler la montagne, marcher, skier, grimper, dormir sous les étoiles et contre le liseré velouté d'obscur des crêtes, sous un toit couvert d'une neige lourde et ronde, dirige vers la pensée profonde, nullement savante, qui nous fait examiner la simplicité de nos besoins et de nos bonheurs, et l'artificialité constante dont nous encombrons nos vies d'en bas.
Nom : Albert Einstine (aucun lien de parenté avec le grand savant, excepté la calvitie). Profil : tendance à l'embonpoint, hypocondriaque, mère possessive. Profession : physicien (et accessoirement imposteur). Signe particulier : a inventé la machine à voyager dans le temps. Ambition : devenir le plus grand écrivain du XXe siècle. Programme : s'installer à Dublin en 1904, pour publier Ulysse avant Joyce et Voyage au bout de la nuit avant Céline. Pronostic : mariage avec Eileen, Prix Nobel 1928, mais devrait se méfier d'un jeune blanc-bec, un certain Samuel Beckett. Cinquième roman de Fabrice Lardreau, Contretemps est une variation littéraire sur La machine à explorer le temps de H.G. Wells ; c'est aussi une odyssée drolatique qui place Lardreau dans la course pour le Nobel 2028.
Un village au c'ur du Morvan. Un après-midi d'automne. Une femme remplit des grilles de mots croisés. Jusqu'où les mots, jusqu'où l'attente peuvent-ils conduire ... Entre rêve et réalité, divagation et souvenirs, Fabrice Lardreau installe un récit aussi précis qu'étrange. Restituant minutieusement un univers à la fois quotidien et imaginaire, Quelqu'un marche là-haut tente de saisir des instants de vie, inventant ou réinventant une solitude qui pourrait être la nôtre. Un style épuré et un ton d'une extrême justesse donnent à ce roman intimiste et intemporel une force singulière.
Majorité silencieuse, France périphérique, ils sont les héros des campagnes électorales, objets de toutes les attentions et de tous les fantasmes. Mais que racontent ces Français qu'on dit moyens sur leur vie, quand on cesse de s'exprimer en leur nom ? Pour engager la conversation avec eux, Fabrice Lardreau, qui se revendique comme l'un des leurs, s'est immergé à Bruère-Allichamps (Cher), centre géographique exact du pays, dont les habitants ressemblent beaucoup au portrait-robot de la population française médiane. Il avait découvert ce village mythique au début de L'Argent de poche de François Truffaut, plans rapides d'une vie simple, apparemment sans histoire. Quarante ans plus tard, il a eu envie d'en explorer le hors-champ pour se plonger dans ce mystère brut : la vie des gens, au-delà des clichés. Enquête d'un écrivain dans un concentré de France, sur ce carrefour invisible où nos identités mêlées, nos vies disparates circulent et se rejoignent ? cela s'appelle un peuple, mais qu'y a-t-il derrière les mots ...
Le renard est devenu familier. On l'apercevait partout, au coeur de la nuit ou au petit matin, arpentant les rues, les avenues, franchissant les ponts, traversant les places... " Dans une ville appelée Lutetia, Christian Maupertuis dirige une multinationale chargée de la construction d'un Grand Métro. En homme avisé, il n'hésite pas à s'allouer les services d'un tueur à gages pour supprimer tout obstacle à l'expansion de son empire, du militant écologiste au défenseur des droits de l'Homme. Solitaire et désabusé, Patrick Amiot exécute cette mission sans états d'âme et en toute impunité. Jusqu'au jour où les renards envahissent la ville, ensauvagent les habitants et paralysent le chantier. Objet de tous les fantasmes, cristallisant les peurs et les passions, Goupil provoque une guerre urbaine sans merci. Lutetia devient un terrain de chasse, le théâtre d'un affrontement social où l'homme et l'animal se confondent...
Le narrateur, à la recherche d'une tribu d'Indiens du Mexique, infatigables coureurs de fond, engage le lecteur dans une quête passionnante et le conduit d'aventures folles en découvertes scientifiques sur une nouvelle philosophie de la course à pied: la course minimaliste.
Immortelle randonnée signe l'entrée de Jean-Christophe Rufin aux éditions Guérin. Humour, autodérision, portraits, rencontres, anecdotes... La finesse de l'analyse, la limpidité du style dessinent un tableau original et attachant de Compostelle. Jean-Christophe Rufin a rejoint Compostelle par le Chemin du Nord, le plus sauvage, celui qui longe la mer. Ce qu'il rapporte de ces 900 km à pied est la perception d'une humanité poétique et touchante. Son goût des gens, son sens de l'Histoire, de la singularité des lieux, des destins, la dérision qu'il s'applique à lui-même font de ce texte un manifeste enthousiaste et drôle du grand Chemin qui, certes, n'épargne pas le pèlerin mais dont celui-ci sort grandi et parfois même, heureux.
