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Une philosophie provinciale : Prokhor Menchoutine
Kharitonov Mark Sergueevitch
FAYARD
26,95 €
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EAN :9782213592183
C'est un conte que Prokhor Menchoutine, situé dans une petite ville de province russe à l'époque soviétique. On y rejoue, sans le savoir (mais Prokhor, lui, le sait), le monde magique des contes russes. Ils sont tous là, les héros du genre : parias, inadaptés, princes découronnés. Mais c'est aussi l'imaginaire européen qui est convoqué sous l'habit de Cendrillon de la bourgade soviétique : la Comédie des erreurs de Shakespeare, les Contes de Grimm, et surtout ceux de Perrault. Le récit s'achève par un grand bal au " Palais " (le palais de la Culture local) le soir de la mise en scène tant attendue de Cendrillon. Mais qu'adviendra-t-il de la bourgade ensorcelée au douzième coup de minuit ? Chacun son grain de folie en ce monde de la féerie russe, des lubies loufoques, des songe-creux, des dormeurs nés qui, telle la tante Pacha, vont dormir comme on va au cinéma : pour voir des rêves. Prokhor est un clown raté qui, petit garçon, se sculptait le nez avec un fer à repasser aux braises chaudes ; c'est lui qui entraîne toute la bourgade dans sa mystification, et, l'instant d'une fête, lui fait croire que tout est interchangeable. Il devine les pensées d'autrui, gagne des paris absurdes ; pourtant cet adepte exalté de Dionysos, égaré dans la province soviétique, est aussi un naïf, un blessé de la vie. Mais le peuple russe a toujours considéré loufoques et saltimbanques comme des hommes de Dieu. Ce conte de Kharitonov est le premier volet d'une trilogie intitulée " Une philosophie provinciale ". Son réalisme magique reprend la grande tradition gogolienne. Ecrit pendant l'époque de la " stagnation ", c'est-à-dire le brejnevisme, publié avec un retard de quinze ans dû à l'inadaptation du texte au soviétisme ordinaire, il ne ressemble à rien, n'étant ni soviétique ni dissident : il est ailleurs, démontrant que le rêve est indissociable de la vie, que la Russie, même soviétique, continue d'être le pays des chimères et coquecigrues. Né en 1937, traducteur de Thomas Mann et d'autres auteurs allemands, Kharitonov est sorti sous les feux de la rampe avec l'attribution du premier Booker Prize russe, en décembre 1992. Les deux autres textes de la trilogie paraîtront à l'automne 1994.
Nombre de pages
224
Date de parution
02/03/1994
Poids
314g
Largeur
153mm
Plus d'informations
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EAN
9782213592183
Titre
Une philosophie provinciale : Prokhor Menchoutine
Auteur
Kharitonov Mark Sergueevitch
Editeur
FAYARD
Largeur
153
Poids
314
Date de parution
19940302
Nombre de pages
224,00 €
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Anton Lizavine, chercheur littéraire, retrouve dans les archives de la petite ville de Netchaïsk le dossier d'un philosophe local, Milachévitch, disparu dans les années trente. Milachévitch ne disposait en guise de papier que de papillotes pour enrober les bonbons, sur lesquelles il griffonnait des pensées très fragmentaires, presque " présocratiques ", qu'Anton, fasciné, va tenter de reconstituer. Bribes philosophiques ou triviales, paradoxes liés à l'actualité, simples mots à réutiliser, Milachévitch accompagne de ses rébus une intrigue mouvementée, mi-fantastique, mi-policière, mais qui recèle aussi tout le tragique de l'époque stalinienne. Que penser si notre organisation de l'esprit n'est pas la seule possible et si la succession des nombres est conventionnelle ? Entre la montagne de papillotes du philosophe et la montagne des faits et gestes qui créent une vie, ou une époque, Anton devine un lien mouvant et secret. Bientôt, les lignes des destins du Maître de la Philosophie et de son disciple se croisent et s'entrecroisent : ici quête d'une femme mystérieuse, rentrée d'émigration, et enfermement dans une de ces villes hallucinées par la famine où, en 1933, on ne laissait pas entrer les morts vivants venus de la campagne ; là recherche d'une autre femme, la fille de Prokhor Menchoutine, la muette, devenue fille de salle à l'hôpital, dérision des hommes, et qui échouera sans doute chez les fous. Nous sommes à Moscou ce que Jérusalem est à Rome, dit une autre des papillotes. Tous les chemins mènent à nous. Paris ? c'est à quelle distance de nous ? Cinq mille verstes ? Dieu, quelle province ! Maître du leurre stylistique, Kharitonov rénove en virtuose la tradition gogolienne et, dans son croisement de filigranes mystérieux, pose les questions des fins dernières de l'homme, " ce mince écoulement d'encre, cet assemblage de lettres ". Né en 1937, traducteur de Thomas Mann et d'autres auteurs allemands, Kharitonov est sorti sous les feux de la rampe avec l'attribution du premier Booker Prize russe, qui lui a été décerné, en décembre 1992, pour la Mallette de Milachévitch. Déjà parus chez Fayard : Prokhor Menchoutine et Netchaïsk, suivi de Ahasvérus.
