Toute ma vie, j'ai été dépossédée de mon père par les femmes. Le processus commença par les filles au pair, un lent manège d'Anglaises et d'Autrichiennes, qui apparaissaient puis disparaissaient sans explications. Lorsqu'il était à la maison, événement formidable, il passait le plus clair de son temps à étudier leur ballet avec une attention soutenue puis à répondre à leurs doléances jusqu'à la saison des soupirs, puis à celle des pleurs dont j'aurais pu calculer les cycles avec autant de précision que pour le calendrier lunaire. La hiérarchie de ses désirs nous était parfaitement connue. C'était peut-être inévitable de la part d'un père aventurier qui ne connaissait aucune frontière, mû par une volonté de transgression permanente. Il fallait s'y résoudre.On m'envoya très jeune en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis pour y parfaire ma maîtrise des langues étrangères. Mon père était le seul à disposer d'un puissant réseau de relations susceptibles de m'y accueillir. Le scénario était toujours le même. Une femme à la féminité exacerbée, une adepte du Big Hair, le visage imperceptiblement marqué par le passage du temps et les yeux voilés par un je-ne-sais-quoi nostalgique, m'attendait à l'aéroport ou sur le quai de la gare. Elle parlait en général un français élégant mais désuet avec un accent délicieux, fruité ou légèrement caverneux, qui excluait toute tentative de perfectionnement linguistique. Dans sa chambre, quelques rayonnages abritaient de vieux livres parfumés, de Zola à Sartre, en passant par Yourcenar, héritage de ses études de français à la Sorbonne ou de ses travaux d'interprétariat à Paris, dont la découverte achevait de rendre le séjour inutile, au moins dans sa vocation première. Enfin, le troisième jour, alors qu'elle assistait à mon repas et que je me régalais de ses Kaiserschmarrn ou de ses mince pies, quelque chose dans l'air qui ressemblait à un ciel au bord de l'orage interrompait ce festin. Levant la tête, les doigts pleins de marmelade, je voyais ses grands yeux soulignés de khôl, battus par d'interminables cils gainés de mascara - un ultime message à l'adresse de celui qui avait tant aimé ses «yeux de biche» - se remplir de larmes. Après une vaine tentative de dissimulation qui était tout à son honneur, elle me prenait la main que j'avais juste eu le temps de nettoyer et finissait par livrer une confidence rendue inintelligible par les pleurs, déformée par les intonations écossaises ou par l'accent de la Forêt noire, s'effondrant brusquement: «Et quand je pense que tu pourrais être ma fille!»
Nombre de pages
239
Date de parution
21/08/2013
Poids
130g
Largeur
110mm
Plus d'informations
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EAN
9782253174806
Titre
Un héros
Auteur
Herzog Félicité ; Eliacheff Caroline
Editeur
LGF
Largeur
110
Poids
130
Date de parution
20130821
Nombre de pages
239,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Au début des années quatre-vingt-dix, Ali Tarac interrompt brutalement de brillantes études à Paris pour tenter l'aventure. Une intuition fulgurante et une série de rencontres à Londres - Hart, un limier de la finance, Léna, sa future femme, et Celsius, un milliardaire philanthrope et mélancolique - vont faire de lui un champion de la nouvelle économie et de sa start-up un empire mondial. En 2001, le jeune prodige perd tout. Ruiné, déchu, calomnié, il choisit de disparaître et se réfugie sur l'île de Jersey. C'est là, dans le plus grand secret, qu'il conçoit et bâtit la Transition, une "solution" à la condition humaine, produit croisé d'Internet et d'Orwell, qui révolutionnera la société du XXIe siècle.
Je regarde mon pays : est-il plus difficile de le quitter ou d'y revenir ? Adaptons-nous à la nouvelle donne mondiale et enterrons le mythe de la France disparue !"
