Juste après dresseuse d'ours. Les histoires brutes et non romancées d'une jeune généraliste
JADDO/WINCKLER
FLEUVE EDITIONS
15,11 €
Epuisé
EAN :9782265094314
Kafka, Jarry, JaddoOn entend souvent dire: «Pour être médecin, faut avoir la vocation.» La vocation? Connais pas. Jamais vu. Personne ne me l'a jamais présentée. Et jamais je n'ai entendu aucun médecin et aucun(e) étudiant(e) me dire qu'il ou elle «l'avait». J'en ai entendu beaucoup, en revanche, me dire qu'ils avaient autre chose. Sur le coeur. Et qu'ils auraient bien voulu avoir un lieu, un moment, pour vider leur sac.En général, quand on devient médecin, on porte en soi tout un tas de sentiments mêlés. De la peur, de la stupeur, du dégoût, de la colère. Contre soi-même, souvent. Et, aussi souvent, parce qu'on n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui nous travaille, parce qu'on n'arrive pas à dire les bons mots, souvent on éprouve une brusque et terrible envie de taper sur quelqu'un. Quelqu'un de très con. Un prof ou un chef de service ou simplement un autre étudiant d'un ou l'autre sexe, un peu plus âgé(e) que soi. Mais qui nous a fait faire quelque chose, dire quelque chose, assister à quelque chose dont on aurait pu se passer.Parce que voyez-vous, pour devenir médecin (je veux dire: pour avoir le titre, la position, le diplôme et la liberté-de-prescrire-de-manière-indépendante), d'abord, il faut apprendre. Et pour apprendre, on passe par l'hôpital et on se mêle à des gens formidables (des infirmiers/ères, des médecins) qui aimeraient bien soigner, et qui voudraient soigner bien, mais qui en sont empêchés par une toute petite clique d'empêcheurs de soigner en coeur, des malfaisants - parfois seulement plus bêtes que méchants, mais malheureusement si bien placés qu'ils transforment l'hôpital, ce lieu de soins, en un lieu de torture - pour les patients, mais aussi pour les soignants de bonne volonté.L'hôpital c'est... comment dire? C'est Le Château, de Franz Kafka. Le pauvre Joseph K. n'y est pas entré, mais les étudiants en médecine, externes, internes, y passent un tiers de leur jeune vie avant de décrocher leur diplôme. Et à l'intérieur du Château... eh bien, c'est comme dans du Kafka. L'absurdité des situations, la méchanceté inique et gratuite de certains mandarins en place ou en puissance, les certificats qui ne veulent rien dire, les dossiers qu'on ne trouve pas (ou dont on trouve deux exemplaires qui ne peuvent pas appartenir à la même personne, alors lequel est le bon?), les «Viens que je te montre une belle tumeur», les «Faut que je te parle» menaçants qui font frémir («Est-ce que j'ai tué quelqu'un hier?») et qui se révèlent être une mesquinerie à la mesure de la hiérarchie ubuesque des imbus en blouse blanche - oui, c'est Kafka et Jarry, tout à la fois. Aujourd'hui. En pas moins grinçant.Quand on lit l'hôpital et l'apprentissage de la médecine dans le blog de Jaddo, on se dit qu'apprendre à devenir médecin, c'est pas seulement ardu, intellectuellement parlant, c'est aussi périlleux, émotionnellement. On court, chaque jour, le risque de péter un câble, de saisir le bassin (ce truc sur lequel on imposait autrefois aux patients alités d'uriner comme si c'était possible... Quoi? Pas seulement autrefois? Il y en a encore?) et de le balancer à la gueule de celui ou de celle qui vient de dire une connerie, de lancer une ignominie, d'infliger sa maltraitance quotidienne.En la lisant, on se dit que pour faire médecine, il faut avoir le coeur bien accroché. Il faut savoir se retenir de taper. Transformer les cris refoulés en paroles et en gestes de soin, vers celles et ceux qui en ont besoin. Et c'est dur. Comme d'essayer d'avoir l'âme en paix dans un pays en guerre.
La révolution est une chanson d'amour qui nous invite à danser sur les ruines de l'Ancien Monde. " Alors que des milliers de personnes se noient en Méditerranée, cherchant à atteindre l'Europe pour y trouver refuge, une femme capitaine décide de prendre la mer avec son équipage. Elle refuse d'accepter que l'Union européenne ait décidé de laisser les gens mourir en toute connaissance de cause. Mais quand leurs opérations de sauvetage sont sabotées, elle comprend qu'elle va devoir se battre pour sa liberté et affronter un pouvoir politique qui est prêt à trahir ses valeurs. Son seul espoir : la rébellion. Un roman engagé pour éveiller les consciences.
Un roman bouleversant qui célèbre la résilience à travers le dépassement de soi, le handisport et l'amitié, et nous fait voyager depuis la France jusqu'à l'île de la Réunion. Ils étaient quatre, inséparables depuis l'enfance. Antoine et sa s'ur Emmy, leur cousin Julian, et Graziella, l'amie devenue un membre de la famille à part entière. Ensemble, ils formaient les Quatre Mousquetaires, unis par un pacte sacré. En ce début d'été 2024, à l'aube de leur vie d'adulte, chacun s'enflamme, les projets s'enchaînent. Emmy a décroché un contrat dans une clinique vétérinaire, Graziella et Julian s'apprêtent à franchir un cap en emménageant ensemble et Graziella espère voir sa carrière de sportive dans le milieu du trail décoller. Mais une nuit de juin, elle est victime d'un accident qui fait basculer sa vie et voler ses rêves en éclats. Après le drame, comment continuer à être ceux qu'ils étaient ? Comment préserver leur unité quand le chagrin fissure leurs certitudes ...