Un mode d'existence, de Mark Kharitonov, est le journal de bord d'un esthète moscovite à travers les années d'isolement du brejnévisme, ce sont un peu les " chutes " de ses manuscrits majeurs, pensées en vrac qui s'assemblent mystérieusement comme celles du héros d'Une philosophie provinciale, échos des conversations, des lectures, des méditations d'un homme de culture enfermé dans le sous-sol de l'intelligentsia, rebelle à tout enrégimentement et qui se nourrit secrètement de l'hétérogénéité des langues, des êtres, des métaphores propres à chaque style, chaque climat, chaque époque, chaque vie d'homme. Pourquoi l'homme a-t-il un tel désir de se raconter en dépit des cloisons ? Thème majeur du livre, le bonheur que donne l'art : ces atomes de félicité que procurent un paysage gris de ville, un matin enfumé, un fragment mutilé de vie trouvé à la décharge, le bonheur d'une communication chez un Musil, chez un Pasternak, poète omniprésent dans le brouhaha lyrique de cette réflexion libre. Tous ces thèmes se retrouvent dans le superbe " tombeau " littéraire que Kharitonov érige à la mémoire de son ami Sidour, poète, sculpteur, peintre, manufacturier d'art à partir des déchets de la vie. Né le 31 août 1937, Mark Kharitonov a glané où en étaient ce jour-là, cette année-là, les terribles purges, à quoi pouvait ressembler le foyer ouvrier où vivait sa mère à Moscou, ce que pensait le poète Kharms. Terrains vagues de Moscou, cheminées noires, talus de chemin de fer composent une aquarelle précieuse, à la Music : car le paysage est en nous, et surtout dans ce gamin maigre, boule à zéro, le petit Mark, qui grandit en pays stalinien. Il lit son siècle à l'aide de Mandelstam le poète, de Thomas Mann le magicien, qu'il a traduit en russe pendant toute la période où lui-même n'était pas publié, de Pasternak " l'homme heureux ", un de ses modèles. Son " mode d'existence ", c'est évidemment l'art, la transfusion de bonheur à quoi procède tout art, même l'art le plus tragique. L'art, concentré de vie, est une matière mystérieuse et première de la vie.
Le littérateur Anton Lizavine vient deux fois par semaine donner des cours à Netchaïsk, petite ville où se déroula la féerie de Prokhor Menchoutine. Nous retrouvons le chapeau du magicien au " musée " du père d'Anton, et sa fille, Cendrillon métamorphosée mais frappée de mutisme histérique, dans la demeure de Kostia le trompettiste, hurluberlu de province qui multiplie les inventions inutiles. Quant à Anton, il est déjà sur les traces du philosophe provincial, Milachévitch, qui deviendra le héros du troisième tome de cette trilogie. Au fond de chacun de nous se cache un rêve de " province " : nous vivons, tout comme Anton, à l'angle de la rue Nékrassov (la poésie) et de la rue Campanella (l'utopie). Anton développe sa philosophie en compagnie d'un rêveur un peu dérangé, Sivers, rencontré dans le train. Sivers lui dévoile l'existence d'une eau-de-vie qui fait disparaître des photographies ceux qui la boivent : une apothéose de la discrétion, quintessence même de la province... Entre la séance aux bains publics avec un petit journaliste énigmatique, l'enterrement de son père puis la lecture de ses archives, Anton se sent mis à nu et, devenu adulte, il commence à brûler de la tension qui est la vie vraie, la vie intense et cachée, celle de Netchaïsk. Ahasvérus met en scène le père de l'étudiant Sivers, vieux collectionneur de livres et grimoires, qui dialogue avec un acteur inquiétant. Le grimoire qu'ils examinent et dont ils lisent des bribes, mystérieuses comme la vie, est l'oeuvre du Juif errant, elle-même une errance d'écriture. " Heureux celui qui a des réserves d'éternité ", nous disent ces deux textes qui, sous couvert de conte, parlent d'art, de rêve et d'un certain code génétique du monde. Né en 1937, traducteur de Thomas Mann et d'autres auteurs allemands, Kharitonov est sorti sous les feux de la rampe avec l'attribution du premier Booker Prize russe, en décembre 1992. Déjà parus chez Fayard : Prokhor Menchoutine et la Mallette de Milachévitch.
