La réification. Histoire et actualité d'un concept critique
Chanson Vincent ; Cukier Alexis ; Monferrand Frédé
SNEDIT LA DISPU
28,00 €
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EAN :9782843032493
Extrait Extrait de l'introduction de Vincent Chanson, Alexis Cukier et Frédéric Monferrand Cet ouvrage collectif interroge l'histoire et l'actualité du concept de réification dans la perspective d'une critique du capitalisme contemporain. Thématisée par Georg Lukacs dans son recueil publié en 1923 Histoire et conscience de classe, et notamment dans l'essai «La réification et la conscience du prolétariat», la réification désigne d'une manière générale «le fait qu'un rapport, une relation entre personnes prend le caractère d'une chose».1 Cette image d'un devenir ou d'un apparaître «chose» de relations humaines ne doit cependant pas être comprise en un sens littéral : elle renvoie à l'analyse de la réduction des individus et des rapports sociaux à de simples fonctions de la reproduction sociale et de l'exploitation dans les sociétés capitalistes, ainsi qu'à la domination qu'y exercent la marchandise, la division du travail, le droit formel, l'État administré et bureaucratique, sur l'activité sociale et les formes de vie. Le concept de réification - qu'on l'interprète en termes de chosification, d'instrumentalisation ou de rationalisation - peut dès lors servir à critiquer les formes contemporaines de la marchandisation et de la déshumanisation des rapports sociaux et de la fétichisation du rapport aux produits du travail, de la pensée et de la culture. Le concept de réification désigne donc moins un phénomène en particulier qu'un ensemble de tendances et de processus sociohistoriques caractéristiques du capitalisme. En associant la critique marxienne de l'aliénation, de l'exploitation, du fétichisme et de l'idéologie avec la thématique wébérienne de la rationalisation formelle dans les sociétés modernes, il permet d'appréhender le système capitaliste dans toutes ses manifestations. C'est à ce titre que ce concept nous paraît crucial dans la conjoncture actuelle, pour dépasser un certain anticapitalisme «traditionnel» en élargissant la portée critique de la théorie au-delà de la simple (quoique toujours nécessaire) dénonciation des inégalités sociales, en vue d'une critique globale du capitalisme. Cependant, force est de constater que, malgré un relatif retour «sur le devant de la scène», notamment depuis l'ouvrage d'Axel Honneth La Réification - dans lequel l'ambition totalisante et anticapitaliste qui portait l'élaboration lukácsienne semble néanmoins passablement émoussée -, cette notion, qui appartient au marxisme dit «hétérodoxe», a toujours occupé une position marginale dans le champ des théories critiques. Dans cet ouvrage, nous voudrions restituer à la catégorie de réification toute sa centralité et en proposer un traitement plus riche et plus systématique, à la hauteur des enjeux de l'époque. PENSER LA RÉIFICATION AUJOURD'HUI : CONJONCTURE THÉORIQUE ET POLITIQUE La crise en cours du capitalisme suscite un vif regain d'intérêt académique et militant pour les thématiques critiques qui ont pu être élaborées dans le sillage du marxisme. Pour n'évoquer que les ouvrages de philosophie en langue française parus ces dernières années, outre le travail de traduction de l'oeuvre des auteurs classiques qui se poursuit actuellement, on peut ainsi souligner la publication récente d'une interprétation globale de l'oeuvre de Marx, d'ouvrages sur le rapport de la philosophie française aux marxismes, et d'une nouvelle synthèse sur le développement et les perspectives de l'école de Francfort. Dans ces travaux comme dans de nombreux autres, la notion de réification est souvent évoquée, mais rarement questionnée pour elle-même, dans les multiples traitements qu'elle a reçus au cours de ses réélaborations au XXe siècle et dans les savoirs et les expériences qu'elle a pu alimenter. Interroger ce concept, c'est donc non seulement ouvrir une porte d'entrée originale sur l'oeuvre d'auteurs qui redeviennent importants pour la théorie sociale (Karl Marx, Max Weber, Georg Lukacs, Theodor Adorno, Jean-Paul Sartre, Henri Lefebvre), mais c'est aussi contribuer à la discussion sur les objets, les moyens et les fins de la critique du capitalisme.
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Nombre de pages
389
Date de parution
27/02/2014
Poids
530g
Largeur
140mm
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EAN
9782843032493
Auteur
Chanson Vincent ; Cukier Alexis ; Monferrand Frédé
Editeur
SNEDIT LA DISPU
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140
Date de parution
20140227
Nombre de pages
389,00 €
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Résumé : Quelques décennies après l'abandon de la fairness doctrine qui défendait aux Etats-Unis un traitement équilibré et "impartial" de l'information, la fièvre gagne l'Europe. Dopés par une concentration accrue des moyens de production médiatique et la pression grandissante du profit, les médias bolloréens occupent en France le poste d'avant-garde. En mobilisant son empire pour mettre les idées de l'extrême droite au centre du débat public et en rouvrant à son rapprochement avec la droite libérale, Vincent Bolloré contribue à les faire accéder au pouvoir. Procès de sa montée en puissance, ce livre éclaire comment le bollorisme traduit une évolution du capitalisme français et pourquoi une partie de la bourgeoisie se plaît à le condamner tout en reprenant ses vues : liberté du possédant d'imposer les thèmes du débat public, confusion entre antisémitisme et antisionisme, obsession de la politique spectacle, dénonciation de l'audiovisuel public, etc. Aujourd'hui, il ne manque plus à cette bollosphère que la prise du pouvoir. Mais peut-être est-il encore temps de l'enrayer, à condition de refaire des médias une question politique et l'objet d'un rapport de force.
