L'inflation du mot "fiction" dans son acception la plus contemporaine et la plus pauvre, c'est-à-dire comme une ligne de partage entre le vrai et le faux, permet d'exclure et de parquer la littérature en une réserve, non plus des Indiens, mais de l'imaginaire et de ses manifestations narratives. Il lui dénie toute validité à penser, puisqu'elle ne possède aucune légitimité à instruire l'espace de la réalité. Cependant jamais notre quotidien n'a été à ce point saturé d'histoires: qui raconte sa vie sur un trottoir, qui, sur un plateau de télévision, qui, dans le journal, qui, dans un livre, qui, sur un blog, qui, sur un site internet, le boulanger, le kiosquier, le chef d'entreprise, l'artiste, le ministre, parcourant tout le spectre social et symbolique de notre société. Jamais notre monde ne s'est rendu autant disponible à l'écoute des histoires de chacun, et jamais non plus notre univers technique n'a su diversifier et multiplier à ce point les supports d'inscription des histoires dont la diffusion peut être immédiatement planétaire. Or ces histoires-là, courtes, longues, fragmentaires, sont "vraies", puisqu'elles sont immédiatement identifiées à la réalité d'un locuteur, d'un "sujet". La fantasmatique adéquation du vécu au narré constitue l'identité de l'auteur en même temps qu'elle le constitue et l'identifie comme sujet. Pourquoi faut-il, dès lors, dans un tel contexte, marginaliser et faire taire la littérature en la parquant dans l'espace exclu et réservé de la "fiction", alors qu'elle est précisément l'invention la plus haute et la plus exigeante d'une forme écrite de l'action et du temps humain? Probablement parce que la littérature s'attache, au travers des histoires imaginées, inventées, extraites ou non de la réalité, peu importe!, à penser les questions fondamentales dont les "histoires vraies" font l'économie. Le sujet de la littérature, c'est un sujet problématique dans un être en libre devenir. La littérature est une énergie dangereuse, de désordre, de chaos, une force imprévisible d'inattendues propositions quant à la question du sujet, et il est toujours plus urgent de la cerner dans cet espace livresque de la "fiction", que l'on parcourt en ses heures perdues de loisir et de distraction, où l'on s'accorde précisément à perdre son temps avec ce qui n'est que... littérature.
Non seulement je deviens capable de m'avancer au-dehors, mais ce dehors m'accueille, une longue suite d'évènements heureux qui me paraissent chaque fois des miracles ourdis par la chance, la fortuna. La vie n'est pas seulement finie, elle peut aussi commencer, dans une étrange superposition des forces contraires." Indissociablement romancier et karatéka, Luc Lang parcourt les différents âges de son existence par le prisme des chutes qui ont forgé sa vie de fils, d'homme et de père. Certaines furent tragiques, le jetant à terre, d'autres lui offrirent la chance de lutter. Parce que vivre est périlleux, vivre est un combat. Un combat dont on découvre ici la grammaire, l'éthique, les vertus, la discipline, l'art en somme.
Résumé : "Elle avait dû voir dans mon regard un peu perdu que c'était le moment d'entrer dans ma vie, que tout était possible, qu'elle s'y tiendrait toujours, jusqu'au frisson glacé qui me traverse encore, souvent, irrépressible. Je n'aurais jamais dû la laisser faire". Fred travaille comme saisonnier pour le ramassage des betteraves et rêve de devenir un grand saxophoniste. Alors qu'il attend un train qui ne vient pas, il est abordé par un couple étrange qui propose de l'héberger pour la nuit. Fred se laisse convaincre, et le voici capturé par ce couple, englué dans leur vie en douce et ses secrets nocturnes, prisonnier de leur palais en ruine d'où il faudrait s'enfuir s'il n'était pas déjà sous l'hypnose de leur tentaculaire humanité.
À quatre mois de l'exposition Un siècle d'africanismes 1850-1950 à la nouvelle Tate Gallery, des caisses s'écrasent sur le quai lors du déchargement, tuant un ouvrier, éparpillant les oeuvres prêtées par des pays africains. Dans la cohue de l'accident, des pièces rares disparaissent... Abel Manson, le conservateur, meurt dans d'étranges circonstances au volant de sa voiture, et c'est Martin Finlay, son jeune assistant, qui mène l'enquête alors qu'il achève la préparation de cet événement majeur.Luc Lang reprend la trame de son livre paru en 1991, Liverpool, marée haute, pour la recréer. Il unit l'enquête policière au monologue alcoolique et fiévreux du narrateur, Martin Finlay, qui tente de recoller le puzzle de son destin en essayant de mettre de l'ordre dans cette vertigineuse histoire où se mêlent les arts africains et européens, la tragédie des frères, les impossibles filiations, les rapports nord-sud, comme une fin annoncée des paysages...
Vous voulez vous venger de l'avarice de votre maître ? Faites-lui croire qu'une troupe imaginaire de spadassins est à sa poursuite et que vous avez trouvé un moyen de le sauver. Prenez un sac. Mettez l'homme dans ce sac et prenez soin de bien le fermer. Promenez-le un peu sur votre dos à travers la ville. Profitez-en pour le rouer de temps à autre de coups de bâton. Mais prenez garde que votre victime ne découvre la supercherie...
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
A partir d'un souvenir de lecture d'enfance, un Cosette abusivement attribué à Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en France et à l'étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu'à devenir l'un des récits les plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient mémorable. La question "Faut-il réécrire les classiques ? " apparaît dès lors comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation aux goûts et aux attentes des époques successives. De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie, des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène, l'autrice montre qu'un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais par sa capacité à s'affranchir de son original. Face à des polémiques souvent caricaturales opposant "cancel culture" et sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l'enquête et une érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l'indignation pour affirmer une idée simple et stimulante : la réécriture n'est pas synonyme d'annulation, bien au contraire, puisqu'elle prolonge le plus souvent la vie des oeuvres en élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.