Les deux Ivan sont le tsar Ivan IV le Terrible et un simple d'esprit qui se rencontrent dans un monde tout gluant de terreur, où les bourreaux, les chiens, les gens d'armes, les bandes de pillards ou d'enfants voleurs de Moscou, qui ont appris d'emblée à vivre avec la terreur, composent un tissu humain compact, haut en couleur et profondément poétique. Kharitonov manie le coloris historique comme une pâte de rêve, love son récit dans les psychologies frustes et anxieuses d'autrefois, dont celle du tsar qui, entre beuveries et massacres, court les monastères pour soulager son âme. Ces esclaves de boue, qu'Ivan pétrit à son aise, dont il détruit les pauvres isbas pour se faire un chemin de bois à travers les marais, sont comme hallucinés ; ils ont, comme des chiens, goûté au sang humain et contracté une sorte de rage. Mirages et sortilèges sont magnifiquement ourdis dans le récit. Ivan finit par ressentir tout ce peuple et cet espace dévasté de son pays comme son propre corps. Monté par les échafaudages au sommet de la cathédrale aux sept bulbes qu'il fait ériger près du Kremlin, il voit l'espace s'ouvrir béant, il distingue Kazan et l'Oural, la mer et les vaisseaux, l'abîme et les marais, cependant qu'un ouvrier, pris de terreur en apercevant le tsar à cette hauteur prodigieuse, tombe dans le vide. Maître des hommes, Ivan l'est aussi de la mémoire, il dicte l'histoire à son diacre, se fait relire les chroniques de ses guerres. Le Khan tatar parvient aux portes de la capitale de bois et d'or, incendie les premiers quartiers de Moscou, puis, changeant d'avis, s'éclipse, cependant que l'autre Ivan, Ivan l'imbécile, berce un enfant enflé par la faim et extrait de sa chapka un oiseau magique qui ne renaît que lorsque apparaît sur terre " un martyr dément susceptible de se mettre en quête de mémoire et de sens ". Sans jamais disserter, fidèle à sa poétique de la magie, Kharitonov est aussi un quêteur de sens : que signifie tant de tourment sur les terres arides de l'histoire humaine ? Né en 1937, traducteur de Thomas Mann et d'autres auteurs allemands, Kharitonov est sorti sous les feux de la rampe avec l'attribution du premier Booker Prize russe, en décembre 1992. Déjà parus chez Fayard : Prokhor Menchoutine, Netchaïsk, suivi de Ahasvérus, la Mallette de Milachévitch et Un mode d'existence.
Ces mots résonnent encore en moi comme une provocation, une pique adressée à mon orgueil. Sûrement était-ce son objectif. Il savait que je ne pourrais rester indifférente au défi qu'il me lançait. Comme tous les hommes politiques d'expérience, il avait le don d'aller chercher dans les tripes de ses interlocuteurs ce qui pouvait les galvaniser. Il en appelait chez moi à un sentiment qui n'a jamais cessé de m'animer : la conviction d'avoir un devoir envers mon pays et mes compatriotes. Il est souvent difficile de se sentir à la hauteur d'un héritage quand celui-ci n'est pas seulement civilisationnel mais aussi familial". .