Un polar extrêmement bien construit, rempli de rebondissements, où prestidigitation et cruauté s'entremêlent. Un retour aux sources qui fait du bien : exit internet, les bases de données gigantesques et toutes les technologies. La résolution de cette enquête ne tient qu'à la détermination d'un homme et la collaboration d'une équipe.
Le nouveau roman de Sophie Loubière après Cinq cartes brûlées, Prix Landerneau Polar Madeline, Christian et leurs enfants rêvent depuis longtemps d'un appartement plus grand où chacun aurait son espace. Un rêve rendu impossible par la réalité du marché parisien. Quand l'occasion se présente pour Christian d'obtenir le poste de conservateur au cimetière de Bercy, avec un pavillon de fonction de 180 m2, la famille Mara n'hésite pas et s'y installe au début de l'été 2019. Peu à peu, les enfants se font au panorama. Tandis que Madeline, caporale cheffe sapeur-pompier, sauve les vivants, Christian veille les morts. L'âpreté de son métier réveille bientôt en lui le besoin d'extérioriser ses émotions par la peinture. Au coeur de ce fragile équilibre où les métiers de l'un et de l'autre pèsent lourds, la maison révèle ses fêlures. Lentement. Insidieusement. Quelque chose menace cette famille recluse au milieu des tombes. Une menace dont personne ne mesure encore l'ampleur.
Une histoire mondiale des tueurs en série. Qui sont-ils ? Depuis quand plongent-ils leurs griffes dans le corps de leurs victimes ? Est-ce un phénomène criminel mondial ? Quand le terme de " tueur en série " apparaît-il ? Comment la presse accompagne-t-elle leur évolution ? Comment les forces de police s'adaptent-elles pour contrer la menace qu'ils font peser ? Du XIXe siècle à nos jours, Fabrice d'Almeida et Marjorie Philibert remontent le fil des enquêtes les plus célèbres tout en suivant l'évolution de la presse et des techniques de police. Car les tueurs en série n'ont rien d'exceptionnel ; ils expriment seulement la face cachée de nos sociétés et incarnent un fantasme collectif.
Cette très belle ethnographie, qui se distingue par la qualité de son écriture, est le fruit de six années d'enquête en immersion dans un quartier noir de Philadelphie frappé par les effets conjoints de la misère, de la délinquance et de la politique d'incarcération de masse. Elle reconstitue l'existence précaire des jeunes hommes qui tentent de se soustraire à un harcèlement policier et judiciaire constant et dont l'ensemble des actions et relations, y compris les plus quotidiennes et les plus intimes, sont marquées par l'activité des agents du système pénal et par les pressions qu'ils exercent sur leurs familles et leurs proches. L'ampleur du déploiement policier et des incarcérations dans le secteur de la " 6e Rue " transforme les vies en profondeur, non seulement celle des jeunes hommes qui sont leurs cibles, mais aussi celle de leurs familles, de leurs compagnes et de leurs voisins. Composant avec sensibilité et talent entre récit, notes de terrain et dialogues, Alice Goffman donne à comprendre ce que vit une communauté en fuite à l'heure où, aux Etats-Unis, un jeune Noir sur neuf est en prison contre moins de 2 % des jeunes Blancs. La postface de Didier Fassin, titulaire de la chaire de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study, éclaire la réception très singulière de l'ouvrage aux Etats-Unis, où il a connu un immense succès avant de susciter une intense polémique. Traduit de l'anglais par Sophie Renaut Née en 1982, Alice Goffman a reçu pour la thèse dont est tiré ce livre le Prix de la meilleure thèse de l'American Sociological Association. Elle enseigne à l'Université du Wisconsin. Elle est la fille d'Erving Goffman. On the Run a été publié en 2014.
Comment empêcher les hommes de bafouer les droits des femmes ? En matière d'égalité entre les sexes, qu'est-ce qu'un "mec bien" ? Il est urgent aujourd'hui de définir une morale du masculin pour toutes les sphères sociales : famille, entreprise, religion, politique, ville, sexualité, langage. Parce que la justice de genre est l'une des conditions de la démocratie, nous avons besoin d'inventer de nouvelles masculinités : des hommes égalitaires, en rupture avec le patriarcat, épris de respect plus que de pouvoir. Juste des hommes, mais des hommes justes.
Les Pouvoirs du sacré pose une question brûlante : celle de la place persistante du sacré et de la religion dans la vie sociale contemporaine. Ni une vision linéaire de la sécularisation comme déclin progressif et mondial de la religion, ni une compréhension mystique du "retour du religieux" ne conviennent pour appréhender ce phénomène complexe. Hans Joas parcourt, synthétise et discute les grands paradigmes qui ont été élaborés par la philosophie et la sociologie, depuis le XVIIIe siècle, pour penser la vie religieuse. En discussion critique avec Max Weber, Joas construit une alternative au récit du "désenchantement du monde". Il estime qu'une compréhension du devenir de la religion ne peut se séparer d'une interprétation des tensions entre le politique et le religieux, l'Etat et les Eglises, qui ont paradoxalement créé des interstices dans lesquels les individus ont pu construire leur liberté et redéfinir leur vie en commun. Il s'agit aussi d'un livre engagé en faveur d'un universalisme des droits de la personne qui se traduirait, au plan théologico-politique, par le double rejet des théocraties et des dictatures laïques, et par une mise en garde contre la tentation d'une "auto-sacralisation de l'Europe" contre l'islam.