Eva Gonzalès. Rencontre avec une jeune femme moderne
Jacquet Elisabeth
ATELIER CONT
24,99 €
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EAN :9782850350153
Aux dires d'Elisabeth Jacquet, ce livre partait comme un roman : "Cédant au narcissisme contemporain et tapant un jour son nom sur un moteur de recherche, mon héroïne avait vu son existence virtuelle supplantée par celle d'une femme du temps passé, mieux référencée sur les moteurs de recherche". Cette femme, c'est Eva Gonzalès (1849-1883), amie et seule élève de Manet, auteure d'une oeuvre peinte trop tôt interrompue par la mort et, sinon héroïne contemporaine, du moins jeune femme moderne. Bien digne de cette étrange genèse, l'ouvrage adopte une forme singulière où se mêlent monographie, enquête biographique, roman et autobiographie. De fait, l'image de cette artiste femme dans un milieu d'hommes, peinte par Manet puis se peignant elle-même, offre à l'auteure le reflet mi-concret, mi-fantasmé d'une vie et d'une époque à l'aune desquelles elle peut dès lors appréhender la spécificité des siennes. Face aux tableaux et aux documents, c'est avec sympathie que le regard de romancière d'Elisabeth Jacquet se porte sur tout ce qui fait signe : expressions du visage, postures du corps, habillement, lieux et objets. Pour finir, de telles observations bien senties - par exemple - sur la relative claustration d'une peintre dont les confrères se tournaient de plus en plus vers le dehors, contribuent à éclairer son statut de femme non moins que son oeuvre d'artiste : "La rue : masculin. L'architecture : masculin. La gare : masculin. [... ] Le salon : féminin. L'intérieur : féminin. Le balcon : féminin". Sa méthode n'empêche donc pas, bien au contraire, le livre d'Elisabeth Jacquet de proposer une reconstitution approfondie et salutaire de la figure d'Eva Gonzalès en son époque. Quoique cette reconstitution gravite bel et bien autour de quelques autres personnages récurrents non moins finement portraiturés - Manet et Berthe Morisot, bien sûr, mais également la famille et le mari de l'artiste, qui formaient son cercle le plus proche -, elle n'en néglige pas pour autant un contexte historique, intellectuel et artistique plus large, et se hisse de la sorte au rang d'une vraie contribution à l'histoire de l'art. S'il est cependant un point où l'ouvrage d'Elisabeth Jacquet se singularise entièrement, c'est cette forme kaléidoscopique, éclatée et ouverte, intégrant clichés numériques et captures d'écran, qui tâche d'épouser au plus près les heureux hasards de la recherche. De fait, tout l'ouvrage est traversé par une question dont il semble presque être le fruit : comment regarder les oeuvres d'art à l'heure de leur reproductibilité technologique ? comment rendre compte à travers notre prisme contemporain d'une sensibilité façonnée par des normes si différentes ? qu'est-ce qui résiste et relie, et justifie pareille tentative ? - Ce livre, dans sa forme même, essaie une réponse. Ce texte est à l'origine d'une exposition autour d'Eva Gonzalès qui se tiendra au musée de Dieppe à l'été 2020 dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste.
Nombre de pages
167
Date de parution
06/11/2020
Poids
376g
Largeur
161mm
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EAN
9782850350153
Titre
Eva Gonzalès. Rencontre avec une jeune femme moderne
Auteur
Jacquet Elisabeth
Editeur
ATELIER CONT
Largeur
161
Poids
376
Date de parution
20201106
Nombre de pages
167,00 €
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C'est l'histoire d'une femme qui travaillait ne travaille plus qui est mariée et a un enfant. L'histoire de cette femme qui vit à notre époque et se pose pas mal de questions. Un jour elle découvre qu'elle figure dans le livre d'un écrivain célèbre. - C'est bizarre parce que moi je ne crois plus aux histoires et en même temps j'ai besoin qu'on m'en raconte.
Constitué de 133 souvenirs de préadolescence, un âge où les questionnements fusent, où les rêves prennent des dimensions fantasmagoriques. La naïveté devient parfois cinglante, le loup se cache derrière chaque objet. Une sensation de virtuel avant l'heure dans un univers très années 70, sous les traits d'une écriture singulièrement appropriée où le souci du détail alimente les mots d'enfance. Enfance qui, en chacun, ne cesse de rester.
Un livre qui en contient deux : roman d'une soirée entre amis trentenaires (Avec nous on sera vingt-sept) et romances à épisodes (Le retour des semelles compensées) interrogent notre monde contemporain l'identité, l'amour, le couple, le sexe, la procréation, la maternité, le féminisme, la féminité et les injonctions de la société de consommation... Ecrits dans les années 90, ces deux textes poétiques et engagés reparaissent aujourd'hui dans toute leur nouveauté, anticipant avec humour l'étourdissement généralisé, et militant pour la préservation de notre intelligence et notre intériorité.
