Surnommée "la Stalingrad italienne", la bataille de Montecassino a été l'une des plus féroces de tous les temps. C'est autour de cette abbaye médiévale tenue par l'armée allemande que moururent plus de cinquante mille hommes au cours de quatre batailles, de février à mai 1944. Les Alliés devaient enfoncer la ligne Gustav pour arriver à Rome. Et ils le firent avec toute leur puissance de feu, sans épargner personne - civils, maisons, animaux. S'ensuivit une flambée de viols, qui firent environ trois mille victimes, et dont a témoigné en 1957 le roman La ciociara, d'Alberto Moravia. Le choix du sujet n'est pas sans rapport avec les origines de l'auteur: en effet, c'est à Montecassino que se déroula l'épopée de l'armée polonaise sous les ordres du général Anders, une armée qui, malgré de lourdes pertes mais animée par une volonté farouche, parvint à faire reculer les nazis. "Ce qu'ils n'avaient pas réussi à faire en Pologne, une poignée de Polonais parvint à le faire en Italie: repousser les Allemands", écrit Roberto Saviano. Montecassino est donc le lieu où s'affirma l'héroïsme des Polonais, qui comptaient un millier de juifs. Mais il y avait également, ce qui est moins connu, des Maghrébins, des Américains, des Britanniques, des Indiens, des Népalais et des Maoris. Le livre d'Helena Janeczek, puissant et foisonnant, rend compte de cette diversité d'identités, dont la mémoire a été parfois totalement occultée. On croise ainsi le jeune sergent John Wilkins, de la 36e division Texas, qui fait la guerre pour nourrir sa famille, et qui meurt à Cassino dès la première bataille; on retrouve, plus de soixante ans plus tard, Rapata Sullivan, le petit-fils de Charles Maui Hira, du 28e bataillon maori, qui parcourt les lieux où son grand-père s'était battu pour conquérir une part de dignité. Il y a aussi l'histoire d'Irka, cousine de la mère de la narratrice, juive de Vilna, qui a échappé aux chambres à gaz et qui, dans sa fuite, avec un violon pour tout bagage, opte pour la prison dans le goulag soviétique: elle aura ainsi la vie sauve, alors que sa mère mourra à Treblinka. L'auteur croise constamment les lieux et les époques: ainsi, deux étudiants, Edoardo Bielinski et Anand Gupta, le premier, italien de mère polonaise, le second, indien, sont à Montecassino, en 2007, pour tenter de comprendre le passé. Mais ce qui les frappe davantage, c'est l'existence de nouveaux esclaves: clandestins utilisés pour les travaux des champs, jeunes filles des pays de l'Est victimes de trafiquants avides: eux aussi sont des oubliés de l'Histoire, parfois engloutis dans des tragédies qui les dépassent.
Résumé : La vie retrouvée de Gerda Taro, compagne de Robert Capa, première femme reporter morte à 26 ans, pendant la guerre d'Espagne. Un roman qui rend justice à une femme engagée, résolument libre et pleine de joie de vivre.
Résumé : "Moi, depuis un bon moment déjà, il y a une chose que j'aimerais savoir. J'aimerais savoir s'il est possible de transmettre des connaissances et des expériences non avec le lait maternel, mais bien avant, à travers le placenta ou je ne sais comment, parce que le lait de ma mère, je ne l'ai pas bu, mais j'ai, en revanche, une faim atavique, une faim de mort de faim qu'elle, ma mère, n'a plus." Ainsi s'interroge, dès le début du livre, la narratrice dont la mère, juive polonaise, a survécu à la Shoah qui a englouti toute sa famille. Car la vie quotidienne est imprégnée de cette expérience que les mots sont impuissants à communiquer. D'où le "dressage" continuel et parfois insupportable que la mère impose à sa fille, pour la prémunir contre les dangers, réels ou imaginaires, sans cesse aux aguets. D'où ce sentiment d'être étrangère au monde allemand et à sa culture, même si l'Allemagne a été, par la suite et pour un temps, leur terre d'adoption. Un voyage accompli ensemble, à Auschwitz-Birkenau, et raconté avec une pudeur infinie, permettra, malgré la douleur qu'il suscite, de rapprocher mère et fille, dans la tendresse et la compassion. Par étapes, graduellement, Helena Janeczek nous conduit au bord d'un abîme, dans ses propres ténèbres et dans celles de son histoire familiale : pour dépasser la stupéfaction devant le mal, il faut peut-être oser le regarder en face.
