Daniel se décrit comme un homme franc et autoritaire. Il est colonel de réserve dans l'armée israélienne, dirige d'une main de fer une réserve naturelle en Haute Galilée et consacre sa thèse à une variété de guêpes très particulière. Il est marié avec la belle mais froide Orna, et sa relation avec Ruti, une des soldates qui travaille avec lui comme guide touristique, est destinée à satisfaire ses besoins sexuels. Une vie bien réglée, en apparence. Mais au fur et à mesure du récit et du flux de la pensée de Daniel, le vernis craque, et le trouble s'installe. La disparition de Ruti réveille le souvenir de la mort d'un étudiant américain quelque temps auparavant, et l'agressivité de Daniel à l'égard de son fils, sous prétexte que ce dernier aime la musique et la danse, apparaît de plus en plus incompréhensible. Qui est réellement Daniel ? Un suspense savamment entretenu, une intrigue originale et habilement construite, mais surtout la manière dont la nature, les paysages de Haute Galilée, et bien entendu le motif des guêpes, sont utilisés par l'auteur pour créer une ambiance réellement envoûtante font de ce roman un texte tout à fait à part dans la littérature israélienne contemporaine.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.
Résumé : Le héros anonyme de Sous le signe du corbeau ne va pas bien. Le décès de son père a laissé un vide difficile à combler. Sa petite amie l'a quitté après plusieurs mois d'une idylle tendre et passionnée. Ses collègues l'ont licencié de l'entreprise high-tech qu'il avait lui-même fondée. Alors qu'il écoute la radio, notre narrateur apprend qu'une jeune fille de dix-sept ans, nommée Lir Ohayon, est portée disparue près de chez lui, à Haïfa, en Israël. Dans un état d'errance chronique, il développe une véritable obsession pour ce mystère. Il décide de participer aux recherches organisées par la police entre deux séances de psychothérapie, puis mène sa propre enquête. En essayant de retrouver la jeune fille, c'est lui-même qu'il veut sauver. Sous le signe du corbeau est le récit drôle et subtilement politique de la renaissance d'un homme qui a tout perdu.
Résumé : Devenu spécialiste de la Shoah malgré lui, un historien israélien accompagne des groupes de lycéens dans leurs visites imposées au cours de "voyages de la mémoire" systématisés par l'Etat. Le voilà guide des camps de la mort. Cette expérience, cette fréquentation intime et quotidienne des processus d'extermination nazis, doublées de sollicitations diverses autour des différentes formes que prend l'entretien officiel d'une inflammable mémoire, entament progressivement et profondément son rapport au monde et aux autres. Rédigé sous la forme d'une lettre adressée au président de Yad Vashem (l'Institut international pour la mémoire de la Shoah sis à Jérusalem), cette sorte de rapport de mission bouscule le lecteur comme un interrogatoire musclé. Rapidement, le ton se tend. Une rage sourde imprègne chaque phrase, contamine le regard. On y lit l'implication et la rigueur scientifique du guide mais aussi sa solitude, son sentiment d'impuissance. Dans une ¿poque vouée au virtuel autant qu'au pragmatisme, Yishaï Sadd soumet à sa propre absurdité cette mise en scène de la mémoire au service d'un projet national qui érige la survie en triomphe. Le texte porte le constat terrible de l'impossibilité de transmettre, face à la banalisation du tourisme de l'horreur. Mais il contient son propre démenti : bref, saisissant, implacable, il a la puissance de déflagration et ! 'efficacité sensorielle d'un corps à corps avec ce monstre de la mémoire.
Dans un cirque, un employé chargé de nettoyer les cages des animaux accepte d'être envoyé dans le ciel comme un boulet de canon ; le jeune pensionnaire d'un étrange orphelinat découvre qu'il est un clone d'Adolf Hitler créé pour venger les victimes de la Shoah ; un accidenté de la route perd la mémoire et se retrouve dans une pièce virtuelle avec une femme virtuelle, à moins que ce ne soit l'inverse...Facétieuses, corrosives et incroyablement brillantes, les vingt-deux nouvelles d'Incident au fond de la galaxie nous immergent dans l'univers " keretien ", où le virtuel et le fantastique viennent subtilement troubler la réalité pour faire surgir de profondes réflexions sur le deuil, la solitude et les stigmates de l'Histoire.Traduit de l'hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech.