Critique N° 697-698, Juin-Juillet 2005 : Inactualité du politique
Hazareesingh Sudhir ; Higonnet Patrice ; Rey Henri
MINUIT
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EAN :9782707319135
La question du politique n'est plus posée. Le lien entre les citoyens semble se distendre à une vitesse accélérée. Le sentiment d'une civilité fondée en fraternité s'érode. On cherche ici à évoquer quelques-uns des enjeux qui se posent à une société française en voie de dissociation, s'éloignant sans cesse davantage d'une vision commune. L'espace public était autrefois arpenté avec passion, tant à l'occasion de nombreuses fêtes que des diverses élections qui mobilisaient rituellement les citoyens. Ces manifestations, de même que l'urne traditionnelle des salles d'école, symbolisaient l'action politique. De nos jours, tout semble basculer et le modèle politique français perd de son exceptionnalisme. Le vote ouvrier obéit à de nouvelles logiques, la nation ne sait plus à quel saint se vouer entre Europe et ethnicité, espace post-national et tentation souverainiste. L'idéal démocratique lui-même paraît incertain. Et les grands hommes prennent la pose. Le parlementarisme demeure fragile, à travers lequel la diversité des opinions s'exprime pourtant légitimement dans la discussion. La tentation extrémiste, alimentée par des penseurs comme Carl Schmitt, trouve en France un écho troublant, des philosophes de haute stature restant plus attirés par le prestige du tyran que par les charmes incertains de la méthode démocratique.
Nombre de pages
566
Date de parution
10/06/2005
Poids
149g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782707319135
Titre
Critique N° 697-698, Juin-Juillet 2005 : Inactualité du politique
Auteur
Hazareesingh Sudhir ; Higonnet Patrice ; Rey Henri
Editeur
MINUIT
Largeur
135
Poids
149
Date de parution
20050610
Nombre de pages
566,00 €
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L'image du général de Gaulle a connu d'étranges retournements. L'homme d'Etat de son vivant le plus contesté est devenu après sa mort le plus incontestable. Celui qui avait si longtemps passé pour le diviseur de la nation est devenu le sauveur de la République, l'incarnation même de la France. L'historien britannique Sudhir Hazareesingh éclaire ici les étapes et les moyens de cette métamorphose en exploitant les riches fonds des Archives nationales et de la Fondation Charles de Gaulle, en particulier l'immense correspondance du Général récemment ouverte. Adossé aux grands précédents de l'histoire de France - Jeanne d'Arc, Louis XIV, Napoléon -, le mythe gaullien se distingue par sa capacité à transcender les clivages. Ce faisant, il marque, selon l'auteur, la forme la plus achevée du mythe politique national dans la France contemporaine.
L'épopée de Toussaint Louverture commence par une révolte d'esclaves à Saint-Domingue en 1791 et culmine avec la proclamation du premier Etat noir indépendant de l'histoire en 1804. Après l'abolition de l'esclavage par la Révolution française en 1794, Toussaint devient le principal personnage politique et militaire de la colonie et prend le titre de "gouverneur général à vie " en 1801. Profondément attaché aux valeurs républicaines d'égalité et de fraternité, il lutte farouchement contre toute tentative de réimposer l'esclavage à Saint-Domingue. Doté d'un sens politique exceptionnel et d'une endurance à toute épreuve, Toussaint s'appuie aussi bien sur la population noire et l'armée que sur l'élite blanche et l'Eglise catholique. Jusqu'à sa chute face aux troupes envoyées par Bonaparte, qui saluera les qualités de ce rival hors du commun. Puisant dans de nombreuses archives inédites - et notamment dans la correspondance de Toussaint -, Sudhir Hazareesingh retrace chaque étape de cette vie extraordinaire, des victoires contre les troupes françaises, espagnoles et britanniques à la promulgation d'une Constitution autonome, en passant par des stratégies diplomatiques innovantes. On y découvre un visionnaire intrépide qui s'inspire des idéaux des Lumières et des traditions révolutionnaires et spirituelles de Saint-Domingue. Guerrier, législateur, chef providentiel, martyr : Toussaint est devenu une légende pour des générations entières. Premier " modèle noir ", il a inspiré Victor Schoelcher, le militant antiesclavagiste Frederick Douglass et les plus grandes contestations du colonialisme, dont le mouvement de la négritude porté par Aimé Césaire.