Walter Bonatti, le célèbre alpiniste et explorateur italien, amarqué les esprits par ses ascensions incroyables et ses écrits.En 1996, il publie pour la première fois ses mémoires, dontchaque chapitre est consacré à l'une des montagnes qui a forgéson caractère et jalonné sa carrière: le Grand Capucin, le K2,les Grandes Jorasses. le Cervin, les sommets de Patagonie et lemassif du Mont-Blanc, où Bonatti frôla la mort et sauva desvies. Il y explique également pourquoi il a mis fin à sa carrièreen 1965 et s'interroge sur l'évolution de l'alpinisme. WalterBonatti est décédé en septembre 2011. "L'aventure est unengagement de l'être tout entier et sait aller chercher dans lesprofondeurs ce qui est resté de meilleur et d'humain en nous.Quand le paquet de cartes n'a pas été truqué gagner à tous lescoups existent encore le jeu, la surprise, l'imagination,l'enthousiasme de la réussite et le doute de l'échec.L'aventure."
Trop d'amis disparus, l'envie peu à peu sapée par le doute, la peur qui prend le pas sur le plaisir : Joe Simpson décide d'abandonner le grand alpinisme. Il n'est pourtant pas évident de tourner la page d'une vie vouée à la pratique d'un sport si extrême et prenant. Dans cet ouvrage, il raconte sa dernière ascension, celle de la face nord de l'Eiger, un symbole de l'histoire de l'alpinisme. Il livre aussi un récit sincère dans lequel il confie sa peur de la mort et explore les paradoxes de cette fascination pour le danger, une exaltation qui peut se révéler fatale.
Joe Simpson et Simon Yates, deux alpinistes britanniques de talent, tentent une superbe première, celle de la face ouest du Siula Grande dans les Andes du Pérou.Ils atteignent le sommet, mais c'est à la descente que se produit le drame. Dans la tempête, Joe tombe à travers une corniche et se casse la jambe. A 6 000 mètres, sur cette montagne isolée du monde, Joe n'a aucune chance de s'en sortir. Il le sent. Et Simon sait que s'il essaie d'aider son ami, lui aussi est perdu!Simon va devoir prendre la décision la plus terrible qui soit: couper la corde qui le relie à Joe...Que se passe-t-il dans la tête d'un homme condamné à couper la corde au bout de laquelle est suspendue la vie de son ami? A quoi peut penser celuidont l'existence ne tient plus qu'à un fil? Comment peut-on trouver la force de lutter alors que la mort semble déjà avoir gagné...Cette extraordinaire aventure vécue, Joe Simpson se devait de l'écrire et de recueillir le témoignage de Simon Yates. Il en est sorti un récit bouleversant, d'une intensité dramatique exceptionnelle. Car au-delà de cette épopée pour la survie qu'aucun écrivain n'aurait osé imaginer, le livre de Joe Simpson est un remarquable témoignage sur la souffrance, physique et psychique, mais aussi sur l'amitié.La Mort suspendue a reçu en Grande-Bretagne le prix Boardman/Tasker de littérature alpine et le prix NCR 89 du récit.
Reinhold Messner revient sur sept décennies d'une vie aux confins de l'extrême. Au coeur de son propos, la vie dans ce qu'elle a de plus essentiel, la passion, le courage et la responsabilité. Très tôt confronté à la mort lors de ses expéditions, Messner a appris à survivre. Aujourd'hui, il s'exprime sans fard au sujet de l'ambition, la culpabilité, les cauchemars qui l'ont hanté, le vieillissement, les nouveaux départs et le renoncement. On retrouvera dans ces pages les étapes d'une vie d'exception qui ont conduit un petit montagnard du Tyrol du Sud à devenir l'aventurier le plus célèbre au monde, mais aussi un homme politique combatif, un agriculteur engagé, un conseiller recherché par les chefs d'entreprise, le fondateur d'un musée des montagnes du monde unique en son genre, et le père de quatre enfants. Reinhold Messner témoigne de cette vie au superlatif en évoquant l'odeur du pays natal, l'espace de liberté dont a besoin un enfant, l'importance de la peur, de l'égoïsme et de l'instinct pour qui doit survivre. C'est un livre d'aventure passionnant qu'il nous offre pour ses 70 ans.
« Les bons alpinistes sont presque toujours des êtres laconiques » Repris, corrigé et réécrit six fois entre 1916 et 1940, avant de recevoir sa forme définitive (et un succès critique sans précédent) en 1975, Ascension est le récit d une ascension en montagne. Deux hommes partent à l assaut d un glacier; les conditions sont mauvaises. Le malaise de l un s intensifie devant la dureté des éléments, à tel point qu il abandonne, et que l autre entreprend une ascension solitaire folle, mais consciemment assumée. Lente ascension, ou lente agonie? On suit pied à pied les héros dans leurs trajectoires opposées, les accidents qui se multiplient, et les songes dont ils peuplent la montagne... Labyrinthe de glace sans trace humaine, ni perspective, et bordé d'abîmes, celle-ci prend un relief fantasmatique et monstrueux. Dans cet univers à la fois transparent et ténébreux, où la réalité tend à se dissoudre, peuvent surgir des événements décisifs et tragiques. L'écriture à ellipses de Ludwig Hohl fascine par sa minutie et sa sobriété. L'auteur tente de percer la personnalité de la montagne à travers ses couleurs, ses méandres, ses formes, son climat... Ascension est une parabole impeccable, dans la lignée du Vieil homme et la mer d Hemingway, ou du Moby Dick de Melville.