Marseille au temps des troubles 1559-1596. Morphologie sociale et luttes de factions
Kaiser Wolfgang
EHESS
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EAN :9782713209895
Au temps des guerres de Religion, les luttes de factions aboutissent à Marseille à l'instauration d'une " dictature populaire " : sous Charles de Casaulx, la ville devient pour cinq ans une " république " quasi indépendante au sein de la Ligue catholique. Comment expliquer cette aventure extraordinaire qui, une fois de plus, paraît confirmer l'exceptionnalité de la ville ? L'étude de Wolfgang Kaiser refuse les explications unilinéaires. Elle tente de reconstituer plutôt les configurations complexes et changeantes dans lesquelles ces transformations prennent sens. La morphologie sociale, les mécanismes de la vie politique, les formes de la sensibilité religieuse sont ainsi pris en compte et confrontés. La reconstruction du réseau des relations économiques, familiales et religieuses permet de mieux repérer les contours des factions et de comprendre leurs objectifs. Ainsi surgit une ville aux multiples visages : une aristocratie marchande, qui se définit autant par rapport aux grandes villes italiennes que dans le cadre du royaume, qui associe l'épée et la plume ; un bastion du catholicisme qui voit les persécutions sanglantes des " hérétiques " et l'extraordinaire essor des compagnies de pénitents, mais une ville qui connaît aussi une éphémère période de " tolérance tacite " envers les protestants à l'intérieur de ses murs. A Marseille, une faction bien définie sur le plan social et religieux réussit, au temps de la Ligue, à réaliser pendant un court moment le rêve d'une cité catholique. Rêve sans avenir sans doute, mais qui montre la force conservée de la notion médiévale de bonne ville. Il ne survivra pas à la fin des guerres de Religion.
Nombre de pages
411
Date de parution
12/04/1995
Poids
660g
Largeur
160mm
Plus d'informations
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EAN
9782713209895
Titre
Marseille au temps des troubles 1559-1596. Morphologie sociale et luttes de factions
Auteur
Kaiser Wolfgang
Editeur
EHESS
Largeur
160
Poids
660
Date de parution
19950412
Nombre de pages
411,00 €
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A l'aube des temps modernes, l'Europe est secouée par une série d'affrontements religieux. Par routine ou par paresse, on pense en premier lieu à l'irruption de Martin Luther et des autres protagonistes de la Réforme protestante et à 1a scission de la chrétienté latine. Mais toute l'Europe n'est pas chrétienne : les temps modernes s'ouvrent avec l'expulsion, les conversions forcées et la persécution des juifs et des musulmans dans la péninsule Ibérique de la Reconquista. Et il y a une Europe ottomane, elle aussi plurireligieuse. L'expérience européenne des conflits religieux se fait en outre dans un horizon global de la rencontre avec d'autres religions et civilisations où les Européens découvrent leur propre barbarie. Celle-ci s'exprime dans les atrocités des guerres civiles, des guerres de religion en France à l'action des troupes de Cromwell en Irlande. Partant de la pluralité religieuse de l'espace européen, les affrontements de la première modernité se lisent comme un douloureux processus d'apprentissage d'accepter et de gérer celte pluralité irréductible. Ainsi naît une notion et forme historique, politique et culturelle de l'Europe qui intègre dans sa constitution la conflictualité religieuse. Les contributions ici réunies analysent ce processus couvrant tout l'espace européen. Cet ouvrage est né de la collaboration d'un groupe d'historien(ne)s européen(ne)s spécialistes de ces questions et montre la richesse du paysage historiographique européen.
Comme le premier, ce second tome se réfère directement à des débats civiques actuels, et plus particulièrement au projet de l? « Euroméditerranée », avec ce qu'il implique comme questionnements àl'Union européenne. Là encore, il s'agit de rompre avec la vision classique de deux mondes, Europe et Islam, qui se regardent en chiens de faïence, en concluant parfois des alliances diplomatiques et en s'empruntant de temps en temps sur le plan culturel. Les auteurs infèrent de la longue présence musulmane en Europe, une toute autre perspective pour comprendre les relations et l'entre-deux de la Méditerranée.Leur argument est qu'une forte conflictualité entre l'Europe et les sociétés islamiques n'empêchait pas de véritables relations de continuum, à la fois culturel et humain, un peu comme aujourd'hui où ces relations sont tendues et crispées alors même que l'imbrication des populations est constante. Ils discutent alors l'idée reçue que ce continuum serait le fait de diasporas ou de médiateurs culturels privilégiés pour montrer que des dynamiques intégratrices animent, de part et d'autre et au coeur même de leurs structures, les sociétés en contact.Ce livre plus théorique invite à sortir d'une problématique toujours sous-jacente du « choc des civilisations », en montrant que les frontières politiques et religieuses ne recoupent pas nécessairement des ensembles culturels cohérents et que, si l'adversité politique ou religieuse est bien réelle, il ne fautpas en déduire des situations de vide ou d'interstices sur d'autres plans. Il permet d'affirmer que, sur un autre mode, plus culturel et social, les musulmans s'avèrent solubles dans l'Europe. Les antagonismes religieux ou politiques, aussi rédhibitoires soient-ils, ne doivent pas empêcher de voir les lieux d'une proximité ou d'une identité d'être, au sens de l'être social ou culturel et non pas au sens de l'humanisme.
Marseille est un laboratoire privilégié. La crise actuelle de son modèle de développement économique est aussi celle de son territoire. Aussi la mise en cause de ses équilibres spatiaux appelait-elle tant une lecture historique de la genèse des structures urbaines qu'une lecture géographique des distributions sociales et spatiales d'aujourd'hui. C'est à cette double démarche que répond ce livre. D'une part, en analysant les dimensions synchroniques des activités économiques et démographiques inscrites dans une morphologie urbaine socialement structurée. D'autre part, en construisant le modèle génétique de l'articulation entre division sociale et trame matérielle de la ville : un modèle " libéral ", fruit de stratégies et de conduites, tôt établi au XIXe siècle, porteur d'effets de longue durée, et qu'échoue à altérer une haussmannisation manquée. L'interaction entre modes d'agir et formes urbaines, entre continuités et discontinuités temporelles, a fait de Marseille un cas d'école : division sociale, morphologie, croissance y sont étroitement liées, dans l'espace comme dans l'histoire. La ville se lit dans les principes tant de sa construction sociale que de sa division sociale. La première est le produit d'une création urbaine portée par des groupes, propriétaires, négociants, entrepreneurs immobiliers, animés par des projets mais aussi soumis à des contraintes, des compromis et des ratages. La seconde dessine des oppositions, entre équerre des beaux quartiers, de Longchamp au Prado, et faubourgs industriels, ville et port, nord et sud, avec la Canebière comme frontière, oppositions qui sont autant de composantes historiquement situées d'une structuration sociale du territoire, Dans un double refus du postulat écologique, pour qui la conduite des hommes est subordonnée à l'influence du milieu, et du postulat sociologiste, pour qui la société se projette simplement et immédiatement sur un sol quasiment vierge, l'ouvrage de Marcel Roncayolo est ainsi exemplaire pour les trois modèles qu'il propose, de genèse historique de la ville contemporaine, d'interprétation des relations entre territoire et société, et de mobilisation croisée des démarches de la géographie et de l'histoire.