Epoux incompris, père dépassé, et fils préoccupé d'un père octogénaire rebelle originaire d'une famille juive de Chicago, Ben Allan, professeur de littérature à l'université de Montréal épris de poésie, rencontre le démon de midi en la personne d'une jeune artiste déjantée qui lui ouvre les portes de son bizarre royaume hanté de psychopathes divers? Entre épopée burlesque et roman initiatique, David Homel brosse le portrait grinçant d'une société contemporaine en crise, ayant fait le choix de l'amnésie comme de l'illusion. Professeur à l'université de Montréal et spécialiste de la littérature française de la seconde moitié du XIXe siècle, Ben Allan, la cinquantaine, est un universitaire frustré qui, faute d'attirer les foules estudiantines dans son domaine de prédilection, se voit contraint, d'année en année, de prodiguer à ses réticents disciples le sempiternel cours sur les grands classiques de la littérature. Fervent admirateur de Baudelaire, il a le Vin de l'Assassin facile?, Ben regrette ce qu'il nomme la ?grande époque?, quand poésie rimait avec folie. Cette nostalgie a conduit Ben à se plonger avec passion dans l'étude d'une pathologie étonnante, qui, sous le nom de ?dromomanie?, fit une brève (mais non moins remarquée) apparition au XIXe siècle : le dromomane est par définition toujours un homme (à l'exclusion de toute femme, le genre féminin étant cantonné à l'hystérie) qui fugue inopinément, se déplace toujours en direction de l'Est pour finir par se retrouver à des milliers de kilomètres de chez lui sans savoir pourquoi ni même se rappeler le périple qui l'a conduit là? De tels symptômes ont de quoi inspirer Ben Allan, individu absent à sa propre vie, qui tente vainement d'entretenir des relations saines et normales avec son entourage immédiat, lequel se compose de sa femme, art-thérapeute de son état, de son fils Tony, adolescent déconnecté de la réalité qui souffre d'une dépendance maladive à la télévision, et de son père Morris, un Juif octogénaire à l'ironie mordante désormais pensionnaire en rébellion d'un foyer pour personnes âgées. Ayant, contre toute attente, obtenu un prix pour l'essai qu'il a fini par consacrer à la dromomanie, Ben devient à sa grande surprise l'objet de toutes les attentions de l'université, qui lui dépêche sa très déjantée chargée de communication, Carla McWatts, pour une interview portant sur ?l'homme et l'oeuvre??. Encouragé par un collègue à la sexualité extra-conjugale débridée, Ben se met en tête d'avoir une aventure avec Carla, option téméraire s'il en fût, s'agissant d'une part d'un homme qui ne rêve, en réalité, que d'une liaison avec? sa propre femme et, d'autre part, d'une jeune femme crypto-schizophrène. Au rêve caressé par le quinquagénaire de torrides déchaînements d'une libido trop longtemps en sommeil, ne tarde en effet pas à se substituer une rocambolesque plongée au coeur de l'hôpital psychiatrique où Carla a choisi de se faire interner. C'est là qu'exerce le Dr Albanna, sorte de Barbe-Bleue amateur d'effrayantes poupées, mi-psychiatre, mi-psychopathe, flanqué de sbires supposés oeuvrer dans une aile secrète de l'hôpital que Ben va s'employer à explorer?Dans ce roman d'apprentissage tardif dont, loin de toute ligne droite, le fil conducteur épouse les oscillations de l'être, entre présence et absence à soi, David Homel, mettant en question le rapport de l'individu à la réalité, dresse l'inoubliable et tragi-comique portrait d'un homme triplement pétri d'angoisses : celle de ne pas être le fils que son père voudrait avoir, celle de ne pas être pour son fils le père aimant et proche qu'il voudrait tant incarner, celle, enfin, de ne plus rien partager avec sa femme. Aussi lucide que burlesque, aussi dérangeant que roboratif, Le Droit Chemin peut se lire comme un ?nouvel éloge de la folie? où le thème du démon de midi se métamorphose, sous l'égide des pathologies contemporaines en vigueur au sein du foyer conjugal, de l'asile psychiatrique ou de la maison de retraite, en méditation romanesque sur les étranges avatars d'une société contemporaine désorientée.
Sonja la rousse et le beau Jack, deux jeunes gens installés dans la misère du ghetto de Chicago qui n'ont d'autre richesse que leur entente amoureuse, se sont laissés convaincre, par un émissaire soviétique qui leur promettait "des lendemains qui chantent", de retourner au pays de leurs origines. Ainsi commence un singulier voyage amoureux vers... l'enfer.Mêlant les misères de la réalité aux bonheurs de l'imagination, le romancier retrace le destin de ces émigrés juifs que les pogroms tzaristes avaient chassés de Russie et qui, dans les années 1930, accablés par la crise, abandonnèrent leur terre d'asile américaine pour retourner dans leur pays d'origine.