Résumé : Pensée et langage, dernier ouvrage de Lev S. Vygotski, est une oeuvre majeure qui a révolutionné la psychologie et les sciences de l'éducation. Publié en 1934, ce livre, longtemps interdit, propose une approche historico-culturelle du psychisme humain, influencée par Marx et nourrie de multiples champs du savoir. Vygotski y redéfinit les relations entre pensée et langage, interroge le développement des concepts chez l'enfant et pose autrement le problème de la conscience sur lequel butent encore les neurosciences. Traduit en français pour la première fois en 1985 par Françoise Sève, cet ouvrage est devenu une référence majeure en psychologie et en pédagogie. et fait vivre une communauté scientifique internationale. Presque un siècle après sa première publication, Pensée et langage continue de nous parler de l'avenir de ta psychologie, en éclairant les liens entre développement individuel et social. Cette nouvelle édition, enrichie d'une préface d'Yves Clot, réaffirme toute la modernité et la portée de cette oeuvre fondatrice.
Extrait de l'introductionJuin 2007. Une unité psychiatrique pour adolescents située dans un secteur défavorisé de la banlieue parisienne. J'y viens régulièrement en tant que sociologue depuis neuf mois, en moyenne trois jours par semaine. Ce jour-là, les professionnels sont réunis en présence du cadre et du chef de service, afin de faire le bilan de l'année. Yasmina, psychiatre chargée des évaluations concernant les adolescents hospitalisés en pédiatrie, exprime sa fatigue et son désarroi: «Je rêve d'avoir une vraie bouffée délirante», soupire-t-elle. J'ai tout d'abord cru à une boutade, avant qu'elle ne précise le sens de son intervention, décrivant le déroulement de ses journées, en grande partie consacrées à résoudre des questions sociales. Nombre d'adolescents souffrent tout autant (voire davantage) de leurs conditions de vie que d'une pathologie avérée. «On a une position compliquée de refuge», commente l'un de ses collègues, avant qu'Alain, infirmier originaire du Congo, n'ajoute: «La psychiatrie regorge des difficultés des cités. Comme le social ne marche pas, ça entraîne des troubles du comportement.» A contrario, accueillir un patient délirant («avoir une bouffée délirante»), c'est être au coeur du métier de psychiatre, se rapprocher de son aspect spécifiquement médical: un symptôme précis, un diagnostic évident, un protocole simple, autour notamment de la prescription d'un médicament.Régulièrement, les professionnels, quel que soit leur grade, s'interrogent ainsi sur les limites de leur fonction. Ils questionnent la catégorisation des troubles qu'ils ont à traiter. Cela tient aux caractéristiques sociales de la population du secteur tout autant qu'à la mission assignée à l'unité lors de sa création autour de l'accueil des jeunes «difficiles», aux «pathologies limites», «rejetés de toutes les institutions». Dans ces cas-là, ce sont les «troubles du comportement» ou les «troubles des conduites» qui sont invoqués comme motifs d'hospitalisation. «Notre service a souvent à prendre en charge ce qui a pu être considéré comme une "pathologie nouvelle", à la limite entre la psychose et la névrose», écrivait le psychiatre responsable pour présenter la structure dans la revue du centre hospitalier en janvier 1999: «Il s'agit de troubles graves de la structuration de la personnalité, avec une désorganisation du comportement qui ne s'accompagne pas de désorganisation de la pensée. Ces troubles sont particulièrement fréquents parmi les jeunes de nos banlieues (alors que d'autres, plus classiques, comme l'anorexie mentale, y sont rares) et s'expriment souvent sur le mode de la violence, de la délinquance et de la toxicomanie.» Les jeunes qui fréquentent l'unité y ont été orientés soit après une hospitalisation en pédiatrie, soit à la demande d'un psychiatre extérieur, soit à la demande d'un service éducatif ou d'un magistrat. D'après un rapport d'activité, parmi les jeunes pris en charge de 1991 à 1994, 21 % disposaient d'un suivi éducatif sous mandat du juge des enfants.Souvent, il s'agit d'intervenir pour évaluer l'état psychique d'un adolescent, d'agir de manière préventive pour éviter que la situation ne se dégrade. Les psychiatres hésitent cependant à poser un diagnostic dans la plupart des cas, la structure psychique étant supposée labile à l'adolescence, susceptible d'évolution. Le flou qui entoure les troubles ainsi que leur caractère socialement situé amènent ici les psychiatres à prendre des distances vis-à-vis d'une demande sociale qui les réduirait à de simples agents de contrôle de l'ordre public. Un an après les émeutes qui ont touché des communes avoisinantes, ils se méfient des politiques publiques qui s'inquiètent de la souffrance adolescente à partir du moment où les jeunes deviennent violents. «On n'est pas là pour les empêcher de brûler des voitures», dit l'un; «on n'est pas là pour empêcher qu'ils se fassent agresser, c'est à la police de faire ça», dit une autre. Face aux éducateurs qui les sollicitent pour des jeunes qu'ils ne parviennent pas à gérer, les psychiatres peuvent répondre: «Qu'est-ce qui vous dit qu'on va faire ça mieux que vous?» Dans nombre de situations, en effet, tout se passe comme si la psychiatrie était amenée à jouer un rôle de soupape face aux autres institutions d'encadrement de la jeunesse en difficulté, qu'il s'agisse de la Protection judiciaire de la jeunesse, de l'Aide sociale à l'enfance, de l'Éducation nationale, des instituts médico-éducatifs.