Nicolas Mathieu ouvre pour nous une fenêtre sur le ciel avec ce roman qui n’est constitué que de déclarations d’amour. Son entrelacs de textes composent un hymne à la vie et à ses moments forts. Magnifié par les illustrations d’Aline Zalko.
Si l'on fait la somme des instants fatidiques de nos vies, dix minutes suffisent à définir l'existence d'un être humain. Ce livre raconte les dix minutes décisives d'un homme qui ria toujours désiré qu'une seule chose : la domination. Ce n'est pas une biographie, mais plutôt une ballade, un roman picaresque, rythmé et mordant. De sa plume incomparable, Stefano Massini retrace l'odyssée d'un enfant devenu golden boy, puis entrepreneur sans scrupule, le parcours de celui que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Donald Trump.
En février 2022, les images de l'invasion russe en Ukraine réveillent chez Francesca Melandri un écho douloureux : ces mêmes plaines, où la guerre fait son retour en Europe, sont celles qui ont marqué à jamais la vie de son père, Franco. Comme des dizaines de milliers d'Italiens, il fut envoyé sur le front de l'Est entre 1942 et 1943, sous le régime fasciste. Son histoire, qu'il a lui-même tenté de raconter dans plusieurs romans jamais publiés, est devenue au fil du temps une légende familiale, où les valenki - ces chaussures en feutre typiques de la région - symbolisent à la fois sa survie et le lien indéfectible entre sa famille et cette terre lointaine. En puisant dans les écrits qu'il a laissés, mais en creusant aussi dans les silences, sa fille enquête aujourd'hui sur les zones d'ombre d'un homme qui, comme tant d'autres de sa génération, s'est retrouvé à combattre du mauvais côté. A cette recherche intime, elle mêle une poignante méditation sur la guerre, interroge notre responsabilité de citoyens européens et nous invite à réfléchir à ce que signifie véritablement le mot "paix". Et si l'Histoire n'était pas un lointain récit mais une question qui nous concerne tous, ici et maintenant ?
Dans les années 1960, le jeu préféré des garçons qui vivent sur les hauteurs de Sarajevo est un défi aux lois de l'apesanteur : après l'école, ils se retrouvent pour lancer des couvercles de casseroles dans les airs et deviner où les vents les porteront, de sorte que les disques de métal reviennent entre leurs mains. Cinquante ans plus tard, l'un de ces garçons, Emir Kusturica, a grandi en s'inspirant de cet acte de rébellion poétique contre la nature et est devenu réalisateur, auteur et musicien. Il a vu son pays détruit parla guerre, ses frontières redessinées, mais n'a jamais cessé de considérer la liberté comme le bien le plus précieux qu'un homme doit défendre, plus encore s'il est artiste. Lorsqu'il rencontre l'écrivain Peter Handke, il comprend qu'il n'est plus seul. Dans ce roman-monde, deux rebelles - un cinéaste et un conteur - se poursuivent, marchant sur la corde raide entre les fantômes d'Ivo Andrie et d'Ingmar Bergman, à la recherche de l'essence de l'homme.
Notes Biographiques : Écrivain et essayiste, Alessandro Baricco est né à Turin en 1958. Dès 1995, il a été distingué par le prix Médicis étranger pour son premier roman, Châteaux de la colère. Avec Soie, il s'est imposé comme l'un des grands écrivains de la nouvelle génération. Il collabore au quotidien La Repubblica et enseigne à la Scuola Holden, une école sur les techniques de la narration qu'il a fondée en 1994 avec des amis.