Extrait Le Pugiliste au repos Salut-ma-Poule se fit choper en train d'écrire une lettre à sa copine alors qu'il était censé prendre des notes sur les particularités techniques du fusil d'assaut M-14. On nous avait logés dans d'étouffantes baraques au toit de tôle ondulée pendant les premières semaines d'entraînement à la dure du mois d'août 1966, au centre de recrutement des marines de San Diego. Le sergent Wright arracha la lettre de la main de Salut-ma-Poule, et plus tard ce soir-là dans la pièce où se réunissaient les nouvelles recrues de la Section 263 il leur lut la lettre d'une voix pleine de sarcasme. Il commença par : «Salut ma poule.'», puis au fur et à mesure qu'il avançait dans la lettre son état d'indignation et de dégoût ne firent qu'augmenter. C'était, dit-il à la fin, une lettre adressée à Rosie-Pue-Du-Con, et ce qui comptait par-dessus tout, le véritable problème, n'était pas Rosie-Pue-Du-Con et sa petite culotte en feu, mais la rapidité de tir du fusil d'assaut M-14. En punition de cette lettre, Salut-ma-Poule dut faire cent tractions sur le sol en béton de la salle de réunion, mais le premier prix qu'il gagna ce soir-là fut de rester connu à jamais sous le surnom de Salut-ma-Poule par les recrues de la Section 263 - s'ajoutant à ceux de petite merde, de pédé, d'étron, d'asticot, et autres injures du modèle courant. Pour couronner le tout, peu de temps après cet incident, Salut-ma-Poule reçut une lettre de rupture de sa copine de Chicago, que le sergent Wright, moi-même et les soixante-dix-huit autres recrues avions tout juste appris à connaître. Salut-ma-Poule n'a pas fait de vieux os chez les marines. Pour la raison qu'il avait cherché des crosses à mon pote, Jorgeson. Jorgeson était mon meilleur ami, et Salut-ma-Poule s'était mis à l'appeler Jorgfoufoune et à le harceler sans répit de provocations. Il en voulait à Jorgeson parce qu'à chaque fois qu'on nous enseignait des techniques de combat au corps-à-corps, Jorgeson marmonnait entre ses dents «Si t'essayais ce coup-là, tu te ferais buter.» Ou : «Si tu faisais ça, tu serais bon comme la romaine.» Il était facile d'en déduire que Jorgeson ne trouvait pas que l'amour du drapeau américain et la défense des idéaux démocratiques en Asie du Sud-Est avaient tant d'importance que ça. Il m'expliqua que ce qu'il souhaitait vraiment était de se procurer un atelier d'artiste dans SoHo, un quartier de New York, de porter un béret, de manger des sandwiches au pâté de foie préparés avec des baguettes rassises, de boire du tokay, de fumer de l'herbe, de peindre des tableaux et d'écouter les chansons plaintives et tristes de la chanteuse française Edith Piaf, connue aussi sous le nom de «La Môme Piaf». Au bout de la première demi-heure d'entraînement à la dure, la plupart des autres recrues auraient voulu se barrer aussi, mais en caressant des rêves de surf, de Corvette et de nanas blondes. Jorgeson aurait voulu être un beatnik, traîner avec Jack Kerouac et Neil Cassady, s'envoyer des coups de ce bourbon couleur d'ambre qui vous brûle le gosier et écouter Charles Mingus jouer du jazz tout ce qu'il y a de plus cool sur sa contrebasse. Il aurait voulu pratiquer le bouddhisme zen, tirer le Yi King, manger du couscous et se plonger dans l'étude des thèmes astrologiques. Pour moi, tout ça faisait partie d'un territoire inconnu. Ayant passé ma jeunesse à Aurora, dans l'Illinois, je n'avais jamais entendu parler de trucs de ce genre. Jorgeson avait une langue acérée et il prenait un ton tellement condescendant pour me parler de tout ça que je n'étais pas sûr qu'il fallait prendre ses discours au sérieux, mais son humour me plaisait et je croyais sans peine qu'il était doué d'une sensibilité d'artiste. Il ne s'agissait pas d'une vague aspiration. J'étais tout prêt à croire qu'il aurait pu devenir l'auteur de tableaux. À ce moment-là, il n'était pas disposé à consacrer tout son coeur à sa formation de marine. Contrairement à moi, il n'avait pas la foi.