L'historien britannique pense que c'est dans la passion des idées qu'il faut chercher les racines de l'identité française. Si les Français passent pour des donneurs de leçons, c'est qu'ils aspirent à l'universel, au point de s'en estimer seuls garants. S'ils sont râleurs et anarchiques, c'est qu'ils ont l'esprit frondeur chevillé au corps. Un catalogue des spécificités de la pensée française.
Aux yeux du monde, les Français seraient arrogants, présomptueux, ingouvernables... Ne seraient-ils pas d'abord et avant tout de grands amoureux des idées ? C'est, en tout cas, dans cette passion spécifiquement française qu'il faut, selon l'historien britannique Sudhir Hazareesingh, chercher les racines de notre identité, et en particulier celles de notre fameuse exception culturelle. Au fond, à quoi reconnaît-on la pensée française ? Peut-être à cette façon d'être un art de vivre partagé par tous. Sans doute aussi à son inextinguible vitalité : si les Français donnent l'impression de ne jamais débattre sans se disputer, c'est qu ils ont l'exercice de la controverse trop à coeur ; s'ils passent facilement pour des donneurs de leçons, c'est qu'ils aspirent toujours vivement à l'universel, au point de s'en estimer seuls garants ; s'ils sont râleurs, anarchiques et prompts à la révolte, c est qu'ils ont une âme frondeuse et l'esprit critique chevillé au corps ; s'ils se croient supérieurs, c'est qu'ils ont le goût de l'abstraction, l'art d'inventer des concepts qui séduisent au-delà des frontières le socialisme, le structuralisme, l'existentialisme, la déconstruction, le mot même d'intellectuel. Enfin, s'ils sont enclins aujourd'hui à broyer du noir, c est qu'ils sont nostalgiques de leur grandeur passée et qu'ils refusent d'abdiquer. Catalogue passionné des spécificités de la pensée française, ce livre nous décrit mieux que nous ne saurions le faire, en même temps qu'il nous pousse à interroger l'inquiétude que nous inspire l'idée de notre déclin.
La vie sociale est un théâtre, mais un théâtre particulièrement dangereux. A ne pas marquer la déférence qu'exige son rôle, à se tenir mal, à trop se détacher des autres comédiens, l'acteur, ici, court de grands risques. Celui, d'abord, de perdre la face ; et peut-être même la liberté : les hôpitaux psychiatriques sont là pour accueillir ceux qui s'écartent du texte. Il arrive ainsi que la pièce prenne l'allure d'un drame plein de fatalité et d'action, où l'acteur-acrobate - sportif, flambeur ou criminel - se doit et nous doit de travailler sans filet. Et les spectateurs d'applaudir, puis de retourner à leurs comédies quotidiennes, satisfaits d'avoir vu incarnée un instant, resplendissant dans sa rareté, la morale toujours sauve qui les soutient.
Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d'immobilité, cette notion d'enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu'il peut faire c'est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu'on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d'amour. Nous voyons deux êtres qui se déchirent, qui jouent une partie comme une partie d'échecs et ils marquent des points, l'un après l'autre, mais celui qui peut bouger a peut-être une plus grande chance de s'en tirer, seulement ils sont liés, organiquement, par une espèce de tendresse qui s'exprime avec beaucoup de haine, de sarcasme, et par tout un jeu. Par conséquent, il y a dans cette pièce - qui est à un niveau théâtral absolument direct, où il n'y a pas d'immense symbole à cher-cher, où le style est d'une absolue simplicité -, il y a cette espèce de jeu qu'ils se font l'un à l'autre, et qui se termine aussi d'une façon ambiguë parce que le suspense dérisoire de la pièce, s'il y a suspense, c'est ce fils Clov, partira-t-il ou non? Et on ne le sait pas jusqu'à la fin. Je dois dire aussi que c'est une pièce comique. Les exégètes de Beckett parlent d'un "message", d'une espèce de chose comme ça. Ils oublient de dire le principal, c'est que c'est une chose qui est une découverte du langage, de faire exploser un langage très quotidien. Il n'y a pas de littérature plaquée, absolument pas. Faire exploser un langage quotidien où chaque chose est à la fois comique et tragique.