Dès l'adolescence, Timmy est déchiré entre Evangeline Marster, mère sudiste et possessive, un rien pocharde, héritière d'une famille enrichie dans la distillerie, et Zeke Justice, un père nordiste aux origines québécoises, star locale de base-ball bientôt abandonné par ses supporters. Timmy est conduit dans les arcanes de ce jeu emblémique, dans la société noire des marécages de Savannah, en Georgie, à la chasse à l'alligator, à la découverte du racisme, à celle de l'Ouest américain, et plus tard aux confins de la folie où s'est réfugiée son père. Une équipée haletante où l'on est captivé jusqu'à la scène finale, digne des meilleurs westerns.
Dans une Belgrade contemporaine touchée par la guerre civile, Aleksandar se voit enrôlé dans une intrigue qui le mènera à enquêter sur l'âme de son pays. À la clinique où il est réquisitionné pour traiter des soldats traumatisés, il rencontre une femme étrange, Tania, mi-victime, mi-bourreau, qui l'entraîne dans un tourbillon de désir, de folie et de rébellion. Ensemble, ils naviguent entre les dédales du pouvoir, les trahisons et les méandres de la psyché, où les amis d'hier sont les ennemis d'aujourd'hui, et où toute certitude devient illusoire. Dans ce roman dostoïevskien par le ton et la voix qui le portent, les personnages ne cessent de se dérober à leur destin. Derrière cet Aleksandar à l'ironie et au cynisme irrésistibles se cache, en dernière analyse, la terrifiante beauté de l'être humain.
C'est à 51 ans que Dvorák débarque sur le sol américain. Nommé en 1892 à la tête du Conservatoire de la ville, il se passionne pour la musique du continent, ses mélodies et ses rythmes, puis se lance, l'année suivante, dans la composition d'une symphonie. Certes, Dvorák n'est pas véritablement le pionnier de la musique américaine, mais sa «Symphonie n° 9 »en cristallise l'esprit et s'impose vite comme le chef-d'oeuvre de son auteur. Sous la baguette de Paul Daniel, l'ONBA offre une lecture lyrique et passionnée de cette partition en forme de voyage musical à la découverte d'un luxuriant "Nouveau Monde". Composée en 1878 dans un registre plus intimiste, la trop rare «Sérénade en ré mineur» complète l'enregistrement.
Menteuse invétérée, voleuse pathologique, arnaqueuse de génie : Marsha Sprinkle ne compte plus ses ennemis. Certains sont bien déterminés à lui faire ravaler ses bobards une bonne fois pour toutes. À commencer par sa mère et sa fille, son ex-complice lubrique Daryl et une sautillante bande d'hurluberlus, fétichistes du trampoline, tous lancés à ses trousses. Mais Marsha est intelligente, incroyablement fourbe, et celui qui l'attrapera n'est pas encore né. À priori... Sexe, crime et règlement de comptes familial : tels sont les ingrédients de cette course-poursuite rocambolesque et décadente tout droit sortie de l'esprit brillamment tordu de John Waters. Le cinéaste légendaire signe un premier roman à son image : hilarant, outrancier, déjanté et délicieusement pervers.
Au milieu de la forêt se cache un dôme mystérieux. Couverte d'aiguilles et de sable, c'est la maison de milliers de fourmis. Tant de choses se passent là-dedans ! Où vont les fourmis ? Peux-tu suivre leur chemin ...
George Sand découvre Tamaris, petite bourgade provençale de la commune de La Seyne-sur-Mer, et s'enthousiasme pour le caractère sauvage et rustique du paysage. Michel Pacha (1819-1907), après avoir été directeur des phares et balises de l'Empire ottoman, constructeur des quais et docks de Constantinople, transforme le lieu en ville de saison. Il achète les terrains, comble les marécages, édifie son château entouré d'un somptueux jardin. Il bâtit un décor qui suggère le voyage : palais italiens, chalets suisses, maisons orientales ; en front de mer, il plante le Grand Hôtel et le casino et, presque sur l'eau, l'Institut de biologie marine. Il aménage les accès terrestres et maritimes et exploite toutes les ressources du territoire. Dans son principe d'élaboration d'un paysage urbain harmonieux, Tamaris associe le jardin et la ville et annonce l'optique des cités idéales du XXe siècle. Au carrefour de l'orient et de l'Occident est née une architecture de la Méditerranée.
1803, Caroline du Sud. Fille d'une riche famille de Charleston, Sarah Grimké aspire dès le plus jeune âge à accomplir de grandes choses. Lorsque, pour ses onze ans, sa mère lui offre la petite Handful comme esclave personnelle, Sarah se dresse contre ce système inhumain. Entre les fillettes naît alors une véritable amitié, qui grandit au fil des années. Guidée par ses idéaux mais surtout par son affection pour Handful, Sarah n'abandonnera jamais l'espoir d'affranchir son amie. Superbe ode à la liberté et au courage, L'Invention des ailes dépeint les destins entrecroisés de deux personnages inoubliables, à la force de caractère incroyable, unis par le même profond désir d'indépendance.