Nombre de pages
288
Date de parution
02/11/2007
Poids
189g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782264044310
Titre
Le pugiliste au repos
Auteur
Jones Thom
Editeur
10 X 18
Largeur
110
Poids
189
Date de parution
20071102
Nombre de pages
288,00 €
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Des États-Unis aux confins ravagés de l'Afrique, Thom Jones nous plonge avec ces dix nouvelles dans un monde nerveux fait de désir, de folie et de rage. Une fresque hallucinée à la Bruegel, où des accidentés de la vie (marines, boxeurs...) se confrontent aux maux éternels qui frappent la condition humaine - la guerre et la maladie au premier plan. N'ayant pour seule arme qu'une certaine dose d'ironie... En trois recueils de nouvelles, l'auteur du Pugiliste au repos s'est imposé comme un écrivain américain majeur.
Résumé : Trois recueils de nouvelles auront suffi à faire de Thom Jones un auteur-culte, aux États-Unis comme ailleurs. Pour la première fois traduit en français, cet écrivain singulier, à la voix intransigeante et rebelle, nous fait découvrir un univers violent et poétique, peuplé " d'abîmés de la vie " aux prises avec la découverte de leur fragilité. Qu'elles se déroulent en pleine guerre du Viêt-nam ou dans les milieux universitaires de Nouvelle-Angleterre, qu'elles racontent le dernier et poignant combat d'un boxeur alcoolique ou les visions hallucinatoires d'un Américain égaré à Bombay et victime d'une crise d'épilepsie, les nouvelles de Thom Jones ont un impact presque physique sur le lecteur et participent d'une expérience qui ne ressemble à aucune autre.
Jones Thom ; Huet Jacqueline ; Carasso Jean-Pierre
Thom Jones fait ici ce qu?il sait faire de mieux et même plus encore. On y retrouve des boxeurs, des vétérans de la guerre du Viêt-Nam, des Marines, mais aussi une mère harcelée par son fils hypocondriaque, un proviseur gardant dans son bureau une tarentule afin d?impressionner ses étudiants et ses employés, deux amants perturbés abandonnant tout pour aller vivre dans une cahute sur une plage? Avec son humour noir dopé aux amphétamines, Jones fait le portrait de personnages abîmés, rejetés aux marges de la vie, qui ne peuvent se résoudre à abandonner une partie qu?ils savent pourtant perdue d?avance. Habités par la maladie, la folie et la souffrance, ils livrent leur ultime combat. Partagées entre désespoir et enthousiasme, entre vision réaliste et fiévreuse de la vie, les nouvelles de Thom Jones révèlent les paradoxes douloureux auxquels sont confrontés les hommes aujourd?hui. Sonny Liston était mon ami confirme le talent singulier de Thom Jones et le place comme l?un des meilleurs écrivains américains contemporains.
Antoinette Delaney-Richardson auditionne pour entrer dans la prestigieuse école de Duke (Duke's performing Arts) de Londres. Elle désire intégrer un cursus d'exception qui fera d'elle une star. Elle est la fille d'une célèbre danseuse, ancienne élève de l'école, morte d'un cancer un an auparavant. Cette audition est donc pour Netty le plus gros enjeu de sa vie. Mais au moment de faire ses preuves devant le jury, elle ne peut sortir une seule note de son incroyable voix. Elle est reçue malgré tout, mais le jour de la rentrée, elle n'a toujours pas retrouvé sa voix et elle éprouve un lourd sentiment d'imposture. D'autant que la directrice de l'école est très claire : les élèves doivent viser l'excellence sous peine d'être mis à la porte. Netty parviendra-t-elle à faire entendre sa voix ?
Paris. 1937. Eugène Weidmann assassine cinq innocents. Arrêté en 1939, il sera le dernier guillotiné public en France. Une affaire qui a défrayé la presse et exalté les foules. Elle est racontée en 4 épisodes à la manière d'un feuilleton. Episode 3 : Le tueur au regard de velours : un nouveau cadavre mène la police sur la bonne piste. Weidmann passe aux aveux. Fin novembre, tandis que Paris s'illumine pour l'Exposition universelle, on découvre le corps d'un agent immobilier, tué d'une balle dans la nuque. La police y voit d'étranges similitudes avec une série de meurtres commis peu avant. Bientôt, elle est mise sur la piste d'un individu nommé "Karrer' qui loue une villa à La Celle-Saint-Cloud. Les enquêteurs sont reçus à La Voulzie par des coups de feu. A l'intérieur, quatre individus : Million, Tricot, Blanc, et celui qui se fait appeler Karrer. Son vrai nom glace le sang : Eugène Weidmann. Ce dernier passe immédiatement aux aveux. Pour les enquêteurs, la liste des cadavres va subitement s'allonger.
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