C'est une histoire française. Elle se passe pour l'essentiel à Paris, pendant l'occupation allemande, puis dans le maquis du Vercors où les résistants se battent dans la neige et le froid, jusqu'au dernier. Une histoire française, presque un roman, mais tout y est vrai, qui oppose deux France. Celle des Cossé-Brissac, le côté maternel de Félicité Herzog, dont la grand-mère May, aussi libre de son corps en privé qu'attentive aux conventions immuables de l'aristocratie en public, reçoit dans son hôtel particulier le Tout-Paris de l'occupation, le Tout-Vichy, de Paul Morand à Pierre Drieu La Rochelle, de Josée Laval (la fille de Pierre Laval) à Coco Chanel. Une jeune fille grandit là, qui désapprouve en silence, puis désobéit, prisonnière de ce monde clos, rétive cherchant à s'échapper par l'intellect et le plaisir. Cette belle adolescente promise à un mariage de l'entre-soi se nomme Marie Pierre de Cossé-Brissac. C'est la mère de l'auteure.L'autre France, c'est celle plus lumineuse, jeune, bravache, idéaliste, de la résistance par les idées et par les armes. Un grand bourgeois juif parisien envoie son jeune fils en province. Celui-ci rejoint le maquis du Vercors. L'intellectuel rompu aux joutes de l'esprit apprend à tirer, se cache dans les grottes, combat en montagne. Il se nomme Simon Nora, rebaptisé « Kim » dans son réseau. À la fin de la guerre, seul survivant du massacre de la grotte aux fées, il revient auréolé de courage. L'aristocrate de haute lignée rencontre alors l'héritier des héritiers du judaïsme. Deux aristocraties au fond, mais que tout oppose. Le drame qui se joue dans ce roman haletant, cette fresque guerrière sous les hauts portraits d'ancêtres et dans les forêts où les SS fusillent les héros, atteint son sommet.Une brève libération déploie le romanesque de la vérité des sentiments, de l'amour impossible, de l'union des contraires. Notes Biographiques : Née à Boulogne-Billancourt, Félicité Herzog est l'auteure d'Un héros (Grasset, 2012), roman autobiographique, succès de presse et de ventes, puis d'un deuxième roman publié chez Gallimard, Gratis (2015).
1954, dans un hôpital militaire de Hanoi, Yann, un soldat breton, est soigné par Mai. Ils tombent amoureux, mais le père de la jeune fille l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... Ils se marient en toute hâte, avant que Yann rejoigne la cuvette de Diên Biên Phu. Après la défaite de l'armée française, Yann est emmené dans un camp d'internement. Dans une langue poétique, avec grâce et pudeur, Hoai Huong Nguyen peint le Vietnam d'hier et un amour qui affronte la violence d'une guerre. L'histoire bouleversante de Mai et de Yann laisse percer la lumière des humbles héros qui croient à la liberté et à l'absolu malgré les vicissitudes de l'Histoire. Tout est là : l'Histoire, l'histoire, la manière de les faire s'imbriquer, la netteté de l'écriture, la volonté de trouver une parole adéquate à la tragédie, la complexité des psychologies... "Un instant de littérature pure." Yann Moix, Le Figaro littéraire.
Avant le vol des bons de la Défense nationale et les assassinats qui suivirent, la renommée de Victor, de la Brigade mondaine, n'excédait pas le cercle restreint de ses chefs et de ses collègues. Il fallut, pour le mettre en évidence, qu'apparût brusquement en face de lui cet extraordinaire, ce formidable personnage d'Arsène Lupin, qui allait donner à cette ténébreuse affaire sa signification et son intérêt spécial. Les qualités déjà remarquables du vieil inspecteur furent portées à leur paroxysme par le prodigieux adversaire que lui opposaient les circonstances. C'est leur lutte sournoise, ardente, implacable, poursuivie dans l'ombre d'abord, puis en pleine clarté, que nous raconte Victor, de la Brigade mondaine.
Antonine?? Clara?? laquelle de ces deux figures constituait la véritable personnalité de l'être charmant qu'il avait rencontré? Elle avait à la fois le sourire le plus franc et le plus mystérieux, le regard le plus candide et les yeux les plus voluptueux, l'aspect le plus ingénu et l'air le plus inquiétant. "Arsène Lupin, dit Raoul, résout, bien sûr, le premier, une ténébreuse affaire de meurtre, et avec quelle maestria! Amoureux, il risque sa vie. Ingénieux, il s'échappe alors qu'il est cerné par la police ou les truands. Insolent, il joue des tours aux deux.Le gentleman-cambrioleur est au mieux de sa forme pour notre plus grand bonheur. "