Morceau de choix et de week-end : la lecture du supplément télévision. Dans une écriture blanche et volontairement idiote, sont listés tous les problèmes métaphysiques qui en découlent? : comment ne pas rater les enregistrements qui commencent après minuit ("?on est déjà le lendemain de la date du film inscrite sur le programme?") ou bien?les "?très grands films?" qui endorment radicalement et à la place desquels on choisit un téléfilm. Que de tracas. Heureusement, cet opuscule, qui fait rire, fait le ménage dans le cerveau, remplacera agréablement environ trente minutes de zapping morose.?(Eric Loret, Libération du 16 juin 2006)
Cet ouvrage est la traduction d'une sélection d'articles du critique et historien d'art étatsunien Robert Storr, acteur essentiel de la scène contemporaine depuis les années 1970. La traduction de Robert Storr s'impose d'abord en raison du rôle central qui a été le sien dans la réception d'une scène artistique américaine parvenue à maturité, émancipée de la tutelle européenne et capable d'articuler une tradition d'avant-garde suffisamment riche et continue pour susciter ses propres retours critiques. Storr se fait ainsi le chroniqueur attentif des séquelles du formalisme greenbergien, des surgeons de l'art conceptuel et minimal et de l'émergence du postmodernisme, qu'il observe avec une conscience aiguë des enjeux soulevés par les avant-gardes du début du xxe siècle. C'est précisément en dialogue avec les attitudes esthétiques propres aux avant-gardes et à la postmodernité que, bousculant les hiérarchies, il s'intéresse avec une inlassable curiosité aux pratiques les plus traditionnelles et à la culture populaire - avec une longue prédilection pour les formes du grotesque. De cette ouverture témoigne également son attention à la circulation de la production contemporaine entre Europe et Amérique du Nord. Observateur avisé des débats politiques et sociaux qui nourrissent la création artistique, il développe enfin un discours critique, sensible à l'expression des minorités, qui anticipe l'ambition des studies sans jamais renoncer à l'exigence conceptuelle ni céder aux modes intellectuelles. La production critique de Robert Storr s'illustre également par sa qualité littéraire et intellectuelle, nourrie d'une connaissance approfondie de la théorie et de l'histoire de l'art mais aussi de l'expérience du travail en atelier et du processus de production. La situation de chaque artiste dans l'histoire, il ne l'appréhende pas seulement en fonction du développement logique de chaque discipline à l'intérieur du vaste processus de la modernité - comme le formalisme américain s'y est longtemps astreint -, mais aussi des nécessités propres à l'artiste, de sa biographie et de son environnement matériel dans un contexte social donné.
des Forêts Guillaume ; Rabaté Dominique ; Bettenco
Prolongeant la publication en 2015 des oeuvres complètes de Louis-René des Forêts en "? Quarto ? ", ce livre collectif présente pour la première fois de manière exhaustive tout l'oeuvre peint et dessiné de l'écrivain. On connaissait déjà par des expositions dans les années 70 et par des publications en revue (notamment le "? Cahier du Temps qu'il fait ? " en 1991, certaines reproductions dans le "? Quarto ? ") l'activité picturale de Louis-René des Forêts, à laquelle il s'est consacré durant plusieurs années alors qu'il avait cessé d'écrire. Mais on en avait jamais eu que des vues partielles, plus ou moins bien reproduites. C'est donc un manque que vient combler cette publication collective, en permettant de reproduire en grand format les soixante et une peintures de l'auteur et la totalité de ses dessins. L'ouvrage sert donc de catalogue raisonné de toute cette oeuvre secrète pour la donner à voir de la façon la plus exacte et la plus agréable, de la découvrir enfin dans l'ampleur et l'originalité de ses compositions, dans la variété de ses réalisations plastiques. Reprenant son titre à celui d'un des tableaux de des Forêts, cet ouvrage propose aussi une véritable enquête biographique et critique de la constitution de l'oeuvre picturale, en reprenant patiemment la chronologie des dessins et des tableaux, pour établir précisément l'archéologie ancienne d'une activité qui remonte aux années de collège entre 1930 et 1932. On trouvera ainsi l'ensemble des dessins que le jeune des Forêts fait sous nom d'emprunt de ses camarades et de ses maîtres, et où il jette les bases de l'univers adolescent qui irrigue son oeuvre jusqu'à Ostinato. On découvrira aussi une série de dessins de facture plus réaliste, des choses vues prises plus ou moins sur le vif, comme lors d'un voyage en Angleterre en 1970. Il faut donc souligner que l'ouvrage donne accès pour la première fois à une part véritablement cachée de l'oeuvre, qui est ainsi mise en rapport avec les tableaux, eux aussi donnés à voir pour la première fois de façon exhaustive, et dans un format qui leur rend mieux justice. Cessant d'écrire entre 1968 et 1974, Louis-René des Forêts trouve dans la liberté du dessin et dans l'aventure de la gouache une autre manière de s'exprimer, sans doute plus proche d'un monde onirique auquel il donne libre cours, dans des compositions souvent baroques qui jouent des effets de redoublement et de miroir. Quand il entreprend à partir de 1975 "? Légendes ? " qui deviendra Ostinato, il pose définitivement crayons et pinceaux. Mais le détour par la peinture, par les visions qui s'imposent à lui pendant ces années, a nourri le retour à une écriture poétique et obliquement autobiographique. Pour accompagner ce voyage dans les tableaux et les dessins, l'ouvrage propose aussi plusieurs pistes de réflexion sur les liens entre écriture et dessin. L'introduction de Dominique Rabaté revient sur la puissance onirique des tableaux. Bernard Vouilloux établit avec soin la chronologie des dessins en commentant précisément leur évolution. Pierre Vilar déplie les trois temporalités qui fabriquent le pouvoir d'étrangement de visions qui consonnent avec celles de Klossovski ou de Bettencourt (dont les textes sont ici repris en fin de volume). Nicolas Pesquès suggère deux récits critiques qui rendent compte du hiatus et des liens entre littérature et peinture chez des Forêts.
