REMANENCES MEMOIRES DE LA FORME DANS LA LITTERATURE MEDIEVALE.
HUE DENIS
CHAMPION
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EAN :9782745319715
Au Moyen Âge comme aujourd'hui, le bonheur du lecteur participe de la complicité qui se noue lorsque se met en place une stratégie de la reconnaissance. C'est parfois une allusion à telle ou telle ?uvre connue, parfois la citation, l'incrustation fugitive; parfois enfin la reprise et le détournement de formes bien connues: si l'organisation structurelle d'une ?uvre a été étudiée pour elle-même, il ne faut pas oublier qu'elle est aussi issue d'une tradition esthétique proprement médiévale, d'un clin d'?il intertextuel; et cela bien avant que l'anachronique notion de genre ne fossilise ces traditions. Les études rassemblées ici explorent ces phénomènes de perméabilité, du XIIe au XVIe siècle, dans le domaine didactique, romanesque et lyrique. Ce qui est en jeu, c'est bien cette souplesse de structures narratives endossant des projets de nature différente, et leur donnant, par contiguïté, des colorations nouvelles. Chaque texte, alors qu'il se découvre, se construit dans le regard qu'il porte sur les textes antérieurs, joue sur les mémoires et les différences, dans un narcissisme qui vise à créer l'autonomie d'une ?uvre. Ainsi, l'importation de formes, l'incrustation et le jeu de l'allusion structurelle constituent quelques-uns des linéaments qui contribuent à organiser le texte médiéval; ce qui semblait fortuit, ou délimité à quelques domaines, apparaît au contraire stable et pérenne; nous découvrons tous les enjeux d'un bricolage et d'un recyclage, non seulement des objets, mais des procédés rhétoriques, et même des sous-entendus: derrière les paroles du texte, sachons discerner celles qui le structurent, l'inflexion des voix qui se sont tues.
Date de parution
25/01/2010
Poids
700g
Largeur
155mm
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EAN
9782745319715
Titre
REMANENCES MEMOIRES DE LA FORME DANS LA LITTERATURE MEDIEVALE.
Auteur
HUE DENIS
Editeur
CHAMPION
Largeur
155
Poids
700
Date de parution
20100125
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D'une certaine façon, Charles d'Orléans écrit " pour rien ", à titre gratuit comme à titre gracieux ; il n'a nul besoin de montrer sa rhétorique, il ne compose ni pour avancer sa carrière de courtisan, ni pour se faire reconnaître comme poète à gage ; son discours n'est ni engagé, ni idéologique ; il oscille entre le " je-ne-sais-quoi" et le " presque rien ", et c'est essentiellement cette gratuité qui fascine ; si quelqu'un écrit gratuitement, et avec cette persévérance, c'est que cette gratuité est d'une grande valeur. Il montre, dans sa solitude de prisonnier, combien la parole lui est nécessaire, combien l'échange verbal nourrit sa création ; dans son exil, c'est le dialogue avec Coeur, avec Espoir qui lui permet de se construire un univers de liberté. Ce qui comptera, à son retour en France, c'est bien cette rencontre avec des poètes choisis, autour d'une forêt de longue attente, ou d'une fontaine où il est impossible de se désaltérer. Les échanges avec les poètes, les concours ne sont plus des dialogues fictifs, mais des retrouvailles, d'un imaginaire l'autre, autour d'une thématique commune, d'un mot qui fait rêver et met en marche à la fois une sensibilité individuelle et une opération poétique. Etonnons-nous de ce prince poète dont les conquêtes sont intérieures, qui parvient à inventer un univers de liberté et de souffrances parallèle à celui de son exil, à organiser dans un récit de vie savamment fragmenté quelque chose que ne renieraient ni le Dante de la Vita nuova ni le Pétrarque du Canzoniere ; mais qui, à la différence de leur démarche, parvient à étendre au-delà de lui-même son univers poétique, et à y intégrer, autonomes mais parentes, les créations d'autrui.
