En 1941, à la suite des Juifs et des Tsiganes, tous les Chinois d'Italie sont internés dans la région des Abruzzes, au pied de la montagne du Gran Sasso, dans le sanctuaire de San Gabriele où est installé leur camp, mais aussi dans les alentours. À l'intérieur de ce périmètre d'une vingtaine de kilomètres, 116 Chinois et quelques vont ainsi passer trois ans, confinés en semi-liberté, comme une masse indistincte, sans comprendre réellement les raisons de leur arrestation ni de leur internement, si ce n'est l'immense absurdité du fascisme. Travail aux champs ou dans les fermes, longues attentes, dés'uvrement, souvenirs ressassés, observation à l'infini du paysage dans les moindres détails, mutisme et immobilisme. Pas de révolte dans le camp, mais une insondable soumission et même, pour certains d'entre eux, une conversion au catholicisme: journée mémorable où le ban et l'arrière-ban des autorités religieuse et politique se déplacent pour quelques heures d'hystérie triomphatrice. Et ce, jusqu'en 1943 où, tout à coup, la machine fasciste s'enraye et où les Chinois quittent le camp sans que personne même ne leur demande de comptes. Certains entrent en résistance, prêts à en découdre avec ces années d'humiliation, d'autres s?évanouissent dans la nature sans qu'on sache ce qu'ils deviendront. Thomas Heams-Ogus réussit le tour de force de nous imprégner de l'immense vacuité des internés Chinois, ce grand rien qui les détruit de l'intérieur, qui les fait disparaître en silence, eux qui venaient d'ailleurs, de cet Orient qui leur permet peut-être aussi de se détacher du réel, de ces paysages sauvages et beaux, de la force tellurique des Abruzzes. Il restitue aussi le climat étouffant et grotesque du fascisme italien, comme une menace sourde et mal organisée.
Résumé : "Qu'est-ce que la vie" ? , se demandent depuis des siècles naturalistes, biologistes et philosophes. Et si, pour tenter d'y répondre, on renonçait à donner du monde vivant une définition figée, pour mieux prendre en compte sa nature dynamique et ses échanges permanents avec le reste de l'univers ? De fait, la nature et maintenant les laboratoires recèlent un incroyable bestiaire d'infravies, des entités qui défient la classification binaire entre vivant et non-vivant. Plus surprenant encore, il ne s'agit pas d'exceptions mais, au contraire, des éléments mêmes sur lesquels repose l'existence du monde vivant. Ce livre révèle ces infravies et les accueille dans une nouvelle perspective théorique. Il propose une caractérisation scientifique inédite du vivant, qui exige d'abandonner certaines des métaphores les plus puissantes de notre temps, comme celle du vivant-machine. Cette épistémologie renouvelée, amenant à concevoir une vie sans frontières, a des répercussions majeures sur le regard éthique que nous posons sur les vivants. Un ouvrage d'une puissante originalité.
Lola est une enfant de 12 ans, tuée dans d'atroces circonstances le 14 octobre 2022. Placée en garde à vue, la principale suspecte, D. B., est mise en examen pour meurtre, précédé, accompagné ou suivi d'actes de tortures ou de barbaries, et pour viol. En quelques heures à peine, ce terrible fait-divers bouleverse l'opinion publique, faisant l'objet d'un emballement médiatique inédit. La cynique récupération politique qui s'ensuit entraîne la remise en question de grands principes démocratiques, avec notamment des appels à une justice expéditive et un rétablissement de la peine de mort. Ce livre, écrit par les avocats de D. B., première femme condamnée à la perpétuité incompressible, raconte de l'intérieur les contours de cette affaire hors norme, depuis ses premiers instants jusqu'à la plaidoirie finale, en passant par le récit d'une reconstitution exceptionnelle ou la description d'une Unité pour Malades Difficiles. A partir du point de vue trop peu entendu des avocats "du Mal., La Sinistre Comédie dépeint surtout une effroyable traversée des enfers, caractérisée par l'inquiétant basculement populiste des élites médiatiques et politiques dans leur rapport à la justice et au crime. "S'il faut savoir se taire dans le respect du Droit, il ne faut pas avoir peur de parler pour le défendre. C'est la raison de ce livre."