Sans qu'on y prête attention la notion de chef-d'oeuvre est sortie du vocabulaire de l'art contemporain. On ne parle plus de chef-d'oeuvre que pour l'art du passé, et encore. Pris séparément, les mots qui composent l'expression sont eux-mêmes démodés. A l'heure du management libéral, "Chef" et "oeuvre" sonnent trop "vieux monde" , on ne trouve plus de chefs que dans quelques niches : les gares, les cuisines, les orchestres symphoniques... ! Les artistes pensent davantage leur production comme un continuum au sein duquel les pièces découlent les unes des autres et pour lequel c'est la cohérence de l'ensemble qui fait sens. A l'heure des réseaux sociaux et de l'interactivité sans fin, il y a dans "chef" et dans "oeuvre" quelque chose de bourgeois et de vaniteux qui date. Les historiens eux-mêmes n'utilisent plus guère le mot, même pour les oeuvres anciennes préférant laisser cette forme superlative à la littérature touristique et à l'emphase des marchands. On peut donc se demander de quoi cette disparition est-elle le symptôme, par quoi elle a été comblée et ce qu'est devenu ce mot maintenant qu'il ne joue plus son rôle de référence absolue, s'il a rejoint les poubelles de l'Histoire ou s'il se tient tapi dans des limbes d'où l'on peut s'attendre de le voir surgir à un moment ou à un autre. Le livre se propose de voir ce qu'il en est du chef-d'oeuvre aujourd'hui et si sa disparition est un symptôme permettant de comprendre notre contemporanéité. Deux textes pour deux approches différentes, celle d'un artiste et celle d'un critique. Deux approches qui se reflètent, se complètent, se contredisent... pour que chacun puisse faire le procès critique de cette notion.
Aucun poète, aucun écrivain ni aucun philosophe de la tradition française et européenne ? pas même Diderot, pas même Stendhal, pas même Baudelaire, Proust ou Rilke ? n'a jamais comme Bonnefoy misé sur l'élucidation de l??uvre des peintres, des architectes, des sculpteurs et des photographes pour orienter sa réflexion ; ni consacré d'aussi nombreuses pages, aussi sérieusement et patiemment averties que les siennes, à ces arts visuels. Or ces essais critiques sur l'art ? le massif le plus considérable de son ?uvre ? restait jusqu'à ce jour très peu étudié, relativement méconnu par la plupart des historiens. Loin de s'en tenir à l'entreprise inédite de présentation, d'explication et de compréhension des écrits sur l'art du poète (ses monographies, ses articles parus dans des revues savantes sur l'art, ses traités d'histoire des formes, ses catalogues d'expositions, son enseignement et son activité éditoriale, etc.) le présent ouvrage se propose une seconde tâche, plus radicale, qui ourdit l'ensemble de son propos : celle de refonder l'histoire de l'art dans son rapport à l'histoire du nihilisme. Le geste original de Bonnefoy consiste à appréhender les ?uvres du passé et du présent non pas sous le régime objectivant et distancié d'une histoire des styles ou des courants esthétiques successifs, mais en élaborant une herméneutique existentielle des trajectoires artistiques qui met à chaque instant la démarche historique à l'épreuve de la singularité. Car seules des singularités, des artistes bien réels et non des objets culturels, seront susceptibles de défaire la totalité hégémonique du monde-image. D'où suit que l'enjeu ultime de l'explicitation de l??uvre critique de Bonnefoy est la possible reconfiguration de la discipline constituée de l'histoire de l'art par une pensée du poétique comprise comme résistance spirituelle à l'expérience dévastatrice du néant.