Jaccottet Philippe ; Jaccottet Anne-Marie ; Sourdi
BRUIT DU TEMPS
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EAN :9782358731836
Ce nouveau volume de notre collection « Poésie en poche », qui bénéficiera désormais d'une présentation plus luxueuse, sur un papier de qualité et avec une couverture à rabats, reprend, pour la première fois en France, l'édition originale de La Promenade, publié en 1957 par l'éditeur suisse Mermod, en reproduisant les dessins d'Anne- Marie Haesler-Jaccottet. Ce qui nous a décidés à le passer en poche, c'est qu'à la différence des autres livres majeurs de Jaccottet, celui-ci n'a jamais connu une grande diffusion (sauf dans le volume des ?uvres de la « Bibliothèque de la Pléiade » où il était déjà présenté par notre préfacier, Jean Marc Sourdillon). La Promenade est pourtant le tout premier livre en prose du poète. Commencé à l'automne 1952, repris et complété peu après le mariage de Jaccottet et son établissement à Grignan, il marque dans l??uvre un premier mouvement de retour sur une expérience poétique encore à ses débuts, treize ans avant la parution de Paysage avec figures absentes. C'est par La Promenade que Jaccottet inaugure la forme de prose méditative à laquelle on l'associera, découlant tout entière de sa pratique de la note : cette prose toujours à la recherche de la plus grande exactitude (le poète se demande sans cesse si ce qu'il vit, fait ou décide « sonne juste ») oscille entre le recueil d'observations, le discours solennel et la confession. Livre à la fois nocturne et matutinal, « le plus lumineux et le plus perméable de tous les arts poétiques [du xxe] siècle » selon Peter Handke, La Promenade est l'Incipit vita nova de Jaccottet, le petit livre blanc des commencements. L'admirable, c'est que la description d'une expérience menée à l'intérieur des mots nous parle en réalité de notre propre vie. Comme le remarque son préfacier, « on y perçoit presque à tout moment la présence d'une discrète jubilation, l'eurêka modeste du poète qui découvre la cohérence de sa propre manière. »
Nombre de pages
120
Date de parution
18/11/2022
Poids
132g
Largeur
108mm
Plus d'informations
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EAN
9782358731836
Titre
La promenade sous les arbres
Auteur
Jaccottet Philippe ; Jaccottet Anne-Marie ; Sourdi
Editeur
BRUIT DU TEMPS
Largeur
108
Poids
132
Date de parution
20221118
Nombre de pages
120,00 €
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Trois voyages : l'Andalousie, la Grèce et, tout récemment, l'Egypte, donnent naissance à trois proses qui sont, comme toujours avec Jaccottet, à la fois de poétiques notations d'instants privilégiés et de graves réflexions sur l'univers méditerranéen. Vignette de Pierre Tal Coat.
«Autrefois,moi l'effrayé, l'ignorant, vivant à peine,me couvrant d'images les yeux,j'ai prétendu guider mourants et morts.Moi, poète abrité,épargné, souffrant à peine,aller tracer des routes jusque-là !À présent, lampe soufflée,main plus errante, qui tremble,je recommence lentement dans l'air.»
Ce peu de bruits qui parviennent encore jusqu'au coeur, coeur de presque fantôme. Ce peu de pas risqués encore vers le monde dont on dirait qu'il s'éloigne, quand c'est plutôt le coeur qui le fait, de mauvais gré. Pas de plainte là-dessus toutefois, rien qui couvrirait les ultimes rumeurs ; pas une seule larme qui brouillerait la vue du ciel de plus en plus lointain. Paroles mal maîtrisées, mal agencées, paroles répétitives, pour accompagner encore le voyageur comme une ombre de ruisseau.
Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance, plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne". "Comme le feu, l'amour n'établit sa clarté que sur la faute et la beauté des bois en cendres". Ces vers ouvrent et ferment le poème intitulé L'Ignorant qui donne son titre au nouveau recueil de poésies de Philippe Jaccottet. Ils indiquent admirablement la recherche philosophique et poétique qui domine l'oeuvre que nous donne aujourd'hui l'auteur de L'Effraie. Les trois "livres" de ce volume (Dans les rues d'une ville - Paroles dans l'air - Le livre des morts), composés respectivement de 13, 20 et 7 poèmes, prouvent que l'unité profonde d'inspiration, la rigueur et l'originalité d'expression, la sobriété dans la richesse demeurent les qualités maîtresses du poète.
Je n'ai pas envie de parler de moi, mais d'épier les pas du siècle, le bruit et la germination du temps..." Même s'il s'en défend, avec Le Bruit du temps, publié en 1925 et rédigé en Crimée dès 1923, Mandelstam signe son livre le plus autobiogaphique et donc la meilleure introduction qui soit à son oeuvre. Il y évoque le Pétersbourg d'avant la révolution et sa formation de poète: de la bibliothèque (russe et juive) de son enfance à l'étonnant professeur de lettres, V. V. Gippius, qui lui a enseigné et transmis la "rage littéraire". Mais le livre est aussi une éblouissante prose de poète, qui annonce Le Timbre égyptien. Une prose où le monde sonore du temps (concerts publics, mais aussi intonations d'acteurs, chuintements de la langue russe) constitue la base du récit, une prose qui jaillit d'un regard à travers lequel le monde semble vu pour la première fois, avec une étonnante intensité. Mandelstam compose ainsi une suite de tableaux d'une exposition sur la préhistoire de la révolution. Le livre s'achève au présent sous une chape d'hiver et de nuit ("le terrible édifice de l'Etat est comme un poële d'où s'exhale de la glace"), face à quoi la littérature apparaît "parée d'un je ne sais quoi de seigneurial" dont Mandelstam affirme crânement, à contre-courant, qu'il n'y a aucune raison d'avoir honte ni de se sentir coupable. Pourquoi traduire une nouvelle fois Le Bruit du temps alors qu'il existe déjà deux traductions en français, l'une, médiocre, dans une anthologie de proses de Mandelstam intitulée La Rage littéraire chez Gallimard, jamais rééditée; l'autre, extrêmement précise, par Edith Scherer, à L'Age d'homme, reprise dans la collection "Titres" chez Christian Bourgois? Sans doute parce qu'il fallait faire appel à un poète pour donner à entendre dans une langue d'une grande richesse, la musique et l'éclat si particuliers de cette prose. Nous avons commandé cette traduction nouvelle à Jean-Claude Schneider, admiré de poètes allemands comme Hölderlin, Trakl, Bobrowski, qui avait déjà traduit de Mandelstam, à La Dogana, des poèmes de Simple promesse et surtout le magnifique Entretien sur Dante, précédé de La Pelisse.
II est terrible de penser que notre vie est un roman, sans intrigue et sans héros, fait de vide et de verre, du chaud balbutiement des seules digressions et du délire de l'influenza pétersbourgeoise. L'Aurore aux doigts de rose a cassé ses crayons de couleur. Ils gisent aujourd'hui comme de jeunes oiseaux, avec des becs béants et vides. Cependant, tout absolument me semble contenir les arrhes de mon délire favori en prose."