La chanson de geste est fondatrice de notre société ; rapportant les exploits des premiers héros, Roland et Olivier, elle conforte l'empereur dans sa fonction, affirme le soutien divin, et surtout établit des modèles. Mais Roland et Olivier meurent à Roncevaux, Vivien meurt aux Aliscans, et Charlemagne n'est plus. L'univers s mythique des héros fondateurs n'a eu qu'un temps. Le cycle de Guillaume d'Orange reconstruit l'univers épique, s'appuyant constamment sur ces illustres modèles ; il en prend le contrepied d'une certaine façon : on est capable à présent de vaincre les Sarrasins, de conquérir Orange et Nîmes, et de survivre aux défaites qui ne sont que des revers provisoires : si Vivien meurt aux Aliscans, Guillaume bat en retraite, mais revient quelque temps après avec des forces nouvelles pour arracher la victoire. Les héros survivent, et l'idéal n'est plus celui du martyre chrétien, mais de la vie seigneuriale, même si elle se conclut dans un moniage. Il est question de mariages, de conquête de villes et de chasements, il est question surtout de la fidélité au prince. Alors que Charlemagne était le souverain exemplaire, celui que seul un traître comme Ganelon pouvait imaginer trahir, Louis est comme une absence de prince, qui n'incarne plus transcendance ni vaillance. Mais dans Le Couronnement de Louis, il est sacré roi puis empereur, et est le garant de la justice et d'une société en ordre : s'il est incapable de les faire respecter lui-même, c'est son plus fidèle vassal, Guillaume, qui le fera en son nom : le royaume ainsi constitué est sauf, sauvé par ses sujets mêmes. La chanson de geste crée ainsi une utopie politique au service des capétiens, où l'état est légitimé d'en bas sous le regard bienveillant de Dieu et non plus par l'arrogance des princes cherchant leur intérêt personnel ; une utopie où la justice règne par la force des meilleurs vassaux, où le pouvoir est assuré quoi qu'il arrive ; c'est la naissance de ce monde nouveau que raconte Le Couronnement de Louis.
Le corps est ici objet d'étude : en tant que lieu d'un savoir médical, physique, philosophique, il invite à scruter les modalités de sa représentation et l'imaginaire qu'il recouvre. De l'homme astronomique à l'imagerie médicale actuelle, en passant par les planches anatomiques " artistes " en même temps que scientifiques des XVIIe et XVIIIe siècles, il témoigne plus que d'autres objets d'une évolution de l'imaginaire comme de l'épistémé. Par ailleurs, le corps est lui-même objet métaphorique qui peut constituer et organiser un discours. Le corpus philosophique, le corps de l'Eglise ou le corps politique en sont des exemples évidents. A partir du moment où le corps est lui-même un élément constituant du savoir, c'est non seulement le discours qu'il structure et véhicule qu'il faut analyser, mais la représentation même du corps qui est implicitement à l'oeuvre. Fruit d'une rencontre pluridisciplinaire de Cerisy, ce volume explore les figures du corps dans le savoir et l'imaginaire du savoir, de l'Antiquité à nos jours.
Un plaideur véreux, Pathelin, parvient à escroquer un marchand de drap avec l'aide de sa femme, au terme d'une formidable supercherie ; le drapier tente d'obtenir justice de son berger qui détourne ses brebis au lieu de les lui garder ; le berger choisit Pathelin comme avocat. Un juge tentera vainement de voir clair dans une histoire où la mystification prend le pas sur la raison. C'est Maistre Pierre Pathelin, ?uvre qui anticipe de deux siècles le génie dramatique d'un Molière : il n'y a pas une réplique qui ne concoure au développement des intrigues mêlées entre des personnages universels. Ce volume propose de nouvelles lectures du texte en abordant la sociologie des personnages, les rapports entre langage et intrigue, entre culture savante et culture vernaculaire, et met l'?uvre en perspective dans les contextes qui nous l'ont transmise. Il comprend également une bibliographie des éditions, des traductions et des articles publiés sur Pathelin depuis 30 ans.