Après de premiers échanges d'une cordialité toute bourgeoise, deux voisines en viennent à se livrer une véritable guerre (chantage, insultes, incitation au divorce?) pour une histoire de lambris que l'une veut repeindre dans le hall de l'immeuble et l'autre pas. L'une d'elles finira par disparaître dans de mystérieuses conditions. Une nouvelle recrue d'un club de lecture est reçue par sa présidente qui lui en présente les membres, une à une. A mesure qu'elle raconte leurs goûts littéraires (gore, romance coquine) ainsi que leurs histoires intimes (insémination de l'une, morts suspectes des maris successifs de l'autre), elle distille son venin... Voici quelques exemples tirés de ces douze nouvelles empreintes d'un humour féroce. Des portraits cruels de femmes toutes plus névrosées les unes que les autres, qui sont aussi les révélateurs d'une société américaine aisée, qui tient à tout prix à se montrer sous son masque de perfection. Helen Ellis fait éclater les apparences et décrit la solitude de ces femmes au foyer, mais aussi le pouvoir qu'elles ont sur leur petit royaume ? leur appartement, leur club de lecture, leur immeuble, leur mari ?, allant parfois jusqu'à la pulsion criminelle? Une satire de notre époque qui contraint au bonheur et à sa représentation en toute circonstance.
Le passé n'est jamais mort. Il n'est même pas passé." (William Faulkner)Voici trente ans que Billie James n'a pas remis les pieds dans le Mississippi. Un sacré tempérament, quelques dollars en poche et son chien Rufus au bout de sa laisse, elle débarque à Greendale et s'installe dans une bicoque décrépite où vécut autrefois son père. Ce dernier, poète noir de renom, est mort de manière accidentelle alors que Billie n'avait que quatre ans. La petite fille était présente au moment du drame, mais n'en a conservé aucun souvenir.Alors que les voisins font preuve d'un comportement étrange, que des rumeurs circulent, laissant soupçonner une tout autre vérité quant à la mort du père de Billie, celle-ci mène son enquête, aidée par son oncle et un drôle d'olibrius universitaire. Ensemble, ils vont exhumer de lourds secrets, dévoilant peu à peu l'histoire de ses origines mais aussi, en toile de fond, celle d'un pays marqué par les blessures toujours à vif de la ségrégation.Campé dans le décor à la fois somptueux et inquiétant du Sud profond, le premier roman de Chanelle Benz fourbit les armes du polar pour nous raconter ce qu'a été - et ce qu'est encore - l'Amérique tourmentée par les spectres les plus sombres de son Histoire.Traduit de l'anglais par David FauquembergChanelle Benz, britannique et antiguaise d'origine, vit et enseigne aujourd'hui à Memphis, dans le Tennessee. Elle est diplômée de l'université de Syracuse, où elle a eu pour mentor l'écrivain George Saunders, qui a salué en elle " une nouvelle voix sidérante de la fiction américaine ", et a également étudié l'art dramatique à l'université de Boston. Après un virtuose premier recueil de nouvelles, Dans la grande violence de la joie (Seuil, 2018), elle signe avec Rien dans la nuit que des fantômes son premier roman.
Avant de s'engager dans l'armée iranienne pour combattre l'ennemi irakien, Amir Yamini était un playboy, qui passait le plus clair de son temps à séduire les femmes et exaspérer sa très pieuse famille. Cinq ans plus tard, sa mère et sa soeur le retrouvent, amputé de son bras gauche, dans un hôpital psychiatrique pour soldats traumatisés. Quasi amnésique, Amir est hanté par la vision d'une mystérieuse femme sans visage, au front orné d'un croissant de lune. De retour à Téhéran, le fils prodigue est tour à tour salué comme un martyr de la Révolution islamique et confiné dans sa chambre comme un fou dangereux. Avec la complicité de sa soeur, il s'évade en escaladant le mur de leur jardin et repart sur le champ de bataille à la recherche de celle qu'il surnomme « Front de lune », accompagné dans ce périple au fil de la mémoire par deux scribes perchés sur ses épaules - l'ange de la vertu et l'ange du péché - qui consignent depuis toujours son histoire. Avec cette épopée amoureuse, guerrière et poétique d'une inventivité exubérante, porteuse d'un regard subtil sur la société iranienne contemporaine et empreinte d'une sensualité tout droit héritée de la grande tradition des contes persans, le grand romancier iranien Shahriar Mandanipour signe une oeuvre forte, envoûtante et pleine d'humanité.