Husserl Edmund ; Henrich Dieter ; Seron Denis ; Bo
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EAN :9782707319630
Ce numéro s'ouvre par la présentation et la traduction des conférences consacrées en 1917 par Husserl à " L'idéal de l'humanité selon Fichte " qui, loin de se limiter à un manifeste patriotique conjoncturel, procèdent à une explication avec la philosophie fichtéenne rendue nécessaire par l'évolution de Husserl vers un idéalisme transcendantal : ce dernier, partant " d'en bas ", procédant par analyses purement descriptives et aspirant au statut de science rigoureuse, peut-il se reconnaître dans le style spéculatif de la Weltanschauungsphilosophie et de la Lebensweisheit fichtéennes ? Apparaît une affinité inattendue entre la phénoménologie husserlienne et la doctrine tardive de Fichte sur Dieu, dessinant la voie programmatique d'une " théologie phénoménologique " qui articule de façon structurelle et téléologique les niveaux éthiques de l'humanité. L'article suivant, consacré par D. Henrich à la Logique de Hegel, donne un commentaire analytique de la Logique de la réflexion - l'un des passages les plus ardus de la " Logique de l'Essence " - en partant d'un double précepte de méthode : accorder la Logique avec les exigences générales de la pensée hégélienne, et considérer que ce texte n'est pas toujours adéquat à son contenu et qu'il requiert des reformulations. L'exégète part ainsi de la formule selon laquelle " il faut déterminer la substance comme sujet ", considérée comme principe programmatique de la philosophie hégélienne et comme fondement du caractère dynamique de sa logique, pour tenter d'élucider jusque dans le détail l'argumentation hégélienne. Dans " La controverse sur la négation de Bolzano à Windelband ", D. Seron s'attache au " problème de la négation " qui a traversé la philosophie germanique du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, et se définit par un ensemble de questions fondamentales : l'affirmation et la négation sont-elles co-originaires, ou l'une se laisse-t-elle dériver de l'autre ? la négation est-elle assimilable à l'acte de nier ou appartient-elle au contenu sémantique idéal visé par cet acte ? si la négation est un acte de rejet, que rejette-t-elle ? s'identifie-t-elle à une diairesis, et implique-t-elle une synthesas entre contenus de représentation ? D. Seron retrace l'histoire de ce problème qui, ancrée dans la Logique de Lotze et la Doctrine de la science de Bolzano, conduit à Husserl et Frege. Enfin, dans " L'abyme de la politique ", A. Boyer s'attache à un point central de la pensée rousseauiste : il met en question l'interprétation, donnée par A. Philonenko - et objet d'un consensus général -, de la notion de volonté générale à partir du modèle mathématique du calcul intégral, qui l'identifie à la somme des différences entre volontés singulières. L'enjeu, double, est de prévenir contre la clarification illusoire apportée par la mathématisation de notions politiques, et surtout de dénoncer la conception d'une volonté générale résultant immédiatement d'une opération mathématique - au motif qu'elle fait totalement abstraction des médiations concrètes nécessaires à son élaboration, c'est-à-dire du travail de confrontation effective des volontés individuelles dans l'espace public.
Nombre de pages
95
Date de parution
08/06/2006
Poids
116g
Largeur
134mm
Plus d'informations
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EAN
9782707319630
Titre
Philosophie N° 90, Juin 2006
Auteur
Husserl Edmund ; Henrich Dieter ; Seron Denis ; Bo
Editeur
MINUIT
Largeur
134
Poids
116
Date de parution
20060608
Nombre de pages
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La phénoménologie qui s'élabore dans les Ideen est inconstestablement un idéalisme, et même un idéalisme trascendantal ; le terme même n'est pas dans les Ideen alors qu'il se rencontre dans des inédits antérieurs. C'est dire que les commentateurs s'accordent à regrouper autour de ce mot les analyses les plus importantes de l'ouvrage. Finalement, la " conscience pure ", la " conscience transcendantale ", l' " être absolu de la conscience ", la " conscience donatrice origianire ", sont des titres pour une conscience qui oscille entre plusieurs niveaux ou, si l'on veut, qui est décrite à des phases différentes de son ascèse : de là des erreurs d'interprétation dont Husserl s'est plaint si constamment et si amèrement. Les idées directrices sont la matrice de l'existentialisme français, celui d'un Sartre évidemment, mais surtout de la pensée de Merleau-Ponty. C'est également par rapport à Husserl que prennent position Levinas, Ricoeur et Michel Henry.
La Krisis, dont le manuscrit principal date de 1935 - 1936, est en vérité le testament de Husserl. Cela seul suffit à en assurer l'importance, du point de vue des études husserliennes. Mais la fascination que ce texte exerce a une origine et des raisons plus profondes. C'est qu'en lui ne se termine pas seulement, l'histoire de l'entreprise phénoménologique, commencée un tiers de siècle plus tôt, ni seulement (du même coup) l'histoire de la philosophie occidentale moderne - cette odyssée du Savoir dans le retour au Soi ; en lui s'achève également le destin qui gouverne cette histoire. La méditation husserlienne est ici construite entièrement sur un renversement : dans un premier mouvement, en effet, on recule en deçà de la ratio pura des modernes, par une longue et magnifique dé-construction de l'histoire de la philosophie moderne, jusqu'à faire apparaître dans la Lebenswelt le refoulé et l'oublié de toute cette histoire. Mais dans un deuxième mouvement, la Lebenswelt se scinde en Welt et Leben - dissociation dans laquelle le premier devient un constitué, le second sa constitution dans l'égologie absolue. Le pivot du renversement étant l'équivoque de la phénoménologie de la perception.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.